APPEL N° 244 FEVRIER 2002
Les moyens de subsistance de plusieurs milliers de pêcheurs traditionnels du Sri Lanka sont sévèrement menacés par des dragages de sable de mer nécessaires à la construction de la voie rapide reliant Colombo à Katunayake, distant de 30 kilomètres. Ces travaux risquent de repousser les bancs de poissons des eaux peu profondes du plateau continental vers la haute mer, hors des limites de la petite pêche. La voie rapide elle-même, dont l’utilité est contestée par certaines études, ne tient pas compte des sévères conséquences sur l’environnement qu’engendre sa construction dans une zone de marais. Les compensations financières pour les pêcheurs sont très loin des sommes promises initialement. Un important mouvement de contestation, sévèrement réprimé, se développe aujourd’hui, soutenu par de nombreuses associations asiatiques.
Le 20 novembre 2001, plus de 2000 pêcheurs se rassemblent à Dickowita, la banlieue de Colombo, pour protester pacifiquement contre les dragages de sable de mer sur leur zone de pêche. Ils veulent s’assurer que l’activité qui les fait vivre depuis plusieurs générations ne sera pas menacée.
Les témoignages sur le déroulement de la manifestation sont contradictoires. Suivant certains, un politicien de la région appartenant au Parti au pouvoir à Colombo(1) encourage les pêcheurs à démonter un tuyau de dragage. Très vite, la police arrive sur place dans un bus appartenant, semble-t-il, à la société chargé des travaux.
" La Police n’a pas essayé de disperser pacifiquement la manifestation, pas plus qu’elle n’a utilisé de gaz lacrymogène, de canons à eau ou de balles en caoutchouc. Elle a choisi directement d’utiliser des munitions qui ont provoqué des morts " déclare une source locale.
Ainsi, trois pêcheurs, deux hommes et une femme, tous parents de jeunes enfants sont tués, tandis qu’une écolière est dénombrée parmi les quinze personnes hospitalisées avec de sérieuses blessures. Loin d’effrayer les manifestants, les tirs de la police attisent leur colère. Au lieu de se disperser et de battre en retraite, ils affrontent les forces de l‘ordre. Un des véhicules transportant les officiers de la police est alors incendié.
Le 21 novembre 2001, une journée de deuil est organisée. 6500 personnes participent à une manifestation pacifique. Plusieurs prêtres catholiques et un moine bouddhiste se joignent à la marche. Les organisateurs s’assurent qu’aucun policier ou homme politique n’est présent et la marche se termine pacifiquement, marquant une étape importante dans la lutte contre les travaux entrepris.
Dragage et remblayage
En 1991, un projet de voie rapide destinée à traverser une zone de marais de Muthurajawela, proche de Colombo, avait déjà été lancé. Mais, suite à une protestation très vigoureuse et très massive, le projet avait été abandonné. Il revient aujourd‘hui sur le devant de la scène, après quelques retouches de la part des autorités concernées(2).
On estime que la route nécessitera 4,7 millions de mètres cube de sable de mer. Son dragage est confié à Boskalis International une société basée aux Pays Bas. Du point de vue environnemental, le projet est très vivement contesté dans sa conception et dans sa justification. La Fondation pour l’Environnement, une association basée à Colombo, souligne que de tels remblayages peuvent avoir de graves conséquences : inondations ou sécheresses prolongées, ruissellement d’eaux polluées depuis la route directement dans les marais, etc ...
Dans l’immédiat, le dragage du sable pour la voie rapide affecte la pêche artisanale qui représente pourtant le principal moyen de subsistance pour des milliers de personnes de la région. Les bateaux d’artisans pêcheurs sont petits et bas, ils ne sont pas adaptés à la pêche en eaux profondes. Or, le dragage du sable disperse les bancs de poissons du plateau continental et les renvoie 10 à 15 kilomètres au large, trop loin pour les petites embarcations de pêche.
Compensation et manifestation
La compensation prévue, de 0,30 US$ par jour pendant 6 mois, est ridicule comparée au manque à gagner et aux promesses faites par les responsables du projet. Elles est très loin du seuil minimum de pauvreté, évaluée, par le PNUD(3), à 1 US$ par jour. Les pêcheurs considèrent cette proposition comme une provocation et le font savoir. La marche du 20 novembre 2001 n’avait pas d’autre but.
Négociation et médiation
En réponse aux événements sanglants du 20 novembre, Caritas Sri Lanka ainsi que plusieurs associations de défense de l’environnement ont organisé deux conférences de presse pour apporter des précisions sur le déroulement des événements et les revendications des pêcheurs.
Pour leur part, les pêcheurs ont annoncé qu’ils rejettent maintenant toutes les compensations offertes et qu’ils réclament l’arrêt immédiat des dragages. Ils demandent évidemment que les responsables de la répression de la manifestation soient identifiés et traduits devant les tribunaux.
Caritas Sri Lanka et les associations d’environnement insistent pour que les projets de développement soient élaborés avec la participation des populations et qu’ils soient étudiés et mis en oeuvre dans la transparence. Ils savent que pour avancer dans la sensibilisation et l’organisation des populations, l’ensemble de la société civile doit se mobiliser.
C’est ainsi que l’on a pu apprendre que l’enquête du juge local chargé de l’instruction était maintenant dans les mains du Procureur Général.
Dans l’immédiat, aucune autorité responsable n’a répondu aux demandes des pêcheurs et aux diverses questions qui sont posées sur la viabilité et la pertinence du projet.
Les associations de défense des droits économiques et sociaux basées en Asie diffusent un appel à la solidarité. Réseau-Solidarité a choisi de relayer cette action en Europe.
1. People’s Alliance, le Parti au pouvoir au Sri Lanka
2. Central Environment Authority. Organisme d’Etat chargé de la protection de l’environnement. Un organisme qui reste très silencieux face au critiques dont il est l’objet
3. Programme des Nations Unis pour le Développement
Ecrivez !
Honorable Prime-Minister,
Mr Ranil WICKREMESINGHE
Cambridge Place,
COLOMBO 7
SRI LANKA
Texte proposé (nous vous suggérons ce texte à titre indicatif, vous pouvez l‘adapter à votre propre style)
Dear Prime Minister,
Through Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES - FRANCE) I have been informed of the severe effects of sand dredging, for the construction of Colambo-Katunayake expressway.
The expressway project reportedly disregarded severe adverse effects to the environment. Also, the compensation offered to the fisherfolk of US$030 (i.e. 30 US cents) per day for six months, was much less than the level of poverty.
I urge you to use your authority to stop the sand dredging for the Colombo-Katunayake expressway project in order to protect the right to livelihood of the local people.
Sincerely
(signature)
TRADUCTION
Monsieur le Ministre,
Par Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES - FRANCE) j’ai été informé(e) des graves conséquences du dragage de sable pour la construction de la voie rapide Colombo-Katunayake.
Ce projet de voie rapide aura semble-t-il des effets très néfastes pour l’environnement. En outre, la compensation de 0,30 US$, accordée aux pêcheurs artisanaux pendant 6 mois est plus faible que le niveau du seuil de pauvreté.
Je vous demande d’user de votre autorité pour arrêter les dragages destinés à la voie rapide Colombo-Katunayake pour protéger le droit à un revenu décent des populations locales.
Je vous prie
(signature)
Appel mené en lien avec
Asian Center for the Progress of Peoples
1/F, 52 Princess Margaret Road
Kowloon,
HONKONG
www.acpp.org