SENEGAL
CONTE ; CORRESPONDANCE ; PARTENAIRE DU SUD
Publics :
PRIMAIRE ; COLLEGE ; ENSEIGNANT
Destinataires :
CAMPAGNE DEMAIN LE MONDE
Cette action a eu lieu tout au long de l’année 1999-2000 et s’est même poursuivie au début de l’année 2000-2001
A) Les préalables du projet
Une correspondance scolaire, très riche et dynamique, existe depuis 96-97 entre le club "Citoyens du Monde" du Collège de Kerallan à Plouzané (29) et l’école primaire du village de Kora, dans la région de Fatick, au Sénégal.
En juin 99, l’animatrice bénévole du club "Citoyens du Monde", militante de Peuples Solidaires, a proposé à une enseignante de français de participer à cette correspondance avec une classe de 6ème en travaillant plus particulièrement sur les contes bretons et africains, les contes étant au programme de 6ème. Suite à cette proposition, l’enseignante a demandé à avoir une classe de 6ème, dans sa fiche de voeux.
Dès la rentrée, un canevas de travail, pour l’année, sur cette thématique, a été élaboré en partenariat entre le professeur de français et l’animatrice de Peuples Solidaires, ayant également une formation de bibliothécaire pour enfants. Dans le projet initial, l’enseignant sénégalais devait être en France, à cette période, et participer à ce travail préparatoire. Malheureusement il n’a pu obtenir son visa. Le projet lui a donc été envoyé. Il l’a adapté à ses élèves, plus jeunes que prévu. En effet quand le projet a été conçu, l’instituteur sénégalais pensait avoir la classe de CM1, mais à la rentrée, c’est celle de CE1 qui lui a été attribuée.
Ce projet s’est inscrit dans le cadre d’un projet collectif, impliquant plusieurs établissements scolaires et associations, labellisé et financé par la Campagne "Demain le Monde, l’éducation pour tous". L’association Lire à Plouzané a mis à disposition son exposition "Yayème, village du Sénégal", accompagnées de nombreux livres.
B) 1ère étape : découverte des contes bretons à Plouzané et collectes de contes à Kora
Les élèves de Plouzané ont découvert et étudié des contes bretons, ont sélectionné ceux qu’ils aimaient le plus pour les envoyer à l’école de Kora, accompagnés de petits commentaires et dessins pour faciliter la compréhension du contexte culturel par les élèves africains.
Il avait été prévu, durant cette phase, des rencontres avec des anciens de Plouzané qui auraient pu conter. Malheureusement, les veillées d’antan où les contes se transmettaient autour du feu, concernaient la génération d’avant. Faire appel à un conteur breton professionnel a été envisagé à la place, mais le budget n’en avait pas été prévu. La rencontre avec les contes bretons s’est donc faite uniquement par le biais des livres et il n’y a pas eu de travail de collectage possible.
Une rencontre avait aussi été espérée avec un spécialiste de la tradition orale, enseignant-chercheur au Centre de Recherche sur la Culture Bretonne. Mais l’emploi du temps de ce dernier n’a pas permis que cela se réalise.
Pendant ce temps les élèves de Kora ont commencé à collecter des contes. "Nous profitons des heures d’expression écrite et orale pour travailler sur les contes. Chaque enfant essaie de donner un conte en wolof, poular ou sérère et en expression écrite il essaie de transcrire sa production en français mais comme nous sommes dans une classe de CE1 le niveau d’expression est tellement faible que leurs écrits sont presque illisibles. Néanmoins ces exercices permettent d’apprendre à l’enfant à s’exprimer". L’enseignant a ensuite rédigé les contes à partir des éléments transmis par ces enfants ou par des villageois. Il a ajouté à cette collecte, des contes que lui-même connaissait et d’autres qui avaient été racontés, par écrit, par des lycéens de son entourage.
Cette collecte, envoyée à Plouzané, a fait l’objet d’une saisie informatique et de la constitution d’un livret par l’animatrice de Peuples Solidaires.
