Le 9 décembre 2011 a été une triste journée pour Lester Gustavo Freire Burgos et pour la liberté syndicale en Équateur. Ouvrier et secrétaire général du syndicat FENACLE à la plantation de bananes de Los Alamos, Lester a été licencié et expulsé de son lieu de travail par des agents de sécurité. Sans aucune justification officielle, il a dû quitter son emploi après plus de treize ans au sein de cette plantation détenue par la multinationale Noboa. Face à ce nouvel acte de répression, qui est loin d’être isolé, la FENACLE en appelle à la solidarité internationale pour exiger que la direction de Noboa réintègre ce travailleur dans l’entreprise et cesse toute pratique antisyndicale.
![]()
Les bananes font partie des produits les plus vendus et commercialisés au monde. La plupart sont cultivées dans de grandes plantations, pour le compte de multinationales du fruit comme Noboa qui sont elles-mêmes sous la pression des supermarchés. En Équateur, premier exportateur mondial de bananes, des milliers de personnes et leurs familles dépendent de ce commerce. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), l’Équateur fait partie des cinq pays au monde où les violations des droits syndicaux sont les plus graves.
« En Équateur le mot syndicat est diabolisé et le dialogue social est loin d’être une préoccupation pour les dirigeants d’entreprises. », souligne Angel Rivero, Président de la FENACLE. Des listes noires sont même éditées avec le nom de celles et ceux qui participent de près ou de loin à une quelconque activité syndicale. Une fois qu’elles sont fichées, il est très difficile voire impossible pour les personnes syndiquées de trouver un emploi dans une autre entreprise.
Quand activité syndicale rime avec licenciement…
En mai 2011, comme l’exige la loi, 700 travailleurs-ses de la plantation de Los Alamos se réunissent pour élire leurs représentants syndicaux mais… tous les élus se font licencier sur le champ !
Peu après les salarié-e-s obtiennent une autorisation pour fonctionner comme un syndicat mais les nouveaux élu-e-s sont convoqué-e-s à tour de rôle au siège de l’entreprise à Guayaquil où ils subissent des menaces de licenciement et d’autres intimidations. Le 17 mai, un syndicat est formellement créé dans la plantation et 60 % des 1 200 travailleurs-euses s’y affilient dans l’espoir de négocier une convention collective.
Lester Gustavo Freire Burgos en fait partie, et le 30 octobre 2011, il est même élu secrétaire général.
Lester travaille dans la plantation de Los Alamos depuis 1998 en tant qu’ouvrier soudeur. Los Alamos est aussi son lieu de résidence puisqu’il y vit avec sa famille.
Le 7 décembre 2011, alors qu’il s’apprête à commencer sa journée de travail, il est convoqué par la directrice des ressources humaines qui lui explique qu’elle a reçu l’ordre de le licencier. Il est ensuite expulsé de son lieu de travail sans ménagement par des agents de sécurité. Dans la foulée, on lui donne sept heures pour quitter son logement : un camion l’attend même devant sa porte afin qu’il charge ses effets personnels et qu’il quitte les lieux au plus vite !
Aucun motif de licenciement ne lui est communiqué : « J’ai toujours satisfait mon employeur et je ne comprends pas la raison de mon licenciement intempestif si ce n’est le fait d’avoir été élu secrétaire général du syndicat », estime-t-il.
Le cas de Lester n’est pas un cas isolé : le 16 décembre 2011, la direction a aussi menacé Jorge Muñoz Nieto, secrétaire des finances, ainsi que tou-te-s les autres salarié-e-s ayant participé à la création du syndicat. C’est seulement grâce à la pression exercée par la FENACLE, avec le soutien de ses partenaires internationaux, qu’il n’y a pas eu d’autres nouveaux licenciements.
L’entreprise Noboa dans la ligne de mire
Los Alamos appartient à la multinationale Noboa, qui commercialise les bananes de marque « Bonita ». Située au 4 ème rang mondial du commerce international de la banane, Noboa est dirigée par Álvaro Noboa, entrepreneur et homme politique multimillionnaire, l’homme le plus riche d’Équateur(1).
Noboa n’en est pas à ses premiers pas en matière de violation des droits. En 2002 déjà, nous l’avions interpellée pour des faits similaires survenus dans la même plantation(2).
Sans une réaction et une pression fortes aux niveaux national et international, les violations des droits des travailleurs-euses continueront chez Noboa. C’est pourquoi la FENACLE fait appel à la solidarité internationale pour que l’entreprise réintègre immédiatement Lester Freire, et cesse toute pratique antisyndicale.
(1) Álvaro Noboa s’est présenté trois fois à l’élection présidentielle, d’abord pour le parti de la droite populiste, puis avec sa propre formation politique. Il est réputé pour mener ses batailles électorales à « coups de dollars ».
(2) Cf. « Appel Urgent n° 255 – Bananes : l’injuste prix ! », lancé suite au licenciement massif d’ouvriers syndiqués.










