Mme Ah Hua travaille dans l’atelier de peinture d’une usine de production de jouets située dans la seconde zone industrielle de Shenzen, dans la province de Guangdong. Son témoignage a été recueilli lors d’une enquête réalisée par le HKCIC(1) en hiver 2001 dans 8 usines de cette région du sud de la Chine auprès d’une quarantaine d’ouvriers.
"Nous travaillons jusqu’à 23 heures le soir ces derniers jours. De retour dans nos dortoirs, nous devons attendre notre tour pour prendre une douche, laver nos vêtements et nous ne pouvons nous coucher que vers 2 heures du matin. Le lendemain, il faut se lever à 6h30 pour prendre le petit déjeuner et commencer à travailler à 7h30. Comment pouvons-nous avoir suffisamment de sommeil ?
Les odeurs des produits chimiques sont très fortes sur les lieux de travail et vous pouvez voir de la poussière de peinture partout [...]. Notre travail est compté à la pièce, ainsi chacun veut en faire le plus possible. Nous avions de meilleurs salaires l’année dernière. Cette année, c’est beaucoup moins bien. Je travaille tous les jours et je ne gagne qu’entre 72 et 84 €uros par mois. Pour beaucoup de travailleurs le salaire mensuel tourne autour de 50-60 €uros".
INSECURITE ET FLEXIBILITE
8 sites de production concernés par l’enquête du HKCIC appartiennent à 2 compagnies de Hong Kong qui produisent, notamment pour Mattel, des jouets en plastique, des jeux éléctroniques et éducatifs principalement pour les marchés européen et américain.
Dans chacune des 8 usines, les interviews des travailleurs ont fait ressortir les longues journées de travail épuisantes : la plupart des ouvriers passent en moyenne 14 heures par jour à l’usine, parfois 18 heures quand les commandes urgentes affluent. Durant la haute saison, de juin à septembre, le repos hebdomadaire reste une notion inconnue et le paiement à la pièce, la règle...
Les salaires, déjà très bas à cette période (entre 45 et 85 €uros par mois), oscillent entre 25 et 45 €uros en basse saison, quand les commandes se font plus rares. Certains ne bénéficient ni de contrat de travail ni d’assurance. La plupart constatent l’absence totale de formation en matière d’hygiène et de sécurité et le non respect de certaines règles élémentaires, dans un secteur industriel où les produits chimiques et les machines peuvent s’avérer très dangereux.
Les violations de la loi chinoise sont nombreuses, mais les ouviers restent peu conscients des droits dont ils disposent. Dans l’usine où travaille Mme Ah Hua et dans 4 autres appartenant à la même compagnie, 96 des travailleurs ne connaissent pas le taux du salaire légal minimum et 63 % ignorent tout du droit du travail.
Quant au code de conduite de Mattel, la situation est encore moins glorieuse puisque la plupart des ouvriers interviewés n’en n’ont jamais entendu parler et que tous déclarent ne pas savoir ce qu’est un code de conduite...
UN LONG CHEMIN A PARCOURIR
Ce n’est pas la première fois que le leader mondial de l’industrie du jouet se fait "épingler" en Asie.
Déjà, en 1996, Réseau Solidarité prend part à la campagne internationale de dénonciation des conditions de travail chez les sous traitants de Mattel en Thailande. La multinationale, sous la pression conjointe des organisations mobilisées au Nord et au Sud, adopte un an plus tard son propre code de conduite, le Global Manufacturing Principle et met aussi en place une instance de contrôle, le MIMCO.
Par la suite, les mobilisations se poursuivent soulignant les faiblesses des engagements de la compagnie américaine et les failles de son système interne de contrôle. En 1998, plusieurs organisations européennes réalisent une enquête sur les conditions de travail dans 12 usines produisant pour Mattel en Chine (appel 197). Le constat est accablant...
Aujourd’hui, l‘enquête réalisée par le HKCIC confirme la nécessité de poursuivre la mobilisation :
pour une plus grande transparence dans la méthode de contrôle des conditions de travail chez les sous-traitants de Mattel
pour une collaboration active avec les ouvriers, les organisations des pays concernés et ses fournisseurs
pour la mise en oeuvre de politiques d’achat qui permettent le respect des droits sociaux dans tous les pays.
