APRES TROIS ANS DE MOBILISATION, LES OUVRIÈRES DE L’HABILLEMENT EN INDONESIE VOIENT LEURS DROITS RECONNUS

9 juin 2010 -

Suite à une campagne qui a duré trois ans, l’usine indonésienne d’habillement PT Mulia Knitting a finalement reconnu à ses ouvriers le droit d’adhérer au syndicat de leur choix. Jeudi 20 mai 2010, l’usine, implantée à la périphérie de la capitale Jakarta, a signé un accord avec le syndicat GSBI1.
Rappel des faits

En septembre 2008 Peuples Solidaires et le Collectif Ethique sur l’étiquette[1] lançaient un Appel Urgent dénonçant le licenciement abusif un an plus tôt de 19 salariés d’une des usines sous-traitantes de Ralph Lauren et Tommy Hilfiger en Indonésie  [Appel Urgent n° 319 « Indonésie, Ralph Lauren manque d’élégance »]. La raison de ce licenciement : la création par ces salariés d’un syndicat pour améliorer leurs conditions de travail et mettre un terme aux nombreuses violations de leurs droits, dont les femmes constituaient les principales victimes. Vous avez alors été des milliers de consommateurs et de citoyens à écrire aux principaux clients de cette usine, dont M. Ralph Lauren, PDG de l’entreprise éponyme,  pour leur demander d’intervenir en faveur des ouvriers qui fabriquent ses vêtements et dont les droits les plus fondamentaux sont bafoués. Trois ans plus tard, grâce à la mobilisation internationale dénonçant la discrimination syndicale dont font l’objet ces ouvriers, un accord vient d’être signé.

Mobilisation des ouvriers de l'usine PT Mulia Knitting

Liberté syndicale reconnue et ouvriers licenciés indemnisés

L’accord reconnait explicitement le syndicat SBGTS, filiale du GSBI dans cette usine, comme le  syndicat représentant les ouvriers au sein de PT Mulia Knitting. Il établit également des mesures permettant la juste indemnisation de cinq employés qui avaient été licenciées en 2007 suite à leur adhésion au syndicat, et qui n’ont depuis jamais cessé de revendiquer activement leur liberté d’association.

Le GSBI, Peuples Solidaires et le Collectif Ethique sur l’étiquette reconnaissent et apprécient le rôle récemment joué par l’une des entreprises clientes de l’usine, Tommy Hilfiger. La pression de l’entreprise sur la direction de son usine fournisseur durant les mois qui ont précédé l’accord a été déterminante.

Il est toutefois regrettable qu’il ait fallu plus de deux ans (depuis février 2008 où une première prise de contact avec Tommy Hilfiger a été établie) pour que l’entreprise se décide à prendre des mesures efficaces permettant de mettre fin aux graves violations des droits des travailleurs chez son fournisseur indonésien.

Le silence de Ralph Lauren

Interpellée à plusieurs reprises par Peuples Solidaires, l’entreprise Polo Ralph Lauren, également cliente de l’usine PT Mulia Knitting, a systématiquement refusé tout dialogue avec le SBGTS. Peuples Solidaires et le Collectif Ethique sur l’étiquette condamnent fermement l’attitude de Ralph Lauren dans cette affaire, et s’indignent de la remise, en avril dernier, de la Légion d’honneur par M. Sarkozy à un homme dont l’entreprise ignore depuis plusieurs années les demandes qui lui sont adressées par les ouvrières indonésiennes qui fabriquent ses vêtements et dont les droits sont bafoués [Communiqué de Presse du 14/04/2010 « Peuples Solidaires s’indigne de la remise de la légion d’honneur à Ralph Lauren »]

Rester mobilisés dans la durée : le soutien précieux de la solidarité internationale

Il convient également de rappeler qu’en raison de la considérable lenteur du processus de négociation, 14 des ouvriers licenciés en 2007 ont été forcés, pour des raisons économiques, de mettre un terme à leur combat pour la défense de leur droits de façon prématurée et d’accepter l’arrangement financier que leur proposait la direction de l’usine. Il est très difficile pour ces ouvriers de rester mobilisés sur de si longues périodes.

C’est pourquoi Peuples Solidaires avait décidé en septembre 2008 d’aider financièrement, via sa Caisse de solidarité, les cinq ouvriers encore mobilisés, afin de leur permettre d’aller au bout de leur combat.

Emelia Yanti

S’adressant à tous ceux qui ont participé à cette campagne de lettres, au lendemain de la signature de l’accord, Emelia Yanti, représentante du GSBI, déclarait:

Des revendications en suspens et l’espoir de futures négociations

Cependant, Peuples Solidaires déplore qu’aucun des ouvriers licenciés n’aient pu réintégrer son poste au sein de l’usine.

De plus, l’accord obtenu ne couvre pas l’ensemble des revendications initialement portées par le syndicat: congés maternité pour les ouvrières, mesures permettant d’assurer la nuit  le retour chez elles des ouvrières dans les conditions de sécurité exigées par la loi indonésienne, assurances santé et retraite conformes à la loi, équipements de sécurités appropriés et fin des contrats précaires. L’établissement désormais officiel du syndicat au sein de l’usine permet d’espérer que ces demandes seront entendues et prises en considération au travers du dialogue social qui doit maintenant s’établir formellement entre le syndicat et la direction de l’usine.
Voir les autres article sur Ça marche !


[1] Créé en 1995, le collectif Ethique sur l’étiquette regroupe des associations de solidarité internationale, de collectivités locales, des syndicats, des mouvements de consommateurs et des associations d’éducation populaire. Il agit en faveur du respect des droits humains au travail dans le monde et de la reconnaissance du droit à l’information des consommateurs sur la qualité sociale de leurs achats. Depuis septembre 2007, le collectif s’est constitué en association (loi 1901).