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Rana Plaza : 5 ans après la tragédie

Mercredi, May 2, 2018 - 13:09

Le 24 avril 2013, l'immeuble du Rana Plaza s'effondrait à Dacca, provoquant la mort de plus d'un millier d'ouvriers et d'ouvrières textiles, et blessant plus de deux mille personnes.

Grâce à la mobilisation de centaines de milliers de personnes, à plusieurs pétitions et une attaque en justice, nous sommes parvenus à engager la responsabilité de Benetton et Auchan, deux gros clients de l'usine qui ont finalement accepté de participer à l'indemnisation des survivant·e·s, plus de deux ans après la catastrophe.

En France, la vague d'indignation provoquée par l'effondrement du Rana Plaza a aussi débouché sur l'adoption, en mars 2017, de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales.

Mais le procès que nous avons lancé en 2014 contre Auchan, avec l'association Sherpa et le collectif De l'éthique sur l'étiquette, dépend du lancement d'une commission rogatoire internationale par le Ministère français des Affaires étrangères... dont nous restons sans nouvelles à ce jour. 

Or cette instruction permettrait, en cas de succès, d'établir juridiquement la responsabilité de la multinationale, qui aurait dû s'assurer de conditions de travail sûres et décentes chez son sous-traitant.

Nous venons d'interpeller le Ministère des Affaires étrangères pour relancer l'enquête.

Au Bangladesh, les autorités ont pris dans l'urgence diverses mesures plus ou moins efficaces pour améliorer les conditions de travail des ouvrières et des ouvriers textiles. Dans un rapport en anglais, ActionAid Bangladesh détaille ces mesures et décrit la situation des survivant·e·s avec qui il a été possible de garder contact.

Cinq ans après la catastrophe, 22% des personnes en contact avec nous restent traumatisé·e·s, et 12% d'entre elles pâtissent de séquelles : maux de tête, de dos, dépression...

Seule la moitié des ouvrier·ère·s qui ont survécu ont de nouveau un emploi, bien souvent comme journalier·ère·s.

Et si plusieurs amendements au Code du Travail ont bien été adoptés en urgence, seuls quelques progrès ont été accomplis :

  • autorisation de se syndiquer, sous certaines conditions,
  • augmentation du revenu mimum légal, qui est passé de 35  à 65 dollars par mois environ en 2017,
  • obligation de mettre en place des comités chargés de la sécurité dans les usines textiles,
  • multiplication des inspections d'usines pour évaluer le niveau de sécurité et préconiser des travaux...

Nos inquiétudes portent en particulier sur :

  • la faiblesse des syndicats et des comités de sécurité qui ont vu le jour,
  • la fragilité financière des usines textiles et l'importance des travaux à entreprendre pour sécuriser les locaux,
  • l'absence de tout système permettant d'indemniser les victimes de nouvelles catastrophes...

Les entreprises multinationales qui imposent leurs prix et leur cahier des charges à leurs sous-traitants, au Bangladesh et ailleurs dans le monde, doivent à tout prix prendre leurs responsabilités.

C'est pourquoi nous militons, plus que jamais, pour l'adoption d'un traité international.