Appels urgents

Appel n°337 – Philippines : La criminalisation doit cesser

Vincent Borja, militant philippin

« Malgré la violence et les abus de ceux qui nous dirigent et de Mme Arroyo, le mouvement des travailleurs et du peuple n’est pas détruit. En fait, il n’en est que renforcé ». Ainsi s’exprime Vincent Borja, dirigeant syndicaliste et politique emprisonné depuis trois ans aux Philippines. Dans ce pays, la lutte anti-insurrectionnelle contre la la guérilla communiste sert de prétexte à une répression meurtrière des mouvements sociaux et des partis de gauche. Une agence d’action judiciaire spéciale a même été créée pour poursuivre en justice les militants, quitte à monter des dossiers de toutes pièces. Alors que sa mise en liberté sous caution doit être étudiée dans les semaines qui viennent, Vincent Borja et le syndicat Kilusang Mayo Uno en appellent à la solidarité de tous pour faire pression sur les autorités.

Depuis 2001, le régime de la présidente philippine Gloria Macapal Arroyo mène une campagne anti insurrectionnelle contre la « New Peoples Army ». Mais l’objectif affiché, mettre un terme à l’insurrection communiste armée, sert de prétexte à une répression meurtrière des mouvements sociaux et des partis de gauche. En quelques années, plus de 1 100 militants ont été assassinés et on dénombre plus de 200 disparitions forcées. Autre volet de cette politique : la criminalisation des organisations civiles. Une agence d’action judiciaire spéciale a été créée pour poursuivre en justice et emprisonner les militants, quitte à monter des dossiers de toutes pièces. Dans un climat de violence aggravé par l’approche des élections présidentielle et législatives du mois de mai 2010, le syndicat Kilusang Mayo Uno (KMU) est particulièrement touché par cette répression.

Arrestation illégale

Vincent Borja a 41 ans. Initialement salarié dans une centrale géothermale de la province de Leyte, dans l’est du pays, il a été licencié en raison de son engagement syndical. Devenu directeur régional de la Fédération nationale des syndicats de travailleurs du KMU, il est également coordinateur régional du parti Anakpawis (« Les masses laborieuses »).

En mai 2007, quelques jours après des élections, il participe à une réunion chez un représentant de la communauté Malinao à Ormoc, dans l’est du pays, lorsque dix hommes lourdement armés font irruption dans la maison et s’emparent de lui.

Deux camions, deux vans et plusieurs motocyclettes, ainsi que 40 soldats en uniforme, cagoulés et sans plaques d’identification sont mobilisés. Les soldats présentent un mandat d’arrêt défectueux mentionnant un certain « Tata Borja » et émis par une autorité militaire (et non par la police nationale, comme il aurait dû l’être). Interpellé sur la légalité du document, le colonel responsable de l’opération menace d’arrêter ses contradicteurs pour « obstruction à la justice » et affirme tout bonnement qu’il peut obtenir d’autres mandats au nom de Vincent Borja si nécessaire. Ce dernier est emmené au camp Dowes, à Altavista. Ses camarades le suivent afin d’éviter qu’il ne soit maltraité. A leur arrivée, un mandat « corrigé » leur est présenté avec le bon prénom. Ils insistent alors pour que M. Borja soit détenu par la police nationale et non par les militaires. Après minuit, Vincent Borja est enfin transféré au bureau de police d’Ormoc.

Accusations fantaisistes

Le 7 mai 2007, M. Borja est accusé de meurtre devant la justice. On lui impute l’assassinat du militaire Marianito Calibo, commis le 8 juillet 2006. Trois autres personnes sont également accusées : Florencio Agunos, décédé depuis cinq mois au moment des faits ; Simeon Cabonegro, également responsable de la Fédération nationale des syndicats de travailleurs du KMU, qui a déclaré n’avoir jamais rencontré Marianito Calibo et Junie Maningo, qui porte un nom très semblable à celui d’un responsable du KMU de la province de Leyte. Quant au seul témoin oculaire supposé du crime, Tito Lagarit, il est connu par les militants de la région en tant qu’ancien membre du corps militaire et ne s’est jamais présenté devant la cour pour témoigner…

Depuis l’arrestation, les audiences n’ont cessé d’être reportées en raison de l’absence de ce prétendu témoin. Incarcéré dans la même pièce que 40 autres détenus, Vincent Borja, qui est asthmatique, est régulièrement victime de crises. D’après le KMU, il a perdu beaucoup de poids en raison de la mauvaise alimentation proposée aux détenus. En mai 2009, ses avocats ont demandé sa mise en liberté sous caution. Mais ce n’est que le 7 avril dernier que sa demande a été soumise à résolution.

La cour a un délai de 90 jours pour se prononcer sur la mise en liberté de Vincent Borja. Il est impératif qu’une audience soit programmée au plus vite pour que le militant politique et syndical soit libéré et les charges pesant contre lui abandonnées. Le syndicat KMU en appelle donc à la solidarité internationale pour faire pression sur les autorités.



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