Appels urgents

309-PHILIPPINES – TOYOTA



Cette année, Toyota, le géant de l’automobile japonais, a ravi la place de numéro un mondial à l’américain General Motors. Ses voitures, plus économiques, ont séduit les consommateurs du monde entier. Selon les chiffres du groupe, ses ventes ont progressé de près de 8 % sur un an, avec 4,71 millions de véhicules vendus dans le monde entre janvier et juin, surpassant son rival de Detroit (4,67 millions). Toyota qui comprend la marque éponyme, mais aussi Hino et Daihastu, espère franchir cette année la barre des 9 millions d’exemplaires vendus,  pour atteindre 9,34 millions. Fort de son succès, la multinationale japonaise s’illustre également en France en devenant la partenaire officielle de la coupe du monde de rugby.

Toutefois, les ouvriers qui fabriquent ses voitures ont une vision beaucoup moins reluisante de la marque. Ainsi, aux Philippines, cela fait déjà 9 ans que le syndicat indépendant majoritaire TMPCWA tente de faire reconnaître ses droits à la direction de deux usines de la marque, et 6 ans que 233 de ses affiliés, injustement licenciés pour avoir voulu faire valoir leur liberté syndicale et d’association, demandent à être réintégrés en vain. Deux campagnes internationales, une décision de la Cour suprême philippine et trois recommandations de l’OIT n’auront pas réussi à faire plier le géant automobile, qui refuse toujours d’entendre raison.

Peuples Solidaires, qui soutient le TMPCWA depuis 2004, fait donc aujourd’hui à nouveau appel à votre solidarité, et vous demande d’interpeller la direction de Toyota, afin de lui signifier qu’elle ne peut pas continuer à violer les libertés fondamentales de ses ouvriers en toute impunité.

C’est en 1988 que Toyota installe sa première unité de production aux Philippines, près de la capitale Manille, et dès le départ, l’entreprise s’illustre par les mauvaises conditions de travail qui règnent dans ses usines et par son opposition à la création d’un syndicat indépendant. Et, lorsque 10 ans plus tard des ouvriers forment le premier syndicat indépendant, le TMPCWA, Toyota refuse d’emblée de le reconnaître.

Un refus obstiné


Contraint pour faire entendre sa voix, de présenter un recours devant le Ministère du travail et de l’emploi philippin, le syndicat obtient en 1999 la tenue d’une élection de “certification” à l’issue de laquelle il remporte la majorité des voix. Refusant obstinémment de reconnaître les résultats de ces élections, la direction de Toyota tentera par tous les moyens de remettre en cause sa validité. Et malgré la confirmation répétée par le médiateur du Bureau des relations du travail philippin puis par le Ministère du travail et de l’emploi en appel, Toyota refuse toute discussion avec le syndicat légalement élu lorsque celui-ci lui soumet une première proposition de négociation collective. Pour protester contre la mauvaise foi de l’entreprise et son attitude anti syndicale, le TMPCWA organise en février 2001 une série de rassemblements pacifiques devant le Ministère, mais au lieu de répondre aux demandes des manifestants, Toyota décide de les licencier! En tout,  ce seront 233 syndicalistes qui se retrouveront ainsi mis à la porte pour avoir tenté de faire respecter leur liberté syndicale et de négociation collective.

Connivance avec les autorités publiques


Pour protester contre ces licenciements abusifs et soutenir leurs collègues privés de ressources, les ouvriers organisent quelques jours plus tard un piquet de grève devant les deux sites de production de Toyota. Mais forte du soutien de sa maison mère au Japon, et de celui des autres multinationales japonaises implantées aux Philippines qui menacent même de quitter le pays si leurs intérêts restent ainsi menacés, Toyota obtient même l’intervention de la police qui, agissant de concert avec des vigiles privés, disperse violemment les manifestants et confisque leurs biens.

Dans les jours qui suivent, c’est le Ministère du travail lui-même qui vire sa cutille et ordonne la reprise du travail. En déclarant les rassemblements de février 2001 illégaux, la Commission nationale des relations du travail légitime elle aussi les licenciements. La direction en profite pour enfoncer le clou en attaquant en justice 23 ( 18) responsables syndicaux, les accusant de brutalité à l’encontre des ouvriers qui voulaient briser la grève

En septembre 2003, la Cour suprême a pourtant estimé que la grève de février 2001 était bien légale. Et entre 2001 et 2006, le comité de la liberté syndicale de l’OIT a émis pas moins de quatre recommandations invitant l’Etat philippin à faire respecter les droits du TMPCWA. Mais Toyota, ensemble avec le Ministère du travail et de l’emploi, semblent rester sourds aux demandes légitimes des travailleurs…

En février 2006, afin de contourner le TMPCWA, Toyota tente d’asseoir la légitimité d’un autre syndicat, créé à son instigation, le TMPCO. En violation de la loi, une nouvelle élection est organisée, mais malgré la propagande et les tentatives d’intimidations de la direction, ce syndicat « maison » n’obtient pas la majorité requise.

Les ouvriers licenciés se voient proposer le paiement d’une formation de reclassement, à condition de signer un accord entérinant la légitimité de leur licenciement.