334 – Bangladesh : nouvel incendie meurtrier
[Dernières Nouvelles (22/06/2010) : H&M réagit, Provera reste évasive ... et les victimes attendent d'être indemnisées]
[Dernières Nouvelles (20/04/2010) : Les accidents se multiplient...]
[Mise à jour (22/03/2010) : Pimkie répond]
Le jeudi 25 février 2010, vingt-et-un travailleurs, dont quinze femmes, ont perdu la vie dans l’incendie de l’usine Garib & Garib, à Gazipur au Bangladesh. Une cinquantaine d’autres ont été blessés, victimes de brûlures ou d’intoxications suite à l’inhalation de fumée. Issues de secours bloquées, ventilation défectueuse, extincteurs hors d’état de marche… les conséquences tragiques de cet incendie semblent être directement imputables aux mauvaises conditions de sécurité de l’usine. Selon les informations postées sur le site Internet de Garib & Garib, l’usine fournissait notamment les multinationales H&M et Provera (centrale d’achat des magasins Cora et Match). Contactés par le réseau européen Clean Clothes Campaign(1), H&M et Provera ont déclaré prendre des mesures afin d’apporter une aide aux victimes.
Ecrire pour agir : Soutenez les demandes des victimes et des syndicats auprès de 3 Suisses, H&M et Provera et envoyez un message de solidarité à notre partenaire
L’incendie, vraisemblablement causé par un court-circuit électrique, s’est déclaré au premier des sept étages que compte le bâtiment alors que les travailleurs s’apprêtaient à quitter l’usine. Des ouvriers des étages supérieurs qui tentaient de fuir l’incendie se seraient alors retrouvés piégés par des issues bloquées. Vingt-et-un d’entre eux ont succombé, intoxiqués par la fumée. Le système de ventilation insuffisant et une structure métallique installée illégalement sur le toit du bâtiment auraient empêché l’évacuation de la fumée.
De graves négligences
Selon les pompiers, il n’y avait pas suffisamment d’extincteurs et ceux-ci n’étaient pas en état de fonctionnement. Les opérations de sauvetage auraient en outre été gênées par la présence de barreaux aux fenêtres que les pompiers ont dû scier pour venir en aide aux victimes. De plus, personne sur les lieux du sinistre n’aurait été capable de leur fournir une estimation du nombre de travailleurs présents dans l’usine au moment de l’incendie. Il s’agit du deuxième incendie en six mois dans cette usine.
Les victimes demandent réparation
Un certain nombre de travailleurs ont été hospitalisés suite à des brûlures ou intoxications. Certains ont besoin d’un traitement médical et d’indemnisations immédiatement, mais également sur le plus long terme. Les familles des travailleurs décédés ont à ce jour reçu 200 000 Taka (environ 2085 €) de la part de la direction de l’usine et de l’Association des producteurs et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA). D’après les syndicats sur place, ce montant est largement insuffisant pour répondre aux besoins des victimes. Ceux-ci réclament le versement de 300 000 Taka supplémentaires par famille. Enfin, les syndicats souhaitent s’assurer que les travailleurs continueront à être payés durant la fermeture de l’usine, qui devrait durer tout le mois de mars.
D’après le site Internet de Garib & Garib, les entreprises H&M et Provera se fourniraient auprès de cette usine. La Clean Clothes Campaign a donc contacté ces entreprises pour les informer de la situation et leur demander de répondre aux demandes des travailleurs. La firme H&M nous a pour sa part informés qu’elle suit l’indemnisation des familles des victimes par son fournisseur et Provera a annoncé qu’elle avait décidé d’apporter une aide aux familles des victimes.
Responsabilité des entreprises clientes : les audits ne suffisent pas
Tous les témoignages recueillis sur place indiquent que de graves déficiences du dispositif de sécurité et du fonctionnement de l’usine sont à l’origine de cet accident. Pourtant, aucune entreprise n’admet pour le moment une part de responsabilité dans ce drame.
H&M nie par exemple l’existence d’un problème structurel de sécurité chez son fournisseur et en veut pour preuve un audit réalisé en octobre 2009, lequel n’avait révélé aucun problème quant aux conditions de sécurité dans l’usine… Provera déclare quant à elle auditer ses fournisseurs sur les conditions de travail dans le but de les aider à améliorer la sécurité de leur personnel.
Depuis plusieurs années déjà, le Collectif Ethique sur l’étiquette signale le manque de crédibilité et d’efficacité de tels audits. Collaborer avec les travailleurs et leurs représentants est la seule manière efficace d’assurer la santé et la sécurité des travailleurs sur leur lieu de travail. Compte tenu de la situation catastrophique de l’industrie du vêtement au Bangladesh, il n’est en outre plus tolérable de garder ces rapports d’audits confidentiels. L’industrie de l’habillement doit se montrer transparente et responsable envers les travailleurs de ses filières d’approvisionnement. Elle doit pour cela fournir ses rapports d’audits aux syndicats, aux gouvernements et aux autres parties prenantes concernées.








