Du 17 au 19 novembre 2011 s’est tenu à Nyéléni, Mali, la première conférence internationale paysanne pour stopper l’accaparement de terres. 250 participants venus de 30 pays ont partagé leurs expériences et leurs luttes contre l’accaparement de terres et ont construit et renforcé leurs alliances. Paysans et paysannes, pastoralistes, populations autochtones ainsi que de nombreuses organisations du Nord et du Sud politiquement proches des revendications des couches paysannes ont donc participé pendant trois jours à cette conférence inédite qui a abouti à la création d’une alliance mondiale contre l’accaparement de terres.
Un rassemblement qui répond à l’urgence de la menace
La Conférence a eu lieu dans le village de Nyéléni, endroit hautement symbolique car le premier forum international sur la souveraineté alimentaire a été organisé dans ce même village par La Via Campesina en 2007. Depuis, l’accaparement des terres s’est révélé être une menace de plus en plus dangereuse pour la réalisation du droit à la souveraineté alimentaire.

Malibya, filiale du fonds souverain libyen, s'est vu accorder 100.000 hectares de terres par le gouvernement malien
Selon un récent rapport de novembre 2011, les transactions répertoriées comme acceptées ou en cours de négociation dans le monde entier, entre les années 2000 et 2010, représentent 203 millions d’hectares. Cette superficie est équivalente à huit fois la taille du Royaume-Uni. Sur ce total, des marchés conclus pour 71 millions d’hectares ont fait l’objet, jusqu’à présent, de vérifications croisées, confirmant l’ampleur sans précédent de la ruée sur les terres ces dix dernières années. L’Afrique est la cible privilégiée de la ruée sur les terres avec 134 millions d’hectares de transactions répertoriées, parmi lesquels 34 millions ont fait l’objet de vérifications croisées[1].
La lutte contre les accaparements a déjà fait l’objet au Mali de l’Appel de Kolongo signé en novembre 2010 par les organisations paysannes maliennes contre les investissements fonciers massifs réalisés au détriment de l’agriculture paysanne et familiale. Mais l’étape significative dans cette lutte au niveau international a été l’adoption de l’Appel de Dakar lors du Forum Social Mondial qui s’est tenu à Dakar en février 2011. A ce jour, plus de 900 organisations, dont Peuples Solidaires, ont signé cet Appel, exigeant la fin des accaparements et la restitution des terres déjà accaparées.
Une Alliance mondiale contre l’accaparement de terres
A l’initiative de La Via Campesina et du ROPPA (Réseau des organisations paysannes de producteurs d’Afrique de l’Ouest), la conférence de Nyéléni contre l’accaparement des terres a pu se faire autour des témoignages des nombreux intervenants concernant les différentes formes d’accaparements. De l’exploitation minière à l’agrobusiness en passant par les agrocarburants, la diversité des menaces oblige à une vigilance extrême des couches paysannes si elles veulent voir respecter leurs droits d’accès à la terre. Les femmes sont aussi intervenues pour souligner la vulnérabilité accrue des populations féminines dans chacun de ces cas.
Cette conférence a surtout abouti à la création de l’Alliance de Nyéléni contre l’accaparement de terres, alliance inédite dont l’ambition est de conjuguer les luttes et de rassembler les parties prenantes, qu’il s’agisse d’organisations paysannes locales ou d’ONG de défense des droits humains. Une déclaration a été adoptée, réaffirmant avec fermeté l’opposition des participants au phénomène d’accaparement. Tout comme l’Appel de Dakar, la Déclaration finale de la conférence de Nyeleni contre les accaparements de terres a adopté comme priorité non pas la négociation avec les acteurs publics ou privés pour la vente ou la location de terres, mais l’engagement total pour le droit à la souveraineté alimentaire en faveur d’une agriculture paysanne et familiale et la production alimentaire à petite échelle qui représentent le modèle le plus durable.
Le convergence des luttes vise donc à acquérir un impact plus fort au niveau international, en faisant entendre la voix des couches paysannes et à les protéger contre ce qui est devenu la principale menace contre leur droit à la souveraineté alimentaire.
[1] Pour en savoir plus sur l’ampleur des accaparements de terres dans le monde, consulter le récent rapport Les droits fonciers et la ruée vers les terres, rédigé à partir d’études menées par l’IIED, le CIRAD et l’ILC, http://www.landcoalition.org/cpl/CPL-synthesis-report