C) 2ème étape : découverte des contes envoyés par les correspondants, de part et d’autre
Les enfants bretons ont lu beaucoup de contes africains, ceux envoyés par l’école de Kora et les nombreux livres de contes africains prêtés par l’association Lire à Plouzané.
Ils ont également eu la chance d’écouter un excellent conteur togolais, Rogo Koffi Fiangor, venu rencontrer les quatre classes de 6ème du Collège, dans le cadre de la tournée des conteurs d’Afrique Verte. Ils ont échangé ensuite avec lui sur la tradition orale et l’art du conteur puis ont restitué les contes entendus par écrit et par le dessin.
Un travail particulier a été fait aussi autour des "contes frères", des histoires de "bossu(e)s" bretons et africains, découvertes au cours des lectures et remarqués pour leur structure quasiment identique, hormis le sexe des héros, et qui ont permis une réflexion sur l’universalité.
Les enfants de Kora ont découvert les contes bretons envoyés par leurs correspondants. Ceux-ci leur ont surtout été lus par l’enseignant. L’enseignant nous a fait part ultérieurement qu’il aurait été souhaitable que ces contes soient envoyés en 12 exemplaires (un pour deux élèves) afin de pouvoir être utilisés dans le cadre des séquences de lecture.
D) 3ème étape : écriture de contes africains, à plusieurs mains
Les élèves de Plouzané ont essayé d’imaginer des contes africains qu’ils ont envoyés aux enfants de Kora pour qu’ils les lisent, les corrigent, les "sénégalisent".
Onze contes ont ainsi été écrits, en cinq ou six heures, dans le cadre des cours de français, les enfants travaillant par équipe de deux. L’intérêt de cette étape était aussi de mesurer ce que les enfants bretons étaient en mesure de réinvestir, dans l’écriture, de ce qu’ils avaient découvert de la tradition orale africaine mais aussi de l’environnement, des coutumes, de la vie quotidienne, de la culture... Pour cela, ils ont eu plusieurs sources à leur disposition. Tout d’abord, ce que leur disait dans leurs lettres leurs correspondants, les réponses apportées à leurs questions et à celles du club "Citoyens du Monde" par l’enseignant sénégalais, l’exposition "Yayème, village du Sénégal" sur laquelle ils ont travaillé au premier trimestre, des livres et des vidéos... "Les élèves ont peu réinvesti dans leurs histoires les éléments de connaissance issus de ces contacts préalables. Et l’ensemble des écrits restent évasifs quant au quotidien des personnages, à leur mode de vie, leurs croyances. Votre participation, celle de vos élèves, n’en sera que plus intéressante et enrichissante. La proposition de travail envisageait que vos élèves interviennent dans ces écrits, proposent des modifications, des ajouts, critiquent ce qui ne leur semblerait pas conforme soit à la tradition orale locale, soit au mode de vie et aux façons de faire du Sénégal. En fait qu’ils aident à faire de ces contes imaginés des contes sénégalais. Mes élèves sont tout à fait demandeurs de cette interaction, de ce regard critique. C’est dans ce but qu’une page blanche a été laissée à la droite de chaque page rédigée : elle est là pour vos remarques et développement." (extrait d’une lettre du professeur de français).
Les élèves de Kora ont travaillé ces contes qui leur avaient été envoyés, en plusieurs exemplaires, en lecture et expression orale. L’enseignant est intervenu au niveau de la mise en ordre et du renforcement des idées, exprimées par les enfants pour adapter ces contes au contexte africain et les enrichir. Ils y ont inséré aussi des paroles de chants, des formules qui leur revenaient en mémoire, en lien avec le thème des contes. Certaines de ces petits textes ont été traduits, d’autres, difficiles à traduire, sans en perdre le sel ont été conservés dans la langue locale.
Cette dernière phase a pris plus de temps que prévu en raison, à deux reprises de retards postaux importants, amplifiés par des grèves des enseignants sénégalais fin juin et une rentrée tardive des élèves sénégalais (la rentrée a eu lieu le 9 octobre mais beaucoup d’élèves ne sont là qu’en novembre compte tenu des récoltes).


Un échange autour des contes bretons et sénégalais dans le cadre d’une correspondance scolaire