299-CHINE : OUVRIERS INTOXIQUÉS AU CADMIUM
Gold Peak Industries (Holdings) Limited est une société multinationale asiatique basée à Hong Kong. Elle fabrique notamment dans ses usines des piles et des batteries pour jouets, ordinateurs portables ou encore appareils photos, qu’elle exporte massivement partout dans le monde, y compris en France. Avec un chiffre d’affaires de plus de 740 millions d’euros pour cette année, elle est l’une des plus grandes productrices et exportatrices de ce type de produits au monde. Pourtant, cette compagnie florissante est accusée d’avoir violé les règles de sécurité fondamentales du travail et d’avoir négligé la santé de ses travailleurs. Près de 400 ouvriers chinois ont en effet été pendant plusieurs années exposés sans protection adéquate à un produit extrêmement toxique, le cadmium, utilisé dans la fabrication des piles et batteries fabriquées par Gold Peak, sans même avoir été informés des risques qu’ils couraient. Malgré la forte mobilisation des anciens ouvriers des usines de Gold Peak, soutenue par plusieurs organisations de défense des droits des travailleurs de Hong Kong, la direction de Gold Peak refuse toujours d’indemniser les ouvriers intoxiqués et d’engager des négociations sérieuses avec les travailleurs.
C’est en décembre 2003 que les ouvriers des usines implantées à Shenzen et à Huizhou, dans la province du Guangdong, découvrent qu’ils ont été intoxiqués au cadmium. La manipulation de ce métal sans protection appropriée peut en effet provoquer des problèmes de santé allant de simples nausées, étourdissements ou douleurs à, en cas de fortes concentrations, de sérieux dommages rénaux, pulmonaires ou encore osseux, voire des cancers. Qui plus est, le cadmium, une fois absorbé, n’est évacué par le corps qu’en 10 à 30 ans. Face à ces révélations, les ouvriers des usines Gold Peak réclament à la direction de l’entreprise qu’elle leur fasse passer des examens médicaux, mais celle-ci refuse. Au terme d’une grève de trois jours, la direction finit par accepter cette demande, conformément d’ailleurs à ce qu’exige la législation chinoise. Les résultats des tests sanguins révèlent l’empoisonnement de dix ouvriers, tandis que 400 autres présentent des taux excessifs de cadmium.
Des demandes d’indemnisation non satisfaites
Au début de l’année 2004, les ouvriers intoxiqués commencent à réclamer des indemnisations, afin de pourvoir notamment aux frais médicaux élevés liés à leur traitement. Face à l’ampleur de la crise, les dirigeants des usines Gold Peak proposent aux ouvriers intoxiqués le versement d’indemnités, à la condition que ceux-ci quittent leur emploi et renoncent à toute action en justice. Beaucoup acceptent, essentiellement par crainte des conséquences néfastes du cadmium sur leur santé s’ils restaient dans l’entreprise. Toutefois, l’entreprise ne tient pas ses promesses, et refuse finalement d’indemniser convenablement ses anciens employés. Ceux-ci se retrouvent alors sans recours face à la direction de Gold Peak qui fait la sourde oreille. En outre, l’entreprise refuse de payer pour le traitement médical des enfants d’ouvrières ayant été intoxiqués pendant la grossesse de leurs mères.
En septembre 2004, suite à un regain de la mobilisation, les ouvriers mobilisés cherchent à présenter leurs plaintes aux autorités pékinoises. Ils se voient alors menacés par la direction de Gold Peak, soutenue par des autorités officielles du Gouvernement, de poursuites pénales.
En août 2005, voyant que la mobilisation ne faiblit pas, Gold Peak finit par annoncer la mise en place d’un fonds destiné à fournir une assistance financière aux ouvriers intoxiqués. Toutefois, ce fonds s’avère largement insuffisant et de graves lacunes dans sa gestion finissent par le rendre inadapté. En effet, aux dires de l’entreprise elle-même, seuls 4% des 400 ouvriers intoxiqués ont bénéficié d’une aide. Ceci s’explique en grande partie par le fait que l’entreprise n’a pas informé convenablement les ouvriers concernés de la marche à suivre pour en bénéficier.
244 anciens travailleurs des usines Gold Peak sont aujourd’hui engagés dans une lutte pour réclamer leur indemnisation. Ils dénoncent les pratiques illégales et irresponsables de la direction de l’entreprise.
Intimidations et humiliations
Face aux réclamations de ses anciens employés, Gold Peak refuse toujours de négocier, préférant se livrer à des manoeuvres d’intimidation et d’humiliation pour tenter de faire taire les protestataires. Par exemple, afin de dissuader les ouvriers de participer à l’examen médical annuel que la loi oblige l’entreprise à financer, il est exigé des ouvriers pendant la consultation, qu’ils se dévêtissent entièrement, qu’ils fournissent des échantillons d’urine ou encore qu’ils prennent une douche, en la présence et sous la supervision du personnel médical. Cette pratique est dénoncée par les ouvriers qui la considèrent comme humiliante et qui réclament qu’il y soit mis un terme immédiat.
Dernier exemple en date, en juin 2006, trois organisations de défense des droits des travailleurs, Globalization Monitor, la Hong Kong Confederation of Trade Unions et le Centre de services pour le voisinage et les travailleurs, ont été citées à comparaître devant la Cour suprême de la Région administrative spéciale de Hong Kong, par l’entreprise Gold Peak qui les accuse de diffamation, en raison de la diffusion d’une carte postale de dénonciation destinée à la sensibilisation du public.







