341 – CAMEROUN: SOMDIAA SUCRE LES DROITS

Le 11 octobre 2010

Canal pollué par les rejets toxiques de la Sosucam, Mbanjok. © GRAIN

Dernières nouvelles – 02/12/10 « Somdiaa: quand la température monte, le sucre fond »

Dans la Haute-Sanaga, au centre du Cameroun, les conditions de vie se dégradent aussi vite que l’entreprise sucrière Sosucam se développe. En 2006, celle-ci a signé un contrat avec le gouvernement portant de 10 000 à 20 000 hectares la superficie de terre qu’elle exploite. Or cette extension se fait aux dépens des communautés rurales qui voient leur sécurité alimentaire menacée. De plus, les conditions de travail dans les plantations sont indignes et dangereuses. La Sosucam appartient pourtant à la Somdiaa, géant français de l’agroalimentaire dirigé par Alexandre Vilgrain qui s’enorgueillit d’être à la pointe en termes de responsabilité sociale. Une association camerounaise, le CODEN, se mobilise pour les droits des populations. Aidez-nous à soutenir son action !
« D’abord ils nous ont pris nos terres, sans nous demander. Les parcelles qui nous restent ne suffisent pas à nourrir nos familles et nos récoltes sont altérées par l’utilisation déraisonnée d’herbicides dans les plantations. Même l’élevage est désormais interdit par la Sosucam. Il ne nous reste souvent plus qu’à aller travailler dans les champs en tant qu’ouvrier agricole, pour gagner des salaires de misère… » témoigne Michel Essindi, paysan et membre du Comité de développement de la région de Ndo (CODEN).
En 1965, la Sosucam a signé avec le gouvernement un bail emphytéotique de 99 ans pour développer ses activités sur 10 058 hectares. Ce contrat prévoyait des indemnités, en lien avec les transactions de terres, qui n’ont jamais été versées. En 2006, un second bail a ajouté 11 980 hectares à la surface que l’entreprise exploite depuis 45 ans pour la production et la transformation de la canne à sucre. Cette fois-ci, la Sosucam verse bien une indemnité annuelle aux communautés affectées, mais de seulement 2 062 985 francs CFA (3 145 €) soit l’équivalent de 5 € par famille et par an… Une somme qui est loin de compenser l’impact réel des activités de la Sosucam sur les populations.

Sécurité alimentaire menacée.

Les deux contrats de la Sosucam, validés sans l’aval des communautés locales, concernent environ 6 000 personnes. Les terres les plus fertiles, autrefois destinées aux cultures vivrières, leur sont désormais inaccessibles. La pollution de l’air, du sol et de l’eau, générée par le traitement et la transformation de la canne à sucre, fait pourrir les cultures en terre ce qui réduit l’approvisionnement des marchés locaux. La direction de l’entreprise empêche également l’élevage traditionnel sur toute la superficie qu’elle exploite. « Afin de compenser ce manque à gagner, nous soutenions le développement de cultures de rente telles que le café et le cacao, mais l’extension actuelle de la Sosucam menace à nouveau de tout détruire » ajoute Yves Zoa, secrétaire général du CODEN. Les conséquences des activités de la compagnie sont donc catastrophiques et son emprise semble totale sur la région. Elle s’étend jusqu’ aux villes, parfois menacées de pénurie alimentaire en raison des nombreux barrages auxquels sont confrontés les transporteurs sur les routes qui traversent les plantations.
Au final, cette exploitation de plus de 20 000 hectares est emblématique du phénomène mondial d’accaparement de terres dans lequel l’agrobusiness menace la sécurité alimentaire des populations locales et dont les femmes, qui jouent un rôle central dans l’agriculture familiale et paysanne des pays du Sud, sont les premières à pâtir.

Pollution et conditions de travail dangereuses

Cette menace sur la sécurité alimentaire pourrait être nuancée par la création d’emplois rémunérateurs. Mais selon le CODEN, seuls 4 % des employés de la Sosucam sont d’ancien-ne-s paysan-ne-s qui ont perdu leurs terres. En tant que travailleur-seuses dans les plantations, ils et elles ne gagnent pas suffisamment pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Quant aux jeunes issus des communautés, ils ne peuvent accéder aux postes à responsabilité créés par l’entreprise, même lorsque leur qualification le leur permettrait. De plus, salarié-e-s et villageoi-se-s subissent les conséquences environnementales des activités de production et de transformation. Les femmes sont particulièrement touchées car elles manipulent des produits phytosanitaires dangereux qui réduisent leur fertilité. « La retombée des cendres due aux brûlis de la canne provoque des maladies respiratoires et ophtalmologiques chez nos enfants » ajoute Josephine Ndzié, ouvrière à la Sosucam et membre du CODEN. Or le centre de soins de l’entreprise, avec les moyens dont il dispose aujourd’hui, n’est pas en mesure de garantir les soins appropriés aux personnes affectées.

La Somdiaa doit agir

« Nous ne sommes pas seulement responsables de nos produits, mais également des conditions dans lesquelles ils sont produits. Les valeurs humaines constituent le fondement de notre Groupe » peut-on lire sur le site Internet de la Somdiaa[1], société mère de la Sosucam. Dirigé par la famille Vilgrain depuis 1947, ce groupe n’a cessé de s’étendre en s’implantant d’abord au Congo, puis tour à tour dans de nombreux pays tels que le Burkina Faso, le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire… Son PDG actuel, Alexandre Vilgrain, ne devrait pas ignorer les problèmes d’accaparement de terres puisqu’il a récemment participé aux travaux du Centre d’analyse stratégique français dans le cadre de son rapport sur ce phénomène[2].
Suite à l’échec des négociations avec sa filiale camerounaise et avec les autorités politiques du pays, c’est le groupe français que le CODEN a décidé d’interpeler pour faire respecter les droits des populations. Afin de se faire entendre, il en appelle à la solidarité internationale : écrivez à Alexandre Vilgrain, Président directeur général de la Somdiaa !


[1] cf. http://www.somdiaa.com/

[2] Centre d’analyse stratégique, Les cessions d’actifs agricoles à des investisseurs étrangers dans les pays en développement, mission dirigée par Michel Clavé, juin 2010.