A l’approche de Noêl, les ouvriers et ouvrières du jouet ont aussi le droit de voir leurs espérances légitimes devenir réalité.
(1) Enquête publiée en déc. 2001 par le HKCIC et réalisée auprès de 93 ouvriers d’usines produisant pour Hasbro, Mattel, Mac Do et Disney, dans la province de Guangdong.
Un rapport du même type avait déja été produit précédemment sous le titre "Chine : des jouets fabriqués dans la douleur" (voir le bon de commande en page 3)
Pour en savoir plus
MATTEL AU MEXIQUE
A Tijuana, au Mexique, en 2001, une petite actionnaire de Mattel a pu rencontrer quelques ouvrières d’une usine produisant pour la firme américaine.
A l’époque, il en ressortait déjà de grandes similitudes avec les conditions de travail en Chine.
Salaires très bas
Périodes de production intense suivie pour certaines, de périodes de repos forcé non rémunérées
Heures supplémentaires apparemment non rémunérées au taux légal
Formation insuffisante, voire inexistante, à l’utilisation des machines et des produits
Non respect de certaines règles relatives à la santé et à la sécurité...
En mai 2002, une deuxième rencontre a pu être organisée. La situation n’a pas évolué et les ouvrières constatent même une augmentation des cadences de travail en haute saison.
A LIRE
Le rapport complet de l’HKCIC est disponible en anglais sur internet : www.cic.org.hk/
Le livre édité par OXFAM Belgique "Jouets de la mondialisation, dans le monde désenchanté de Disney"est disponible auprès du secrétariat d’Ethique sur l’Etiquette pour 11 € (53 Bd de Strasbourg 75010 Paris - Tel : 01 56 03 93 50)
Un outil pédagogique sur le jouet pour les 8 - 12 ans est disponible au secrétariat lyonnais de Peuples Solidaires (10 Rue Lanterne 69001 Lyon - Tel : 04 78 29 86 71)
CAMPAGNE : MODE D’EMPLOI
Vous avez le choix ! Vous pouvez :
utiliser le courrier pré-imprimé adressé au PDG de Mattel,
rédiger votre propre courrier
ou bien utiliser la lettre à Barbie imprimée sur carton rose (vous pouvez aussi la donner à signer à un proche).
Ecrire...
Par lettre : vous pouvez découper le modèle ci-joint, le recopier ou utiliser le carton rose "lettre à Barbie".
Ce texte vous est proposé à titre indicatif, vous pouvez l’adapter à votre propre style.
Dans tout les cas n’oubliez pas d’inscrire vos coordonnées et de signer.
Affranchissement : 0,46 €
Mr H. Parizot, PDG de Mattel France
27 Rue Antony
94150 RUNGIS COMPLEXE
à le
Monsieur
J’ai été informé(e) par Réseau Solidarité (10 Quai de Richemont 35000 Rennes) des mauvaises conditions de travail chez plusieurs sous traitants de votre compagnie en Chine, dans la province de Guangdong.
Je vous demande instamment :
d’améliorer le système de contrôle de l’application de votre code de conduite, en veillant à y associer les travailleurs et organisations des pays concernés
de développer des plans d’actions correctives avec vos fournisseurs afin d’améliorer les conditions de travail sur les sites de production et de faire respecter la loi chinoise
de prendre en considération l’impact de vos politiques d’achat sur les conditions de travail chez vos fournisseurs.
Je vous en remercie par avance
Tous mobilisés
Pour faire connaître notre campagne, nous avons imprimé des cartons roses sur lesquels figure une "lettre à Barbie" et au PDG de Mattel-France (vous en trouverez un exemplaire joint dans ce courrier pour vous même ou un proche).
Nous vous proposons de diffuser autour de vous ces "lettres à Barbie" afin que le maximum de personnes prennent part à cette campagne.
Nous vous proposons aussi quelques outils qui vous permettront, si vous le souhaitez, d’obtenir plus d’informations sur les questions relatives au jouet.
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