318 – Chine : Glod Peak continue à se décharger
En décembre 2003, les travailleurs des usines Gold Peak de Shenzen et Huizhou découvrent qu’ils ont été intoxiqués au cadmium, une substance toxique utilisée dans les ateliers de production. La manipulation de ce métal sans protection peut en effet provoquer de graves problèmes de santé, notamment des troubles rénaux, pulmonaires et osseux ou encore des cancers. Malgré les nombreuses plaintes des ouvriers, la direction refuse de leur faire passer des examens médicaux. Elle cède finalement, après trois jours de grève. Les résultats des tests sanguins sont préoccupants : 10 ouvriers sont intoxiqués et 400 présentent des taux excessifs de cadmium. En 2004, Gold Peak cherche à gagner du temps pour se débarrasser du problème. Elle négocie des promesses d’indemnisation contre des démissions et finit par refuser de tenir ses promesses vis-à-vis des ouvriers contaminés et des ouvrières intoxiquées pendant leur grossesse. A Hong-Kong, plusieurs organisations de défense des droits se mobilisent. En août 2005, voyant que la pression ne faiblit pas, Gold Peak finit par décider de mettre en place un fonds destiné à fournir une assistance financière aux ouvriers intoxiqués, mais celui-ci s’avère largement insuffisant. 244 anciens travailleurs de l’usine dénoncent alors les pratiques illégales de l’entreprise, et se battent pour obtenir leur indemnisation.
Degré zéro de la négociation
Pour la direction de Gold Peak, tous les moyens sont bons pour faire taire la contestation qui monte au sein de l’entreprise comme à l’extérieur. Ainsi, les examens médicaux imposés par la loi, sont organisés dans des conditions qui dissuadent les ouvriers d’y participer tant leur mise en scène est humiliante.
En juin 2006, trois organisations de défense des droits des travailleurs, Globalization Monitor, la Hong Kong Confederation of Trade Unions et le Centre de services pour le voisinage et les travailleurs, sont citées à comparaître devant la Cour suprême de la Région administrative spéciale de Hong Kong, par l’entreprise Gold Peak qui les accuse de diffamation, en raison de la diffusion d’une carte postale de dénonciation destinée à la sensibilisation du public.
En octobre 2007, une campagne internationale de solidarité est lancée. En France, Peuples Solidaires diffuse un Appel urgent (1). Les nombreuses lettres reçues par le directeur exécutif de Gold Peak le poussent à répondre à ceux qui avaient participé à cette campagne. Dans sa lettre, l’entreprise nie les faits dont on l’accuse, et prétend avoir géré “l’incident” du cadmium conformément à la loi chinoise.
A l’occasion de la journée internationale de la femme, en mars 2007, deux ex-ouvrières intoxiquées et May Wong, responsable de Globalization Monitor sont de passage à Paris, à l’invitation de Peuples Solidaires. Elles rencontrent trois confédérations syndicales françaises (CFDT, CGT et FO) et la Confédération syndicale internationale (CSI) qui s’engagent à soutenir la campagne contre la multinationale.
La Journée mondiale de commémoration des travailleurs morts ou blessés au travail, le 28 avril 2007 est un moment fort pour Globalization Monitor qui mène des activités de sensibilisation et poursuit son action de solidarité car les problèmes persistent.
Le 28 avril 2008, l’action est relancée : les syndicats de Hong-Kong demandent aux multinationales d’éliminer progressivement l’utilisation des piles nickel-cadmium(2).
Des revendications inchangées
Récemment, cinq ouvrières, probablement déjà intoxiquées, ont contracté des maladies des reins. L’une d’elles a découvert que la direction de Gold Peak savait qu’elle était contaminée depuis 2004, mais le lui avait caché.
Les demandes adressées à Gold Peak sont toujours les mêmes, notamment la réintégration des 250 ex-salariés de Gold Peak floués par la direction de l’usine, alors qu’ils avaient contracté des maladies professionnelles. Déjà, deux ex-salariées ont entamé une procédure en justice et ont eu gain de cause. L’une d’elles a pu reprendre le travail en janvier 2008 mais est victime de discrimination et les tâches les plus dures lui sont attribuées.
Les autres revendications concernent les examens de santé. Ainsi, les travailleurs qui ont fait refaire des tests à leurs frais, à l’extérieur de l’entreprise, se sont aperçus que leurs résultats étaient différents. Pour l’entreprise, on est bizarrement passé de 400 cas d’empoisonnement en 2004, à 210 seulement aujourd’hui. En outre, depuis mai 2007, alors que 31 enfants de travailleurs exposés au cadmium devaient être examinés, seuls 4 l’ont été.
Pendant ce temps, Gold Peak continue de mettre en danger la santé des travailleurs, en faisant fabriquer ses piles au cadmium par une usine sous-traitante dans le Sud de la Chine (Hunan). Malgré les difficultés, la mobilisation sur place ne faiblit pas et les ouvriers de Gold Peak comptent sur notre soutien pour faire aboutir leurs demandes.
(1) Appel n°299 du 5 octobre 2006 / Chine : ouvriers intoxiqués au Cadmium
(2) Deux grandes sociétés (Toys “R” Us et Mattel) se sont engagées dans cette voie en février 2008








