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336 – Brésil : Les Quilombos défendent leurs terres

Descendants d’esclaves, les communautés Quilombos n’ont obtenu que 5% des territoires qu’elles revendiquent (et que la constitution leur reconnaît). Les autorités brésiliennes tergiversent face aux oligarchies économiques locales et pour faire valoir leurs droits, la CONAQ (Coordination Nationale qui défend les droits des Quilombos) en appelle aujourd’hui à la solidarité internationale.

Dans la langue africaine Yoruba, le mot “quilombo” signifie abri. Dès le XVIIe siècle, il désigne les groupes autonomes d’esclaves qui parviennent à se regrouper en communautés clandestines. Aujourd’hui, le mot désigne à la fois les communautés et le lieu où elles vivent. On en dénombrerait 5 000, regroupant entre 1,5 et 2 millions de membres qui ont leurs propres croyances (issues des religions africaines), une culture créative (dont fait partie la capoeira), des savoir-faire originaux (usage des plantes médicinales) et qui valorisent de manière artisanale et durable les ressources forestières. Mais les Quilombos restent isolés et leur niveau de vie est presque toujours très bas.

Conserver les terres occupées depuis des siècles

Afin de défendre leur culture et conserver les terres qu’ils occupent depuis des siècles, les Quilombolas – habitants des Quilombos – sont parvenus à faire inscrire leurs droits dans la constitution brésilienne du 5 octobre 1988. L’article 68 du texte reconnaît ainsi une ‘‘propriété définitive’’ aux ‘‘descendants des communautés des Quilombos qui sont installés sur leurs terres’’ et confie à l’Etat la responsabilité de ‘‘titulariser’’ leurs droits. En novembre 1995, soit sept ans après l’adoption de cette Constitution, l’INCRA – Institut National de la Colonisation et de la Réforme Agraire – octroie le premier titre de propriété à un Quilombo.

“Ceux qui souffrent le plus des inégalités dans notre pays, ce sont la femme et l’homme noirs”, déclarait le président brésilien Luís Inácio Lula da Silva en novembre 2003. Cette année-là, il signe un décret qui instaure une réglementation plus favorable aux Quilombolas et détermine les conditions du processus de titularisation (qui prévoit notamment de leur octroyer des titres de propriété). Mais sept ans plus tard, en janvier 2010, le même président a estimé ‘‘ne rien pouvoir faire pour accélérer ce processus’’.


Dans les faits, la politique nationale de soutien aux Quilombolas se heurte aux oligarchies rurales et politiques. Le processus de titularisation entre en effet en concurrence avec les intérêts de grands groupes agro-industriels qui pratiquent l’agriculture intensive et la monoculture à grande échelle, quitte à occuper les terres des communautés.

Dans le nord de l’Etat de l’Espirito Santo par exemple, le nombre de villages est passé de 100 à 37 et celui des familles de 10 000 à 1 200 depuis les années 1960 et l’arrivée de l’entreprise Aracruz Celulose S.A(1) dans la région. Mais lorsque l’INCRA annonce en 2006 la titularisation de 9 500 hectares en faveur du Quilombo de Linharinho, dont une partie est exploitée par la compagnie, celle-ci refuse de céder et s’attaque même au décret de 2003 qu’elle tente de faire invalider pour inconstitutionnalité(2).

Parfois, c’est l’administration elle-même qui s’oppose aux droits des habitants comme sur la presqu’île de Marambaia, dans l’Etat de Rio de Janeiro. Bien qu’une communauté de pêcheurs y vive depuis 150 ans, la Marine nationale, qui contrôle et administre l’île depuis 1971, s’est opposée à la titularisation de 1 600 hectares de terres pour le Quilombo.

Mais les Quilombolas, soutenus par de nombreuses organisations de la société civile, ne restent pas inactifs et remportent des victoires. Dans l’exemple de Marambaia, ils ont ainsi obtenu en janvier 2010 que le Tribunal supérieur de justice de l’Etat de Rio confirme la décision initiale de l’INCRA en leur faveur.

Le gouvernement doit tenir ses engagements

A ce jour, en raison des oppositions, seuls 5 % des territoires réclamés par les communautés de Quilombolas leur ont été remis. Notre partenaire de la CONAQ a donc décidé de faire appel à la solidarité internationale pour pousser l’administration du président Lula à assurer un transfert rapide et total des territoires des Quilombolas dans les mains des communautés.

La CONAQ demande notamment à l’Etat d’allouer un budget suffisant et adapté à ce transfert dans tout le pays, sans quoi les promesses qui ont été faites aux Quilombolas ne seront jamais tenues.

Notes :

(1) Premier producteur mondial de pulpe d’eucalyptus, Aracruz Celulose S.A est devenue Fibria SA en 2009 lors de sa fusion avec Votorantim Celulose e Papel.

(2) cf.  www.aracruz.com/show_press.do?act=news&id=1000459&lang=1



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