290-COSTA RICA : SYNDICALISTES AGRESSÉS
Le secteur de la production bananière est à nouveau en restructuration. Les dégâts occasionnés par les ouragans qui ont traversé l’Amérique centrale au cours des derniers mois donnent le prétexte à des fermetures de plantations entières. La multinationale Chiquita renâcle à appliquer les accords qu’elle a signés, tandis que ses concurrentes Dole et Del Monte en sont encore à refuser tout dialogue. L’Equateur poursuit sa politique de dumping social pour conquérir les marchés dans un contexte où la guerre de la banane qui oppose les Etats-Unis à l’Europe n’est pas résolue. C’est dire si, sur le terrain, le travail est difficile pour les ouvriers agricoles qui sont les premières victimes de cette situation dégradée. Pourtant le dynamisme syndical ne faiblit pas comme a pu le constater la délégation de Peuples Solidaires qui s’est rendue au Costa Rica au mois de novembre dernier. Et les travailleurs des plantations ont besoin du soutien de la solidarité internationale pour faire face à l’indifférence voire à la répression qu’ils subissent quotidiennement.
Le 5 octobre 2005, à 19h30, Didier Leitón Valverde rentre en moto des bananeraies de Cahuita et Tortuguero. Responsable du syndicat SITRAP(1), il sort d’une réunion avec les ouvriers agricoles de ces deux plantations qui appartiennent à la société Desarrollo Agroindustrial de Frutales S.A.(2). Sur la route, il est agressé par des inconnus qui avaient tendu une corde en travers du passage. Il est insulté, roué de coups, entraîné à travers la campagne et menacé de mort. On lui vole ses papiers, son argent et sa moto. Le déroulement des événements laisse penser que ses agresseurs avaient été renseignés sur son déplacement et ne se trouvaient pas là par le simple hasard des choses.
Didier Leitón Valverde savait bien que cette route n’était pas sûre en soirée et qu’il prenait un risque en l’empruntant. Il aurait d’ailleurs préféré circuler plus tôt. Mais les propriétaires des plantations lui avaient imposé un horaire tardif pour cette réunion, l’obligeant de fait à circuler de nuit, et il avait accepté car il savait les ouvriers victimes d’une forte campagne anti-syndicale. Par question pour lui de les laisser tomber.
Les salariés ne peuvent défendre leurs droits
Voila près d’un an et demi que Didier Leitón Valverde fait régulièrement le trajet pour encourager les adhérents de son syndicat et les aider à tenir bon.
Le 22 juin 2004, la première fois qu’il se rend aux plantations de Cahuita et Tortuguero, il y pénètre sans difficulté et enregistre officiellement l’adhésion de 14ouvriers. Deux jours plus tard, conformément à la législation, il déclare cette nouvelle section syndicale et la liste de ses membres au siège de l’entreprise fruitière, situé à Guápiles.
Mais une campagne de discrimination et de harcèlement contre les syndicalistes est immédiatement lancée. Le 1er juillet 2004, deux responsables du SITRAP sont refoulés à l’entrée des plantations par l’agent de sécurité, alors qu’ils se rendaient à une réunion. Cet agent dit tenir des ordres clairs et précis de sa hiérarchie.
La campagne est aussi menée auprès des ouvriers eux-mêmes. On leur conseille l’adhésion au “syndicat-maison” qui donne des privilèges de toutes sortes. On confie aux adhérents du SITRAP les tâches les plus difficiles et les moins bien payées. A la première occasion ceux-ci reçoivent des avertissements injustifiés.
Dès le 2 juillet 2004 le SITRAP demande la convocation d’une audience de conciliation à l’inspection du travail. Celle-ci se tient quelques jours plus tard. L’entreprise refuse de reconnaître les structures de base du syndicat, mais reconnaît les adhésions individuelles. D’autre part, une procédure complexe est imposée concernant l’accès des responsables syndicaux aux plantations. Malgré ces restrictions, le SITRAP décide de profiter du peu d’espace qui lui est concédé pour continuer à organiser les travailleurs. Ainsi, pendant plusieurs mois, malgré les pressions qui continuent à s’exercer, le contact est maintenu grâce aux visites fréquentes des responsables du SITRAP qui se plient scrupuleusement aux procédures imposées par l’entreprise.
Syndicalistes licenciés
La situation va se dégrader encore en 2005. En plus d’imposer des horaires tardifs de réunion, la compagnie limite le nombre de visites à une par semaine, et le nombre de personnes autorisées à rentrer jusqu’à… une seule.
Le 7 mai 2005, le syndicaliste Mario Alcocer López est licencié. Le 8 octobre 2005, c’est au tour du responsable de la section, José Castro Zambrana, d’être congédié sans préavis ni indemnité. Le SITRAP dépose des plaintes devant les tribunaux concernant ces deux cas, mais l’entreprise peut compter sur la lenteur des procédures, ses moyens importants de défense et de nombreux appuis.
Suite à l’agression de Didier Leitón Valverde, quatre responsables du SITRAP sont encore une fois refoulés à l’entrée des plantations, le 13 octobre 2005. Le SITRAP demande l’organisation d’une nouvelle rencontre de conciliation par le Ministère du travail. Celle-ci a lieu le 20 octobre 2005, mais la société oppose un refus obstiné aux demandes du syndicat concernant la liberté syndicale et campe sur ses positions. En novembre 2005, une plainte a été déposée par le SITRAP à l’inspection du travail.
Le dialogue est actuellement rompu. La priorité est donc d’amener Desarrollo Agroindustrial de Frutales S.A. à se mettre autour d’une table pour discuter.Un objectif d’autant plus important qu’avec près de 25% de la production nationale, cette entreprise – qui produit principalement pour la multinationale Chiquita – est l’une des plus importantes du pays. Elle possède plus de vingt plantations, mais les ouvriers n’ont pu s’organiser que dans quelques unes d’entre elles, et partout leurs droits leurs sont déniés(3).
C’est le sens du courrier que nous proposons d’envoyer à CORBANA, la structure nationale de représentation du secteur bananier costaricien, qui jouit d’un pouvoir d’influence important dans le pays.
(1) Le SITRAP est le syndicat des ouvriers agricoles et des plantations du Costa Rica.Il participe activement à COLSIBA, la Coordination latino-américaine des syndicats de la banane.
(2) Cette société anonyme résulte de la fusion de plusieurs entreprises, dont la plus importante est la “Sociedad Agricola Caribana”.
(3) Un autre syndicat costaricien, le SITAGAH (également membre de COLSIBA) se heurte à des difficultés similaires dans une plantation située à Sarapiqui.







