Appels urgents

302 – PHILIPPINES : Halte aux violences !



Aux Philippines, la violence politique perdure. En 2005, 151 militants politiques ont été assassinés. Parmi eux, 31 défenseurs des droits des travailleurs, responsables syndicaux et militants pour les droits des communautés urbaines pauvres[1]… Et cette tempête répressive ne semble pas s’apaiser : ces derniers mois, des grévistes de la zone franche de la province de Cavite et leurs défenseurs ont fait l’objet d’une nouvelle vague d’agressions. Non seulement les autorités philippines n’interviennent pas pour mettre fin aux violations des droits syndicaux et de grève des travailleurs par les entreprises dans la zone, mais il semblerait qu’elles participent elles-mêmes aux intimidations en réprimant par la violence les grévistes et les militants


Le 3 octobre 2006, Mgr. Alberto Ramento, Evêque de la ville de Tarlac, président du Conseil d’administration du Workers’ Assistance Center (WAC, Centre d’assistance aux travailleurs) et militant pour les droits des travailleurs, est poignardé et tué dans son église. Selon nos informations, il figurait sur la liste militaire des hommes à abattre. Depuis 1998, cet « évêque des pauvres » comme on l’appelait chez lui, soutenait activement les travailleurs de la province de Cavite dans leur lutte pour la protection et la défense de leurs droits. Il exprimait avec détermination son opposition au gouvernement répressif de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo et dénonçait fermement les multiples exécutions extrajudiciaires de militants.

Meurtres et tentatives d’assassinats


Deux mois plus tard, en décembre 2006, Jesus Buth Servida et Joel Sale, deux militants membres de l’ONG Solidarity of Cavite Workers (SCW) sont la cible de coups de feu alors qu’ils attendent dans leur véhicule, devant l’usine japonaise de matériel électronique Yazaki-EMI, à Imus, pour effectuer une livraison. Servida est tué sur le coup et Sale est sévèrement blessé. Un an plus tôt, ces deux hommes avaient été licenciés par la direction de l’entreprise, en raison du soutien qu’ils avaient fourni au syndicat soutenu par le WAC, face au syndicat qui avait l’appui du gouverneur de la province.

Pour la police de Cavite, ce meurtre serait lié à une rivalité commerciale. Mais selon Marlene Gonzales, présidente du SCW, « il s’agit bien là d’un meurtre politique de militants défenseurs des droits des travailleurs à Cavite ». Ce meurtre s’inscrit dans la droite ligne de « la politique anti-syndicale et anti-grève du gouverneur Ireneo Maliksi [qui est] en train de tuer un par un les défenseurs des travailleurs » ajoute-t-elle.

En avril 2006 déjà, Gerardo Cristobal, un ex-syndicaliste de cette même usine et membre actif du SCW, qui avait été licencié en même temps que Servida et Sale, avait été la cible d’une tentative d’assassinat alors qu’il s’apprêtait à rejoindre une manifestation de travailleurs. Des hommes armés lui avaient tendu une embuscade et avaient tiré sur lui. Cristobal, lui aussi armé, avait répliqué[1]. Dans la fusillade, Cristobal et son agresseur avaient tous deux été blessés. A l’hôpital, Cristobal avait ensuite identifié son agresseur: il s’agissait d’un membre du service des renseignements de la police d’Imus… Connu pour son opposition à la politique menée par le gouverneur de la province de Cavite, Cristobal avait à plusieurs reprises fait l’objet de menaces de mort de la part de la police et des armées privées du gouverneur.
Ces meurtres et tentatives d’assassinats n’ont jusqu’à aujourd’hui fait l’objet d’aucune enquête indépendante.

Violences policières envers les travailleurs grévistes


La violence des autorités publiques à l’égard des travailleurs philippins s’exprime également à travers la répression brutale des manifestations et des grèves. Les usines coréennes de Chong Won Fashion et de Phils Jeon Garments Inc., dans la zone franche de la province de Cavite, ont ainsi été la scène de violentes répressions de la part de la Philippine Economic Zone Authority (PEZA, police de l’Autorité des zones économiques spéciales philippines)[2], d’agents de sécurité privée et de la police locale.

En août et septembre 2006, suite au refus de la direction de ces deux usines d’entamer des négociations collectives avec les syndicats indépendants légalement élus en leur sein, et après le licenciement abusif de responsables syndicaux, des travailleurs montent des piquets de grève en face de leurs entreprises respectives. La police de la PEZA, des agents de sécurité privée de la zone et des agents de la police municipale de Rosario interviennent alors pour disperser les grévistes à coups de matraque, faisant au moins 50 blessés parmi les ouvriers syndiqués. La PEZA bloque en outre l’entrée de la zone, empêchant le ravitaillement en eau et en nourriture des grévistes, et interdisant aux travailleurs de venir rejoindre le piquet de grève. Fin septembre, en violation flagrante du droit du travail philippin, la direction de Chong Won licencie 116 grévistes. Enfin, en octobre, les deux usines démantèlent les abris précaires montés par les grévistes pour se protéger de la pluie et du soleil.

Face à ces violences, nos partenaires se mobilisent et font appel à la solidarité internationale pour soutenir leur lutte. Ils réclament des autorités philippines des mesures pour mettre fin à la violence dans la zone franche de Cavite et pour assurer la sécurité des travailleurs et de leurs défenseurs dans la région. Ils demandent également la réalisation de toute urgence d’enquêtes indépendantes et impartiales sur les meurtres et  tentatives d’assassinats de ces derniers mois.






 


[1] Le fait que Cristobal ait été armé peut  paraître surprenant. Toutefois, ceci s’explique en partie par le contexte de forte insécurité dans lequel il se trouvait.

[2] Agence de promotion de l’investissement, attachée au Département du commerce et de l’industrie qui octroie des avantages fiscaux et non fiscaux aux développeurs de la zone et aux exportateurs.



[1] Rapport de l’Ecumenical Institute for Labor Education and Research (cf. http://www.eilerinc.org/ )