322 Philippines : Libérez l’avocat du peuple!
Jeudi 23 octobre, il est environ 15 heures quand Maricel Saladero rentre chez elle pour retrouver son mari. En arrivant, elle constate avec effroi que la porte est ouverte, le sol recouvert de boue, la maison sans dessus dessous et les ordinateurs absents. Elle tente à plusieurs reprises de joindre son époux, en vain. Ce n’est qu’à 21 heures le soir même, après de longues heures d’attente et d’angoisse, qu’elle finira par l’apprendre : Remigio Saladero a été arrêté par la police locale pour des meurtres qu’on l’accuse d’avoir commis il y a deux ans, dans la province voisine de Mindoro, dans le cadre de la lutte insurrectionnelle de la NPA[3], le bras armé du parti communiste philippin associé à un mouvement terroriste. « Comment aurait-il pu commettre ces crimes » interroge Maricel, « nous ne sommes jamais allés à Mindoro, et Remigio a une santé fragile, il a déjà fait deux attaques cardiaques et peut à peine ouvrir une boîte de conserves ! ». Ses collaborateurs et amis soulignent l’absurdité des crimes dont on l’accuse : « Comment voudriez-vous qu’il ait été à la fois un avocat renommé en ville et en même temps rebelle dans l’arrière-pays ?… Ce jour-là, il était d’ailleurs à son bureau à Quezon, en rendez-vous avec un client ».
Remigio Saladero, un homme qui gêne
Oui mais voilà, terroriste ou pas, Remigio Saladero est un homme dangereux aux yeux du pouvoir. Un simple coup d’œil à son CV et l’on comprend aisément pourquoi : président du Centre d’assistance juridique aux travailleurs (PLACE)[4] qui défend, à titre gracieux, les travailleurs et syndicats dont les droits sont bafoués, et conseiller juridique de l’une des fédérations syndicales les plus importantes du pays, le KMU[5], Saladero a défendu les dossiers les plus chauds de ces dernières années : de la famille du responsable syndical assassiné, des employés d’une usine Nestlé en grève depuis maintenant près de 6 ans, aux représentants syndicaux des plantations de la multinationale fruitière américaine « Dole », en passant par les ouvrières des usines textiles de la zone franche de Cavite, l’avocat n’hésite pas à plaider la cause de celles et ceux qui, aux Philippines, font les frais de la politique débridée d’attraction des investissements étrangers du gouvernement. Il est également l’auteur d’une plainte auprès de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui réclamait l’arrêt des violences à l’égard des travailleurs affiliés au KMU aux Philippines. Malgré plusieurs requêtes, les autorités philippines persistent dans leur refus d’inviter l’OIT à enquêter…
Avec cette arrestation fallacieuse, il y a fort à parier que les autorités philippines cherchent en réalité à museler un homme dont les activités, de toute évidence, gênent. Ainsi, après s’être battu pendant des années pour protéger les droits des travailleurs, Remigio Saladero est aujourd’hui devenu la cible du gouvernement philippin.
Une nouvelle vague répressive serait imminente
D’après les collaborateurs de Saladero au Centre d’assistance juridique aux travailleurs et à la fédération syndicale KMU, la mise en détention de l’avocat n’est qu’une manœuvre d’intimidation supplémentaire de la part des autorités philippines pour dissuader les militants et défenseurs des droits de l’Homme philippins de poursuivre leur action. « Cela fait en effet deux ans », souligne le Centre d’assistance juridique, « que nos bureaux ont été placés sous surveillance et que nous sommes victimes d’un harcèlement continu de la part des autorités locales ». La détention de Saladero est d’autant plus inquiétante qu’elle vient restreindre, encore un peu plus, la capacité des organisations de défense des droits des travailleurs à exercer leurs droits et à défendre les travailleurs philippins contre les politiques du gouvernement et contre les entreprises multinationales qui prospèrent dans un environnement de violence et d’injustice à l’égard des syndicalistes.
Selon les dernières informations que nous avons reçues de nos partenaires locaux, Remigio Saladero aurait été transféré dans un centre de détention à Mindoro, où il devrait être jugé. Entre-temps, 72 autres mandats d’arrêt pour meurtres auraient été émis, dont au moins 30 concerneraient des militants ou défenseurs des droits de l’Homme… Pour le Centre d’assistance aux travailleurs (WAC), dont l’un des membres est concerné par ces nouveaux mandats d’arrêt, « cette multiplication des accusations illégales et des arrestations ces derniers jours fait craindre une répression massive et imminente à l’encontre des militants et défenseurs des droits des travailleurs et des droits de l’Homme dans la région »… Raison de plus, s’il en fallait une, pour demander la libération immédiate de Remigio Saladero, qui constituerait de la part des autorités philippines, un signe fort de volonté de mettre enfin un terme à la répression des militants et défenseurs des droits de l’Homme dans le pays.
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[1] Appel Urgent de Peuples Solidaires n°302 : « Philippines : Halte aux violences ! », du 26 janvier 2007, disponible sur notre site Internet : http://www.peuples-solidaires.org/article781.html
[2] Citation de Daisy Arago, directrice exécutive du « Center for Trade Union and Human Rights » (CTUHR), dans Asianpress.net, 28 octobre 2008
[3] « New People’s Army », ou Nouvelle armée du peuple (NPA)
[4] Pro-Legal Labor Assitance Center
[5] Kilusang Mayo Uno








