Appels urgents

329 – Chine: Disney fuit ses responsabilités

Liu Pan, décédé à l'âge de 17 ans

Le 6 avril dernier, Liu Pan, un jeune ouvrier de 17 ans employé par l’usine de papeterie de Yiuwah dans le Gangdong, meurt écrasé par une machine sur laquelle il travaillait. Immédiatement, les médias font écho à cette tragédie, révélant non seulement que Liu Pan avait été embauché par l’usine deux ans plus tôt, alors qu’il n’avait pas encore atteint l’âge légal pour travailler, mais aussi que l’accident a été causé par le mauvais fonctionnement de la machine. Une enquête de l’organisation China Labor Watch, menée au lendemain du drame, ajoute à la stupéfaction. Elle révèle en effet l’existence de graves violations des droits des travailleurs dans l’usine, dont le recours au travail d’enfants et des problèmes de sécurité récurrents. L’enquête met aussi en exergue l’implication de la multinationale américaine Disney, laquelle se fournissait auprès de Yiuwah et avait déjà audité l’usine, sans détecter ces dysfonctionnements…

Suite à notre Campagne « Bienvenue dans le monde (pas si) merveilleux de Disney » (2008), la compagnie Disney a publié une “Réponse à Peuples Solidaires” (21 octobre 2008) dans laquelle elle se disait engagée dans la promotion de pratiques socialement responsables. Toutefois, nous savons que ces déclarations ne suffisent pas. Et la mort tragique du jeune Liu Pan, tout comme l’enquête de China Labour Watch (CLW) viennent, si besoin en était, de nous le rappeler.

Ce que les enquêteurs de CLW ont découvert dans l’usine de Yiuwah est consternant : la limite légale d’âge à l’embauche n’est pas respectée, beaucoup d’ouvriers ont moins de 16 ans(1) et « quand les commandes des clients sont particulièrement importantes, on embauche même des travailleurs de 13 ans »(2). Liu Pan lui-même avait intégré l’usine en décembre 2006 alors qu’il n’avait que 15 ans.

De graves violations mises à jour

Par ailleurs, aucune formation n’est fournie aux travailleurs qui arrivent dans l’établissement et sont directement affectés à une machine, sans même qu’on leur en fournisse le mode d’emploi. De plus, « Comme le parc de machines est vieux et détérioré, les accidents de travail sont fréquents » rapportent les enquêteurs. D’ailleurs, la mort de Liu Pan a vraisemblablement été causée par le mauvais fonctionnement de la machine sur laquelle il travaillait depuis deux ans. « Ce matin-là, Liu Pan a vu qu’un papier bloquait la machine. Il l’a alors arrêté et a mis sa main dedans pour la dégager. Soudain, la machine s’est débloquée et a avalé entièrement son corps, comme un monstre affamé »(3). Après ce terrible accident, la direction de Yiuwah a fait rafistoler l’engin, et un nouvel ouvrier a immédiatement été affecté à ce poste…

Les enquêteurs ont également mis en lumière l’absence de contrats de travail, les heures supplémentaires obligatoires et payées en dessous des minimums légaux, les salaires extrêmement bas et des conditions d’hébergement des ouvriers totalement indignes.

Suite au drame, les regards se sont tournés vers les entreprises qui sous-traitent leurs productions à Yiuwah, parmi lesquelles Disney. «?Nous recevons régulièrement les rapports d’audit concernant cette usine (…). Au cours des trois dernières années, ni ces audits, ni une enquête réalisée récemment par une autre source, n’ont rapporté de violations à notre Code de conduite »(4) indique la multinationale. Néanmoins, elle admet que l’audit supplémentaire commandé après l’accident a confirmé l’existence d’un certain nombre de violations…

Dans un premier temps, Disney a rencontré la direction de Yiuwah et annoncé avoir mis en place un “plan correctif”. Mais quelques semaines plus tard, elle est revenue sur cet engagement et a déclaré qu’elle cessait toute relation commerciale avec ce fournisseur jusqu’à que les conditions dans l’usine s’améliorent… Une mesure que les défenseurs des droits des travailleurs en Chine ne demandaient aucunement et ne peuvent pas admettre : « Ce changement d’attitude est irresponsable et inhumain » a indiqué le CLW : « Après avoir tiré profit des prix bas pratiqués par Yiuwah, au détriment des ouvriers, (…) Disney, à la première approche d’un journaliste, abandonne son fournisseur »(5).

Disney doit assumer ses responsabilités

Les enjeux de cette affaire dépassent le cas particulier de l’usine de Yiuwah. La mort de Liu Pan témoigne en effet de la détérioration des conditions de travail en Chine et de l’échec des méthodes que Disney emploie actuellement pour assurer les droits des ouvriers chinois qui fabriquent ses produits.  « C’est un cercle vicieux » explique Li Qiang, directeur du CLW : « D’abord, Disney choisit des fournisseurs qui proposent de fabriquer ses produits pour pas cher. Ensuite, ces fournisseurs répercutent ces bas prix sur les salaires de leurs ouvriers et en économisant sur la sécurité. Les auditeurs de Disney font semblant de ne pas voir les violations qui ont réellement lieu dans ces usines. Et lorsqu’une tragédie comme la mort de Liu Pan met un fournisseur sous le feu des projecteurs, et alors que Disney aurait la possibilité de prendre des mesures correctives, la compagnie préfère quitter l’usine, pour recommencer la même chose chez un autre fournisseur ! ».

Aujourd’hui, Disney a le choix. Elle peut opter pour le retrait pur et simple de ses commandes et continuer sur la même logique. Elle peut, à l’inverse, tenir ses promesses, prendre des mesures correctives à Yiuwah, investir chez ce fournisseur et réviser son système d’audits.

C’est pour que cette deuxième option l’emporte que nos partenaires en appellent à la solidarité internationale.

Notes :

(1) Age minimum légal pour travailler en Chine.

(2) “Shattered Dreams, Follow-up Investigation”, Avril 2009, page 3.

(3) Wang Jia, Nandu Daily, 9 avril 2009 (traduction).

(4) Lettre de Disney au China Labour Watch, 21 mai 2009.

(5) Lettre du CLW à Disney, 1er juillet 2009.