APPEL N° 251 OCTOBRE 2002
Dans la province du Pendjab, les organisations de paysans sans terre qui luttent pour leurs droits sont victimes de répression sanglante. Entre janvier et septembre 2002, dix paysans ont été assassinés, neuf sérieusement blessés et de nombreux autres ont été emprisonnés ou menacés. Des villages entiers sont assiégés par l’armée. En 1999, le gouvernement du Pakistan avait annoncé qu’il allait distribuer des terres aux paysans. Mais depuis que Anjuman Mazarain Punjab, le mouvement qui lutte pour l’obtention de droits de propriété foncière, a commencé ses activités en 2000, la violence à l’encontre des paysans a considérablement augmenté. Des agences du gouvernement en collaboration avec les forces militaires sont responsables de cette répression brutale.
Un million de paysans environ travaillent dans les fermes du gouvernement provincial du Pendjab.La majorité d’entre eux vit en dessous du seuil de pauvreté. Depuis près de 100 ans leurs familles travaillent les mêmes parcelles. Vers 1900 les premiers paysans s’installent sur des terres désertiques et construisent les premières infrastructures d’irrigation. En 1919, le gouvernement britannique accorde des baux de location de 40 ans aux familles qui y sont installées. En 1958, cette attribution est confirmée par le gouvernement pakistanais. Mais en 1970, les terres sont soudain remises sous la tutelle d’administrations d’Etat.
Aujourd’hui, la terre est propriété du gouvernement provincial dans 10 districts du Pendjab et les fermes, une vingtaine au total, sont dirigées par différentes agences gouvernementales et souvent par des militaires à qui les paysans sont tenus de verser la moitié des récoltes.
Comme si cela ne suffisait pas, ces organismes essaient actuellement de modifier les modalités de location des terres pourtant régies par plusieurs lois relatives à la propriété foncière. Elles veulent les remplacer par un système de contrats, limités à 3 ou 5 ans, à l’expiration desquels les paysans pourraient être expulsés suivant le bon vouloir des gestionnaires.
POUR LE DROIT DE VIVRE SUR SES TERRES
Anjuman Mazarain Punjab, le mouvement qui représente les métayers du Pendjab organise la résistance à la mise en place de ces nouveaux contrats de location.Elle réclame des droits fonciers permanents et l’application des promesses gouvernementales. Car depuis son arrivée au pouvoir en 1999, le Président Musharraf a maintes fois promis d’attribuer 70000 acres(1) de terre aux métayers qui les cultivent dans les fermes du gouvernement du Pendjab. Or les nouveaux contrats qui sont "proposés" aux métayers mettent en cause leur statut, déjà très fragile.
Depuis l’année 2000, poussé par la colère, le mouvement des métayers est devenu une force d’opposition très importante dans le pays. Il a organisé des rassemblements et des manifestations publiques en essayant d’éviter les provocations violentes. Il n’a pu empêcher quelques dégradations dans une ferme militaire. Mais la répression exercée à son encontre est totalement démesurée et a atteint des niveaux sans précédents.De nombreux métayers membres de Anjuman Mazarain Punjab sont victimes d’actes criminels depuis janvier 2002.A cette date, l’un d’entre eux est assassiné à Renala Khurd, par le directeur des fermes militaires de l’Etat, le colonel Mohammed Ali.
En avril, par un acte très symbolique les métayers marquent leur colère. Ils décident de ne pas partager la récolte de blé avec les organismes gestionnaires.A la mi-mai, deux autres métayers sont assassinés.Là encore, ce sont des officiers en activité ou pensionnés qui sont mis en cause.Le 9 juin 2002 un contingent de plus de 1000 policiers entre dans la localité n°81/82 à Pirowal. A l’issue de leur intervention de 3 heures, on relève un mort et trois blessés. Le 11 juin, d’autres villages sont attaqués. Plusieurs localités subissent un véritable état de siège durant de nombreux jours.Les canaux d’irrigation sont fermés, les moyens de communication sont coupés, cinq métayers sont gravement blessés. Les agresseurs, des militaires, prélèvent leur dîme sur les récoltes et contraignent les paysans à signer de nouveaux contrats.
