Lettre ouverte : Coca-Cola doit cesser de nier les faits


En réponse à l’Appel Urgent lancé par Peuples Solidaires le 29 janvier dernier et appelant Coca-Cola à mettre un terme au recours abusif au travail intérimaire par ses embouteilleurs en Chine, la multinationale américaine nie toute pratique illégale dans sa chaîne de production chinoise. Une attitude qui ne permet aucun dialogue véritable avec les défenseurs des droits des travailleurs…

Des violations graves des droits des travailleurs de Coca-Cola en Chine

En décembre 2009, notre partenaire chinois, l’Association d’étudiants et universitaires chinois contre la mauvaise conduite des entreprises (SACOM) présentait les résultats de trois enquêtes menées en 2008 et 2009 par le Coke Concerned Student Group (CCSG) auprès de cinq entreprises d’embouteillage de Coca-Cola en Chine. Le constat est sans appel, les violations du droit du travail sont nombreuses : recours massif et sur le long terme à des travailleurs intérimaires, accidents du travail fréquents et non reconnus, mesures de sécurité et de protection de la santé insuffisantes, déductions de salaires quasi systématiques, arriérés de salaires, heures supplémentaires sous payées etc.

Sollicité en urgence par son partenaire, Peuples Solidaires décidait donc dès janvier de lancer un Appel Urgent (29 janvier 2010 : « Coca-Cola : droits édulcorés ») pour soutenir les revendications de la SACOM et demander à Coca-Coca de mettre un terme à une situation qui ne respecte ni les lois chinoises sur le travail ni les engagements de l’entreprises vis à vis des consommateurs (tels qu’ils sont énoncés dans Charte fournisseurs(1)

Coca-Cola répond mais réfute

Vous avez été nombreux à relayer cet Appel Urgent, et à envoyer un message de protestation à Coca-Cola. Ces messages, envoyés par milliers, ont eu un impact. En février 2010, le directeur de la communication de Coca-Cola nous a répondu  ! Si nous nous réjouissions que Coca-Cola ait répondu à nos sollicitations, nous regrettons toutefois qu’elle n’accorde aucun crédit aux enquêtes indépendantes menées par le CCSG.

Dans sa lettre, le directeur de la communication de Coca-Cola met en avant la bonne volonté de l’entreprise en soulignant d’une part que sa société a rencontré les représentants de la SACOM et du CCGS et, d’autre part, qu’un programme d’audit existe et qu’il n’a jusqu’à présent jamais identifié de manquements à la loi chinoise. La réponse de Coca-Cola prétend également que, suite aux révélations du CCSG, l’entreprise a ordonné la conduite d’un audit supplémentaire et indépendant au sein des usines d’embouteillages chinoises concernées.

Voir la réponse de Coca-Cola aux participants à l’Appel Urgent n°333

Coca-Cola doit poser les bases d’un véritable dialogue

Peuples Solidaires adresse aujourd’hui une lettre ouverte à Coca-Cola lui signifiant qu’en aucun cas ces éléments ne peuvent être considérés comme de véritables garanties de la responsabilité sociale de Coca-Cola. Premièrement, Peuples Solidaires rappelle qu’il n’existe pas aujourd’hui de programme d’audit qui soit en mesure de garantir le respect des droits des travailleurs tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Les résultats de l’audit indépendant annoncé par Coca-Cola n’ont en outre jamais été transmis à la SACOM. Ce manque de transparence et le refus de Coca-Cola de tenir compte des faits observés par le CCGS ne permettent pas aujourd’hui de conclure qu’une réponse satisfaisante ait été donnée par l’entreprise aux organisations locales et aux consommateurs et citoyens français. Deuxièmement, un dialogue véritable avec les partenaires sociaux locaux ne pourra être envisagé qu’une fois que l’entreprise acceptera de prendre en compte les résultats des enquêtes menées par le CCGS, ce qu’elle refuse jusqu’à présent de faire. Le CCSG et la SACOM ont, en outre, décidé qu’aucune nouvelle rencontre n’aurait lieu tant que Coca-Cola n’aura pas formulé de propositions concrètes d’amélioration, notamment en ce qui concerne le respect des droits des travailleurs intérimaires et la mise en oeuvre de programme de formation au droit du travail.

En effet, Peuples Solidaires rappelle que Coca-Cola n’a pas répondu à la demande de la SACOM de fournir une formation sur leurs droits à l’ensemble des travailleurs dans ses usines d’embouteillage. Or, seule la connaissance de leur droits permettront aux ouvriers de les faire appliquer.

Peuples Solidaires réitère donc ses demandes à Coca-Cola et l’exhorte à :

- révéler le pourcentage de main-d’oeuvre intérimaire dans ses usines d’embouteillage ;

- transformer la main-d’œuvre intérimaire en main-d’œuvre permanente et  s’assurer qu’aucun ouvrier intérimaire ne soit illégalement licencié ;

- fournir une formation sur leurs droits à l’ensemble des travailleurs dans vos usines.

Voir la lettre ouverte de Peuples Solidaires à la Coca-Cola Company

Notes :

(1) http://www.thecoca-colacompany.com/citizenship/supplier_contract_policies.html