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Accueil » Réseau-Solidarité » Historique des Appels » 258 - THAILANDE - FAILLITE SUSPECTE DANS LE TEXTILE

258 - THAILANDE - FAILLITE SUSPECTE DANS LE TEXTILE

APPEL N° 258 AVRIL 2003

Le 18 décembre 2002, les employés de l’usine textile Par Garment, située près de Bangkok, trouvent porte close en arrivant sur leur lieu de travail : la société est en faillite et les 149 ouvriers se retrouvent sans emploi avec des arriérés de salaire. Par Garment confectionnait des vêtements pour plusieurs marques internationales comme Gap, Nike, Adidas ou Wal-Mart. Récemment, un syndicat local avait contraint la direction à respecter ses engagements et le droit du travail thaïlandais en la poursuivant devant les tribunaux. Plutôt que d’accepter cette "contrainte", le propriétaire semble avoir organisé la liquidation de l’entreprise. Le relais est pris par deux autres usines dans lesquelles il détient également des parts... et où aucun syndicat n’est implanté. Mais les clients occidentaux de ces unités de production sont les mêmes. Les ex-ouvriers de Par Garment sollicitent un appui international pour mettre ceux-ci face à leurs responsabilités.

Créée en 1987, Par Garment connaît une croissance irrégulière mais certaine. Comme trop souvent dans les usines de sous-traitance, la situation est déplorable : salaires de misère, heures supplémentaires forcées, travail de nuit rémunéré en deçà du minimum légal, harcèlement sexuel, locaux insalubres et violations du droit syndical font partie du quotidien des ouvriers, en majorité des femmes. Avec l’appui du Young Christian Workers Movement (YCW), et malgré les menaces de licenciement - voire de mort - adressées aux leaders syndicaux, les employés s’organisent pour demander l’amélioration de leurs rémunération et conditions de travail. En 1990, après avoir fermé l’usine pendant neuf jours, la direction concède quelques avancées et un syndicat peut être créé. Le soutien d’autres organisations thaïlandaises et la couverture médiatique de ce premier conflit social ont été déterminants dans ce succès.

UNE HISTOIRE EMAILLEE DE LUTTES SOCIALES

En 1991 et 1992, Par Garment crée deux filiales dans le nord-est du pays(1) : Montini Garment et Par Consortium. Une partie de l’activité est alors transférée vers ces fabriques, dans lesquelles les conditions de travail ont été alignées vers le bas par rapport à l’usine de Bangkok. Lorsque les salariés entament une grève sur ces deux sites de production, la direction licencie quatre cents d’entre eux. Avec le soutien du syndicat de Par Garment, et après trois mois de mobilisation, ils obtiennent une victoire partielle : la moitié des ouvriers est réintégrée tandis que les autres sont indemnisés.

En 1997, les employés de Par Garment se heurtent à nouveau à l’intransigeance de leur direction. Pour toute réponse à leurs revendications, celle-ci prend prétexte de la crise économique pour remettre en cause les améliorations difficilement acquises auparavant (prime annuelle, prime de "haute qualité", ...), puis ferme subitement l’usine. Les ouvriers organisent alors sit-in et manifestations devant la société, allant jusqu’à s’allonger sur la route pour empêcher le passage des camions venus pour enlever les machines(2). Leur action est soutenue par les travailleurs d’unités de production voisines et relayée par des campagnes internationales auprès du gouvernement thaïlandais et des clients occidentaux de Par Garment. Après plus de cinq mois de lutte et l’intervention du Premier Ministre Chuan Leekpai, ils obtiennent la réouverture de l’usine. Cependant, seule une partie des ouvriers sera autorisée à reprendre le travail, et les problèmes restent inchangés.

En 2000, la justice thaïlandaise ordonne à Par Garment de réintégrer ou indemniser trente syndicalistes qui avaient été abusivement licenciés. Cinq ouvriers choisissent la réintégration mais la direction, tout en les payant, les maintient à l’écart des ateliers. Le syndicat devra encore une fois saisir les tribunaux pour obtenir le versement des primes annuelles de 1997 et 1998, et des procédures sont en cours s’agissant des années 1999 et 2000.

Dans les semaines précédant la récente fermeture de l’usine, les employés sont contraints à travailler quotidiennement quatre heures supplémentaires. Puis, durant les derniers jours, plus aucune tâche ne leur est confiée et ils constatent que des machines commencent à être enlevées, sans que la direction ne leur communique d’information. A ce jour, ni les dernières semaines de travail ni les heures supplémentaires ne leur ont été payées. Le syndicat local estime qu’il s’agit clairement d’une stratégie anti-syndicale : le propriétaire de Par Garment, M.Apiwat Latinat Mongalat, a provoqué la faillite de l’entreprise afin de concentrer l’activité dans les unités de production où les employés ne sont pas organisés.

