ActionAid France Peuples Solidaires agit pour les droits et contre la pauvreté dans le monde.

Appel Urgent Sénégal : 37 villages de Ndiaël privés de leurs terres

Mardi, January 21, 2014 - 13:37

9 000 personnes de 37 villages affectés, plus de 26 000 hectares de terres protégées accaparées : au Sénégal, l’entreprise Senhuile SA dépossède des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants de leur unique ressource pour vivre : la terre. 

Aidez-nous à mettre un terme à ce projet  Signer cet Appel Urgent

Les faits

En 2010, l’entreprise Sénéthanol SA, basée à Dakar, se voit accorder 20 000 hectares de terres dans la région de Fanaye pour cultiver de la patate douce afin de produire des agrocarburants pour l’Europe. La majorité des populations locales qui ont besoin de ces terres pour se nourrir et subvenir à leurs besoins s’opposent fermement au projet. La tension monte rapidement et vire à la tragédie le 26 octobre 2011 lorsque deux paysans sont tués et des dizaines d’autres blessés lors d’une manifestation contre le projet.

Suite à ces événements dramatiques, le Président de l’époque Abdoulaye Wade suspend le projet mais le ré-autorise en mars 2012, entre les deux tours de l’élection présidentielle, dans la réserve naturelle de Ndiaël, à 30 km à l’ouest de Fanaye. Pour ce faire, il déclassifie 26 650 hectares de zone protégée, en accorde 20 000 à l’entreprise et réserve les 6 650 restants pour la relocalisation des villages de la zone.

Nouvellement élu, le Président Macky Sall annule à son tour le projet pour le ré-autoriser quelques mois plus tard. Depuis, le projet est mis en œuvre par l’entreprise Senhuile SA, un consortium détenu à 51 % par Tampieri Financial Group, basé en Italie et à 49 % par Sénéthanol SA, basée à Dakar. Il viserait désormais à produire du tournesol (pour l’Europe), de l’arachide (pour le marché local) et des aliments pour le bétail. Les intentions réelles de Senhuile en matière de cultures et d’utilisation des terres restent opaques.

« Si le projet reste ici, nous serons obligés de quitter notre village »

La zone du projet affecte 37 villages, soit près de 9 000 personnes, vivant en grande partie de l’élevage semi-nomade (100 000 têtes de bétail). Les opérations de l’entreprise les privent d’un accès à la majorité de leurs pâturages, et aux sources de nourriture, d’eau et de bois de chauffage. Les femmes notamment sont contraintes de parcourir de très longues distances pour accéder à ces ressources. Le projet prévoit même le déplacement de certains villages. Par ailleurs, l’entreprise n’a pas tenu ses promesses de construction d’infrastructures (hôpitaux, écoles) ou de création d’emplois et n’a versé quasiment aucune compensation aux populations affectées. Privé-e-s d'une majorité de leurs terres, les habitant-e-s de la zone ne peuvent plus subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. « Si le projet reste ici, nous serons obligés de quitter notre village » explique Rougui Sow, villageois de Kadoudef.   

Afin de défendre leurs droits, les communautés locales, dont la majorité s’oppose au projet depuis le début, ont créé le Collectif pour la défense de la réserve de Ndiaël. Les multiples protestations des communautés et les tentatives de négociations avec l’entreprise n’ont pas apporté de solutions satisfaisantes.

Les 37 villages affectés restent déterminés à retrouver leurs terres et demandent à Senhuile-Sénéthanol de mettre fin à ses opérations dans la zone. 

> Signer cet Appel Urgent  

A l'origine de cet Appel Urgent : le Collectif des 37 villages pour la défense de la réserve de Ndiaël

Tous nos Appels sont lancés à la demande de celles et ceux qui luttent pour leurs droits et des organisations locales qui les représentent.

Les éleveurs locaux se sont réunis en collectif pour la défense de la réserve d’avifaune de Ndiaël.

Ils - elles soutiennent cet Appel Urgent

  • ActionAid Sénégal / ActionAid Italie : réseau international travaillant avec plus de 15 millions de personnes dans 45 pays pour un monde sans pauvreté ni injustice.
  • Le Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux CNCR : le CNCR du Sénégal a pour finalité de contribuer au développement d’une agriculture paysanne qui assure une promotion socio-économique durable des exploitations familiales.
  • ENDA-Pronat (dans le cadre du réseau ENDA Tiers-Monde) : fondée en 1982 au Sénégal avec pour objectif de réduire l’utilisation de pesticides, expérimenter des alternatives agro-écologiques, renforcer les exploitations familiales.
  • Re:Common : association italienne qui lutte contre les accaparements de terres et favorise la gestion démocratique des ressources naturelles et des biens communs partout dans le monde. GRAIN : organisation internationale qui soutient la lutte des paysan-ne-s et des mouvements sociaux pour renforcer le contrôle des systèmes alimentaires fondés sur la biodiversité par les communautés locales.
  • Oakland Institute : laboratoire d’idées (« think tank ») spécialisé dans la traque des pratiques illégales en matière de concessions foncières.