Appels urgents

310-CHINE : DISNEY SE JOUE DES TRAVAILLEURS



« Vous pouvez imaginer, créer et construire l’endroit le plus merveilleux de la terre, il faudra toujours des hommes pour que le rêve devienne réalité »(1). Ainsi parlait Walter Elias Disney, l’homme qui fonda la Walt Disney Company en 1923. Difficile d’imaginer à la lecture de ces mots que ce monde merveilleux puisse résulter de l’exploitation de milliers d’ouvriers dont les droits sont systématiquement bafoués… Et pourtant, cela fait maintenant trois ans que la SACOM (2) , une ONG de défense des droits des travailleurs de Hong Kong, dénonce sans relâche les violations graves dont sont victimes les ouvriers chinois qui fabriquent des jouets pour Disney. Dans un nouveau rapport d’enquête publié en septembre 2007 (3), la SACOM révèle ainsi les conditions de travail indécentes auxquelles sont soumis les 800 travailleurs de l’usine de Haowei Toys, un fournisseur de Disney implanté dans le sud du pays, à Shenzhen, et fait une nouvelle fois appel au géant américain pour qu’il accepte enfin d’assumer ses responsabilités.


En décembre 2006, Peuples Solidaires lançait une campagne de lettres et exigeait de la Walt Disney Company qu’elle prenne des mesures afin de s’assurer que ses fournisseurs respectent les droits sociaux de leurs employés. Dix mois plus tard, force est de constater que la situation de ceux qui fabriquent les jouets qui rempliront les étals de nos magasins à Noël cette année encore, ne s’est nullement améliorée. Et pourtant, la multinationale américaine continue de clamer haut et fort son attachement au respect des droits sociaux de ses travailleurs…

Ouvriers exploités


Depuis le 10 septembre 2007, plus de 300 ouvriers de l’usine Haowei Toys protestent jour et nuit devant le Bureau du Travail de Shenzhen pour obtenir le respect de leurs droits sociaux.

Forcés de travailler jusqu’à 15 heures par jour et 28 jours par mois, les employés de cette usine ne sont pas autorisés à prendre de jours de repos pendant les périodes d’activité les plus importantes. Pourtant la loi chinoise prévoit qu’une journée de travail ne doit pas excéder huit heures, et une semaine, cinq jours. Xiao Huang, l’un des ouvriers interrogés par les enquêteurs de la SACOM, explique qu’il a dû travailler plus de 360 heures en décembre 2006, soit plus du double du maximum légal (fixé à 174 heures par mois) (4).

Outre ces cadences infernales auxquelles il est soumis, le personnel de Haowei perçoit des salaires de misère, bien inférieurs à ce que prévoit la loi locale. Les ouvriers sont payés 2,5 yuans de l’heure (23 centimes d’euros), soit seulement 62,5% du salaire minimum légal (5). Les heures supplémentaires, dont la législation impose qu’elles soient rémunérées entre 150% et 300% du salaire horaire de base (selon qu’elles sont effectuées en semaine, le week-end ou les jours fériés), ne sont rémunérées que 3 yuans par heure (28 centimes d’euros), soit seulement 120% du taux normal. De plus, la direction inflige, en toute illégalité, des amendes totalement arbitraires aux ouvriers qui s’absentent plus de cinq minutes pour aller aux toilettes ou qui refusent d’effectuer des heures supplémentaires (6). Et les salariés ne peuvent avoir recours à leurs contrats de travail pour faire valoir leurs droits puisque les contrats que leur direction les oblige à signer ne mentionnent ni le salaire, ni le temps de travail des employés… Même la démission est sanctionnée d’une retenue d’un mois de salaire si elle n’est pas autorisée par la direction.

Dans les ateliers de peinture et d’impression, les conditions de sécurité ne sont pas respectées: les produits chimiques sont manipulés sans protection adéquate et la ventilation est inadaptée. Faute de soins médicaux et de couverture sociale, la santé des ouvriers est sacrifiée. Et les conditions d’hygiène ne sont pas meilleures dans les dortoirs: entassés à 12 dans des pièces humides et sombres de 15 m2, les ouvriers doivent partager un seul sanitaire pour tout un étage, quand celui-ci n’est pas bouché.

Incapacité de Disney à faire respecter son Code de conduite


Les violations graves des droits des travailleurs constatées à Haowei constituent non seulement une transgression de la législation chinoise, mais également du propre Code de conduite de Disney, à travers lequel l’entreprise s’est engagée à « promouvoir et entretenir des pratiques sociales responsables tout au long de sa chaîne d’approvisionnement, et partout dans le monde« (6). Or, les conditions de travail à Haowei reflètent l’échec du système de vérification établi par Disney et son incapacité à répondre efficacement aux entraves à son Code de conduite.

Interrogée sur cette affaire, la direction de Disney a affirmé « prendre très au sérieux les plaintes concernant des conditions de travail abusives« . La multinationale a admis que ses propres enquêtes avaient révélé des violations à Haowei, et a ajouté que des mesures seraient prises pour y mettre un terme. Mais s’il est vrai que sous la pression des militants et des médias, certaines améliorations ont pu être constatées à Haowei, notamment en matière de temps de travail, on est encore loin des exigences légales, et le problème crucial des salaires n’a toujours pas été résolu. Les mois de travail ont été ramenés à 26 jours de travail, ce qui reste supérieur aux 20 jours que prévoit la loi. Haowei a également augmenté la rémunération des heures supplémentaires (de 3 à 6 yuan), mais ne distingue toujours pas les heures travaillées la semaine et celles travaillées les week-end et jours fériés. En outre, dans le même temps, les dirigeants de l’usine ont unilatéralement augmenté les frais d’hébergement, qui sont passés de 90 à 200 yuan par mois, alors que les conditions de vie dans les dortoirs ne se sont pas améliorées.

Enfin, la direction d’Haowei a récemment annoncé son intention de délocaliser l’usine à Dongguan, et les ouvriers s’inquiètent du sort qui va leur être réservé…





(1) Citation de Walt Disney sur le site Internet de Disney France: http://www.disney.fr/disneyenfrance/

(2) Students and Scholars Against Corporate Misbehaviour (organisation des étudiants et écoliers contre les mauvaises pratiques professionnelles).

(3) Rapport d’enquête de la SACOM, Septembre 2007, “Haowei Toys brings you… Mickey Mouse: A Survey of Conditions of a Disney Supplier in China”, disponible uniquement en anglais sur la site internet de la SACOM: www.sacom.hk

(4) Législation de Shenzhen.

(5) 4,02 yuan (38 centimes d’euros).

(6) De 5 à 10 yuan (47 à 94 centimes d’euros).

(7) International Labor Standards (ILS) Programme et Code de conduite de Disney, cf. le site Internet de Disney (en anglais): http://corporate.disney.go.com/corporate/intl_labor_standards.html