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8 février 2018 : la France se retire de la NASAN

Vendredi, February 9, 2018 - 12:05

Sortie de la France de la NASAN : l’agrobusiness n’est pas le remède contre la faim !

Nous saluons avec nos alliés Action Contre la Faim, CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France la décision de la France de se retirer de la Nouvelle Alliance du G8 pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) annoncée ce 8 février 2018 à l’occasion de la réunion du conseil interministériel sur la coopération internationale et le développement.

Lancée en 2012, cette initiative privilégie les intérêts des multinationales de l’agrobusiness au détriment de l’agriculture paysanne. Elle est dénoncée par des centaines d’organisations pour ses impacts négatifs sur la sécurité alimentaire dans les dix pays africains concernés. Dès 2014, notre rapport Hold up sur les terres mettait en lumière les mécanismes à  l'oeuvre. Une étude publiée en 2015 par ActionAid dénonçait ainsi les accaparements de terre au Malawi, au Nigéria, en Tanzanie et au Sénégal, dont le projet porté par l'entreprise EcoEnergy en Tanzanie.

En se retirant de l'Alliance, la France semble enfin reconnaître que la recette « magique » mêlant partenariats public-privé et réformes législatives pour créer un environnement favorable aux investissements de multinationales, n’est pas la solution pour lutter contre la faim. Bien au contraire, elle va à l’encontre de l’intérêt des populations locales, elle marginalise les agricultures familiales, pourtant productrices de 70 % de l’alimentation mondiale, au bénéfice de quelques multinationales à qui l’on donne toutes les facilités : financières, fiscales, foncières.

Ce retrait de la France devrait être pris en compte par les autres partenaires de la NASAN, tels que l’Union européenne et les États africains. L’Allemagne, autre contributeur majeur de la NASAN, doit également annoncer son retrait. Cela ne dédouane pas pour autant l’ensemble de ces acteurs puisqu’ils restent responsables des impacts négatifs de cette initiative et doivent à ce titre s’assurer de les réparer.

Au-delà de la NASAN, la France doit tirer les leçons de cet échec et ne plus s’engager dans des initiatives ou projets d’investissement comportant les mêmes failles. L’exclusion des organisations paysannes de la gouvernance, l’absence de cadre de redevabilité et la priorisation des multinationales au détriment des acteurs locaux ne sont pas les remèdes de la lutte contre la faim.

Ainsi, alors que la faim dans le monde augmente (selon le rapport État de l’insécurité alimentaire dans le monde publié par la FAO en septembre 2017), la sortie de la NASAN doit être le signal d’une réorientation réelle des soutiens mobilisés. En cohérence avec cette décision, les 400 millions d’euros annuels que la France consacre à la sécurité alimentaire dans les pays du Sud doivent être pleinement consacrés au développement de l’agroécologie paysanne. Nos organisations attendent que cela soit acté et mis en œuvre lors de la révision de la stratégie française et du cadre sectoriel de l’agence française de développement prévues ces prochains mois.

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