Appels urgents

316 – Inde : L’exploitation qui mine la population

En Inde, la Cour suprême est sur le point d’autoriser la compagnie britannique Vedanta Resources à exploiter une mine de bauxite, au sommet de la montagne de Niyamgiri, dans l’Etat d’Orissa. Si une telle décision est prise, elle permettra à l’entreprise d’asseoir sa présence dans la région, et de continuer à faire des bénéfices en exploitant les richesses naturelles du pays. Mais pour les populations locales autochtones, notamment les 10 000 Dongria Konds qui vivent sur les flancs de cette montagne, ce serait une catastrophe : l’exploitation de cette mine porterait en effet atteinte à leur mode de vie, à leur culture, à leur religion et très probablement à leur subsistance… C’est pourquoi ActionAid Inde soutient les Dongria Konds dans leur lutte et demande au Premier ministre indien de ne pas laisser Vedanta exploiter cette mine.

La bauxite est le principal minerai à partir duquel est obtenu l’aluminium, un métal dont la faible densité, la longévité et la résistance sont très recherchées par différentes industries mondiales, notamment dans les secteurs du transport et de la construction. On comprend donc aisément l’attrait que peut représenter la montagne de Niyamgiri, très riche en bauxite, aux yeux d’exploitants tels que ceux de Vedanta. La multinationale anglaise n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai. En 2004 déjà, l’une de ses filiales, la société Sterlite, avait installé une raffinerie d’aluminium au pied de la montagne Niyamgiri, à Lanjigarh, déplaçant à grand renfort de bulldozers des villages entiers. Les populations déplacées avaient alors été relogées à 3 km de là, dans des bâtiments préfabriqués, surveillés par la police… A l’époque, l’entreprise avait fait l’objet de graves accusations, qui ont, pour la plupart, été confirmées (1). Parmi celles-ci figuraient notamment des expansions de production illégales, une gestion irresponsable des déchets dangereux, la violation des droits des populations autochtones, des salaires indécents, de conditions de travail dangereuses dans les mines et les usines et des actes de corruption. On comprend donc, à la lumière de ce bilan désastreux, les inquiétudes des populations locales.

Populations locales en danger

Phulme Majhi, l’un des habitants de Niyamgiri explique: « Pour nous, c’est une question de vie ou de mort. Niyam Raja (le dieu de la montagne Niyamgiri) est menacé et avec lui, c’est notre terre, nos ressources et notre mode de vie qui sont menacés ».

Si le projet d’exploitation de la mine venait à être accepté, ce serait pour les autochtones, un véritable sacrilège. En effet, la montagne Niyamgiri, dont le nom signifie  » montagne de la loi « , est un lieu de culte sacré pour les Dongria Konds, le groupe tribal qui habite cette montagne. C’est sur ce sommet que ceux-ci vénèrent la divinité Niyam Raja (« seigneur de la loi »). Chaque année, des centaines de petites cérémonies sont célébrées sur ce site pour lui rendre hommage. Des villages entiers se déplacent pour faire des offrandes de riz, de pigeons, de chèvres, de fruits de saison ou encore de fleurs.

« De même qu’il paraît impensable de déplacer la Mosquée Al-aqsa ou l’Eglise du Saint Sépulcre », explique un défenseur des Dongria Konds, « il est tout aussi inconcevable de déménager ou de remplacer les sites sacrés des peuples autochtones indiens. Niyamgiri est inhérente à la religion Kond comme tout lieu de culte l’est pour d’autres religions. La différence, c’est qu’il s’agit ici d’un site naturel, car la religion Kond trouve ses racines dans la nature ».

Outre l’atteinte qu’il porterait à la religion des populations autochtones, ce projet de mine mettrait également en péril la subsistance même de ces populations. En effet, les Dongria Konds vivent en pratiquant une agriculture de subsistance dans les forêts de la chaîne montagneuse du Niyamgiri. La culture Dongria Kond est éminemment durable : ils cultivent des fruits, des légumes et des céréales et se sont installés sur les bords des innombrables cours d’eaux qui parcourent les flancs de ces montagnes. La forêt que la religion Dongria a conservée, qui s’étend sur 670 hectares, est l’une des dernières forêts préservées d’Orissa. La bauxite contenue dans la montagne retient les eaux de mousson, et les redistribue à petites doses tout au long de l’année.  » Les Konds comprennent mieux que n’importe quel scientifique que la montagne est leur source de vie, et que si le site du sommet sacré qu’ils ont protégé est déforesté et exploité, c’est leur perennité qui est en danger » explique l’un d’eux. Les habitants de cette montagne insistent sur le fait qu’aucune compensation financière, aussi importante soit-elle, ne réparera la perte inestimable que représenterait l’exploitation de cette mine. Au contraire, comme cela s’est déjà produit à Lanjigarh, avec la raffinerie de la société Sterlite, les sommes d’argent conséquentes qui sont injectées pour le  » développement  » local ne font que nourrir la corruption. Ca n’est pas ce que souhaitent les Dongria Konds, qui veulent un développement à petite échelle, basé sur les services médicaux et l’éducation, sous leur propre contrôle.

Une procédure entachée d’irrégularités

En novembre dernier, la Cour suprême indienne avait rejeté le projet de Vedanta d’exploiter la bauxite de Niyamgiri, en raison de sa mauvaise réputation en matière environnementale et de respect des droits de l’Homme. Un jugement du 23 novembre 2007 concédait en effet que Vedanta n’était pas une entreprise digne de confiance, compte tenu des diverses violations aux droits de l’Homme et de l’environnement dont elle s’était rendue coupable à travers le monde. Mais le gouvernement d’Etat de l’Orissa a depuis lors autorisé l’exploitation de la mine en partenariat avec la filiale indienne de la compagnie, Sterlite, une entreprise pourtant possédée à 80% par Vedanta…

Au terme d’une procédure de près de trois ans, la Cour suprême indienne serait donc aujourd’hui sur le point d’autoriser la multinationale Vedanta à exploiter la mine de bauxite de Niyamgiri, sur la base des recommandations émises par le ministère de l’Environnement et des Forêts ainsi que du Gouvernement d’Orissa. En 2004 déjà, la raffinerie de Sterlite avait été autorisée, malgré les recommandations du Comité central de la Cour suprême qui avait fortement déconseillé de permettre à cette entreprise de mettre en oeuvre son projet, et avec les conséquences que l’on connaît… Aujourd’hui, si l’exploitation de ce site est autorisée, ce sont deux des plus fortes garanties de la Constitution indienne qui seront violées : le droit des « groupes autochtones » à leur intégrité territoriale et à décider de leur propre mode de développement d’une part (2), et le droit de pratiquer sa religion (3) d’autre part.

(1) Voir notamment le rapport du Council on Ethics du Government Pension Funds – Global norvégien, du 15 mai 2007.

(2) Schedule V de la Constitution indienne

(3) Article 25 de la Constitution indienne



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