Appels urgents

294-BANGLADESH : ARRETONS L’HECATOMBE !


Il y a un an, le 11 avril 2005, l’usine textile de Spectrum-Shahriyar s’effondre au Bangladesh. La catastrophe cause la mort de 64 personnes, en blesse 74 – dont certaines resteront handicapées à vie – et laisse des centaines d’ouvriers sans ressources. Depuis, les victimes luttent pour leur dignité, faisant valoir leur droit à une indemnisation juste et durable.  Elles demandent aussi que le nécessaire soit fait pour éviter d’autres drames, mais peinent à être entendues. Une série de nouveaux accidents meurtriers, survenus en février et mars 2006, vient malheureusement de démontrer tout le chemin qui reste à parcourir. Les organisations syndicales locales dénoncent “l’irresponsabilité et les négligences” de ceux qui organisent la filière(autorités publiques, exportateurs locaux, acheteurs internationaux) et sont décidées à obtenir des améliorations. Symboliquement, elles ont choisi la date du 11 avril pour célébrer une “Journée internationale d’action pour la santé et la sécurité des travailleurs au Bangladesh”. Elles en appellent à la solidarité internationale pour renforcer l’écho de leurs propositions.


Le jeudi 23 février 2006, environ 1 000 ouvriers sont à l’ouvrage dans l’usine de KTS Textile Industries, dans la ville portuaire de Chittagong. Vers 19h, un court-circuit électrique provoque un incendie. Dans un autre contexte, l’incident aurait pu n’avoir que des conséquences matérielles. Mais les locaux sont dépourvus de matériel incendie et les issues de secours sont fermées à clé. Pire encore : l’entrée principale est vérrouillée intentionnellement après le départ du feu, pour empêcher les vols qui pourraient être commis à la faveur de la panique. Plus qu’un simple accident, les faits évoquent donc un comportement criminel. Le bilan estimé est lourd : 63 décès (dont des jeunes filles de 12 à 14 ans) et environ 100 blessés.

Deux jours plus tard, dans la matinée du samedi 25 février, l’immeuble Phoenix Building, situé dans la zone industrielle de Tejgaon à Dacca, s’effondre. Des travaux – apparemment effectués sans autorisation – destinés à convertir les derniers étages en hôpital privé, sont en cause. Le bâtiment abritait Phoenix Garment, une unité de production textile en cours de déménagement. Mais cette fois-ci, les principales victimes (22 morts, 50 blessés) sont les ouvriers de la construction et les passants.

145 morts en moins de deux semaines


Toujours le 25 février, à Chittagong, 57 travailleurs du Groupe industriel Imam sont blessés suite à l’explosion d’un transformateur électrique. Là encore, l’étroitesse des issues est pointée du doigt.

Enfin, le soir du lundi 6 mars, un incendie éclate au troisième étage de l’usine textile Sayem Fashion, localisée à Gazipur (35 km de Dacca). Les 1500 ouvriers en poste à ce moment-là n’ont qu’un seul escalier pour sortir, encombré par des cartons. Dans la panique, trois femmes sont tuées.

Cette série noire n’est pas un phénomène isolé au Bangladesh. Ces accidents complètent une liste qui ne cesse de s’allonger : 53 morts à Choudhury Knitwear en 2000, 24 à Maico Sweater en 2001, 9 à Misco Supermarket building en 2004, 23 à Shan Knitting et 64 à Spectrum en 2005… D’après une étude récente du Bangladesh Institute for Labour Studies, 130 travailleurs de l’industrie textile ont été tués à leur travail en 2005 et 480 ont été blessés.

Face à de telles tragédies, les organisations du Bangladesh se mobilisent. Dans l’urgence, elles établissent des listes des victimes, alertent leurs partenaires internationaux, interpellent les multinationales qui s’approvisionnent dans les usines et font pression sur leur gouvernement.

A plus long terme, les syndicats(1) ont fait, depuis avril 2005, une série de demandes. Ils exigent tout d’abord que les victimes soient indemnisées de manière décente. Celles de Spectrum ont par exemple reçu des aides d’urgence, mais rien n’est acquis concernant les compensations durables auxquelles elles ont droit, même si un fonds spécial est en cours de création(2). Suite aux accidents les plus récents, les organisations locales insistent sur le fait que toutes les victimes doivent être indemnisées et les responsables traduits en justice.

Faire appliquer la loi


Bien souvent, l’application de la législation locale en matière de sécurité constituerait déjà une réelle avancée. Une autre revendication porte donc sur la création d’un mécanisme efficace de contrôle des bâtiments : les autorités et les acheteurs internationaux devraient inspecter les bâtiments et sanctionner les entreprises où de graves anomalies sont constatées (issues de secours cadenassées, absence de matériel incendie, absence de procédures d’évacuation…). Pour superviser ce programme, les syndicats demandent la création d’un comité international et indépendant de contrôle.

Enfin, améliorer durablement et concrètement la situation passe par une plus grande transparence – les syndicats demandent aux autorités des enquêtes publiques sur les accidents – et, bien entendu, l’instauration d’un dialogue social avec les organisations locales.

Le 11 avril, les syndicats organisent une série d’actions publiques dans le pays sur le thème de la santé et de la sécurité (marches, conférences de presse, chaînes humaines, rassemblements avec des chandelles). C’est le point d’orgue d’une mobilisation qui s’inscrit dans la durée. Afin de renforcer leurs demandes, elles souhaitent que la pression internationale soit exercée sur le gouvernement.




(1) Parmi lesquels la National Garment Workers  Federation (NGWF)

(2)A l’initiative  de l’entreprise Zara Inditex et de la Fédération internationale

des Travailleurs du Textile, de l’Habillement et du Cuir (FITTHC).