NOUVEAUX CONTRATS IMPOSES
Le 24 août, une nouvelle vague de répression s’abat sur les paysans.On dénombre 4 morts et 18 blessés. Les villages concernés sont à nouveau totalement isolés.Une vingtaine de personnes sont interpellées. Les autorités utilisent les dispositions anti-terroristes pour justifier la répression contre les paysans sans-terre, ce qui leur permet de prendre des mesures d’exception sans avoir à rendre compte de leurs actes.
Des forces armées très importantes entourent les villages et installent de nombreux barrages sur les routes de la région, mais les militaires renvoient la responsabilité des violences sur les dirigeants des mouvements paysans qu’ils accusent d’être des agents étrangers. Comme en situation de guerre, le bouclage du territoire mis en place empêche les observateurs et les journalistes de venir interroger les protagonistes et d’enquêter sur le terrain.
Il est clair que l’objectif actuel des gestionnaires des fermes est de contraindre les métayers à signer de nouveaux contrats afin d’en finir avec les revendications d’accès à la terre.
De leur côté, les paysans sans-terre ne veulent pas perdre un statut qu’ont arraché les générations qui les ont précédés. Ils exigent au contraire que le gouvernement du Pakistan tienne enfin ses promesses électorales et leur accorde la pleine jouissance des terres. Ils sont soutenus dans cette démarche par de nombreuses associations pakistanaises, mais dans le contexte actuel de leur pays, ils ont besoin d’un fort mouvement de solidarité internationale pour faire connaître et reconnaître leurs revendications.
1) Un acre équivaut à un demi-hectare environ
Pour en savoir plus...
Dossier
:
"Peasants in revolt" 24 pages (en anglais) réalisé par the Network for Consumer Protection (Pakistan). Disponible à Réseau-Solidarité sur simple demande :
par courriel / envoi en format PDF.
par courrier postal / photocopie.
Appel réalisé en lien avec
FIAN : Campagne globale pour une réforme agraire
www.fian.org
Asian Center for the Progress of People
www.acpp.org
Ecrire...
Par lettre : vous pouvez découper le modèle ci-joint, ou le recopier.
Ce texte vous est proposé à titre indicatif, vous pouvez l’adapter à votre propre style.
Dans tous les cas n’oubliez pas d’inscrire vos coordonnées et de signer.
Affranchissement : 0,67 €
Par fax : 92 51 9270 205
courriel : ce@pak.gov.pk
H.E. General Pervez Musharraf
President of Islamic Republic of Pakistan
President’s House
Islamabad
PAKISTAN
à le
Dear Sir,
Through Réseau-Solidarité (10 quai de Richemont 35000 RENNES - FRANCE) I have been informed about the violation of the rights of tenants in Punjab.
In your referendum campaign you promised to allot 70 000 acres of state land to landless tenants in Punjab. The distribution of agricultural land is necessary, indeed, for the fulfilment of these peasants human right to feed themselves.
However, when the tenants in the area started to organize in Anjuman Mazarain Punjab and demand that your promise be fulfilled and land be distributed, they met with repression.
I urge you, Mr.President, to take the necessary and effective measures to
provide the tenants with titles for the land cultivated by them
put an end to the harassment of the peasants> movement
prosecute the murderers of the tenants
Please keep me updated on the measures you take in this regard.
Yours sincerely
Traduction
Monsieur le Président,
Par Réseau-Solidarité (...) j’ai été informé(e) des violations des droits humains dont sont victimes des métayers du Pendjab.
Lors de votre campagne électorale, vous avez promis d’attribuer 70000 acres de terre à des métayers du Pendjab. La distribution de terres agricoles est nécessaire afin de garantir le droit des paysans à se nourrir eux-mêmes.Cependant, quand les métayers de cette région ont commencé à s’organiser au sein de Anjuman Mazarain Punjab et à demander que vous respectiez vos promesses et que la terre soit distribuée, ils ont été victimes de répression.
Je vous demande instamment, Monsieur le Président, de prendre immédiatement les mesures qui s’imposent afin de
donner aux métayers des titres de propriété pour la terre qu’ils cultivent ;
mettre fin aux harcèlements à l’encontre du mouvement paysan ;
poursuivre les meurtriers des métayers
Je vous remercie de bien vouloir m’informer des mesures que vous prendrez.
Je vous prie ...