GAP : DES ENGAGEMENTS A RESPECTER

Aujourd’hui, les ex-employés de Par Garment demandent le paiement des arriérés de salaire, une indemnité de licenciement et un reclassement - pour ceux qui le souhaitent - dans les deux autres usines dont M.Apiwat Latinat Mongalat détient des parts. Ils sollicitent un appui international pour faire pression sur les clients de ces entreprises. La société Gap Inc., dont les articles sont produits par près de 3600sous-traitants implantés dans 50 pays, est un de ceux-ci.

Gap affiche sa volonté d’agir pour que "dans les usines, tous les employés soient traités avec dignité et respect". Elle s’est dotée d’un code de conduite traitant du respect des lois locales en matière de travail, des conditions de travail et de la préservation de l’environnement. Gap met notamment en avant ses préoccupations concernant "les salaires, le travail des enfants, les questions de santé et de sécurité, le respect du droit des travailleurs à créer des syndicats"(3). La multinationale évoque également les audits qu’elle effectue chez ses fournisseurs pour s’assurer du bon respect de ce code. Nous demandons donc à Gap d’intervenir pour le respect des droits des ouvriers thaïlandais qui produisent pour elle.

(1) Respectivement dans les provinces de Korat et d’Ubon Ratchathani.

(2) Après cette action, la direction de Par Garment recrute une milice de jeunes hommes pour évacuer les employés par la force. Lorsqu’ils arrivent sur les lieux et réalisent qu’ils font face à des femmes, ceux-ci refusent de remplir leur mission et s’en vont.

(3) Le texte "Beyond the Label : Gap Inc.’s commitment to ethical sourcing" peut être téléchargé sur le site www.gapinc.com

POUR EN SAVOIR PLUS

TIE-Asia :

Transnationals Information Exchange-Asia (TIE-Asia) est un réseau d’organisations asiatiques soutenant les ouvriers du secteur textile. On trouve sur son site Internet des informations plus détaillées sur l’histoire de Par Garment.

www.tieasia.org

Made in Thaïlande (film) :

Cette vidéo (18 mn.) traite des conditions de travail dans les usines thaïlandaises et présente le parcours d’ouvrières qui tentent de s’organiser. A commander au Collectif De l’éthique sur l’étiquette c/o Artisans du Monde 01 56 03 93 50

GAP en France :

GAP s’est implantée en France en 1993 sous forme de SAS (Société Anonyme Simplifiée). La marque commercialise ses vêtements sous les enseignes Gap, GapKids, BabyGap et GapBody à travers des boutiques situées en région parisienne ainsi qu’à Lyon, Aix-en-Provence et Montpellier.

Appel réalisé en lien avec :

Clean Clothes Campaign (CCC) www.cleanclothes.org

Ecrire ...

Par lettre : vous pouvez imprimer le modèle qui suit, ou le recopier.

Ce texte vous est proposé à titre indicatif, vous pouvez l’adapter à votre propre style.

Dans tous les cas, n’oubliez pas d’inscrire vos coordonnées et de signer.

Affranchissement : tarif normal France.

Délai de réaction : dès réception, mais pour donner plus d’ampleur à la campagne, vous pouvez la diffuser jusqu’à fin avril 2003.

A , le

Monsieur Sylvain STAMBOULIAN

Directeur Général

GAPFRANCESAS

9, avenue Matignon

75008 Paris 08

Monsieur,

J’ai été informé(e) par Réseau Solidarité (10, quai de Richemont- 35000Rennes) de la fermeture de l’usine Par Garment en Thaïlande qui a brutalement privé de ressources 149 employés en décembre dernier. Dans cette entreprise, un syndicat avait obtenu quelques avancées en matière de respect des droits économiques et sociaux.

Par Garment produisait des vêtements pour GAP. Son dirigeant M.Apiwat Latinat Mongalat est lié à deux autres sociétés où il n’y a pas d’implantation syndicale et qui travaillent pour les mêmes marques.

Je vous demande d’assumer votre responsabilité d’importateur et d’agir conformément au Code de conduite que vous affichez en intervenant pour que :

-  les demandes des ex-employés de Par Garment soient immédiatement satisfaites (paiement des arriérés de salaire, reclassement ou indemnisation) ;

-  vos fournisseurs en Thaïlande se conforment à la législation du travail et respectent pleinement la liberté syndicale.

Restant attentif au résultat de votre intervention, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes sincères salutations.


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