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Accueil » Appels Urgents » Historique des Appels » 281 - BRESIL - PARÁ, L’IMPUNITE CONTINUE

281 - BRESIL - PARÁ, L’IMPUNITE CONTINUE


--- Lien pièces-jointes Pièces-jointes ---

Appel n°281 (du 15 mars au 30 mai 2005)

Dans l’Etat du Pará, au nord du Brésil, il est toujours aussi difficile de faire juger les tueurs à gage, de les condamner et de les faire rester en prison. Et obtenir justice devient encore plus dur quand il s’agit des commanditaires des assassinats. Or les grands propriétaires terriens ont clairement fait le choix de la provocation et de l’affrontement pour enterrer définitivement une réforme agraire paralysée par les lourdes contraintes économiques qui pèsent sur la politique agricole du pays. On assiste donc aujourd’hui à une nouvelle montée de la violence à l’encontre des responsables paysans et des défenseurs des droits humains. Or, si la politique foncière est de la responsabilité du président Lula, l’Etat du Pará dispose de sa propre justice et de sa police, indépendantes du pouvoir fédéral. On peut donc craindre que les mesures de protection des militants menacés soient insuffisantes face à la détermination des tueurs. Il est donc essentiel que le pouvoir judiciaire joue le rôle qui devrait être le sien, pour les dissuader de se livrer à de nouveaux crimes.

Le 12 février 2005 à Anapu, dans le nord de l’Etat du Pará, Dorothy Stang rentre d’une réunion avec des paysans sans terre. La religieuse américaine de 74 ans, naturalisée brésilienne, n’arrivera jamais jusqu’à son domicile. Les pistoleiros [1] l’attendent en chemin et l’abattent de six balles.

"Elle est responsable de sa propre mort", a froidement déclaré le représentant des grands propriétaires terriens de l’Etat amazonien du nord du Brésil. "En vingt ans, elle n’a cessé de nous créer des problèmes. Elle s’est attirée la haine en incitant les paysans sans terre à envahir d’innombrables propriétés".

Dans les jours qui ont suivi l’assassinat de la religieuse, deux travailleurs ruraux ont été tués à Anapu et un syndicaliste à Parauapebas, dans la même région.

La stratégie de la violence

Ces nouveaux meurtres sont liés aux conflits de la terre, particulièrement nombreux et violents dans l’État du Pará et dont l’origine tient à la structure foncière du Brésil. 1% des propriétaires possèdent plus de 43% des terres cultivables, alors que 53% des paysans en possèdent moins de 3%. La plupart des grandes propriétés sont sous-exploitées tandis que les paysans pauvres n’ont pas de quoi survivre. Le partage des terres faisait pourtant partie du programme du Président Lula. Elu en 2002, l ’ancien syndicaliste a fait engager une réforme agraire vite jugée insuffisante. Les occupations de grandes propriétés se sont alors multipliées pour dénoncer l’enlisement de la réforme. La situation est donc tendue. Dans le nord du pays, un autre élément accroît la tension et contribue au regain de violence des grands propriétaires : le programme environnemental lancé par le président Lula en Amazonie afin de freiner la dégradation de la forêt. Ce programme heurte de plein fouet les intérêts de ceux qui avaient obtenu, de longue date, et dans des conditions douteuses, des concessions en forêt amazonienne par lots de 5 000 hectares .

Comme toujours dans cet Etat du Pará, les assassins sont connus et les commanditaires identifiés mais tous jouissent d’une impunité inquiétante :

-  José Sérafim Sales, condamné à 25 ans de prison pour l’assassinat de João Canuto, s’est enfui d’une maison d’arrêt en 2000 ;

-  Ubiratan Ubirajara, condamné à 50 ans de prison pour l’assassinat de Paul et Jean Canuto, s’était enfui de la même maison d’arrêt en 1995 ;

-  le riche propriétaire rural Jéronimo Alves de Amorim, commanditaire de l’assassinat du syndicaliste Expedito Ribeiro de Souza, condamné à 19 années de prison en 2000, a accompli deux ans de sa peine en résidence surveillée pour raison de santé, et bénéficie, de manière étrange, d’une remise de peine depuis le début de 2004.

-  Adilson Carvalho Laranjeira, ex-maire de Rio Maria, et le fermier Vantuir Gonzalves de Paula, condamnés en mai 2003 par le tribunal de Belém à 19 ans de prison comme commanditaires de l’assassinat de João Canuto, ont fait appel. Conformément à la loi brésilienne, ils demeurent en liberté tant que dure la procédure. En septembre 2004, le tribunal a pourtant rejeté à l’unanimité cet appel. Mais les deux condamnés ont fait plusieurs recours devant le Tribunal Supérieur de Justice et devant le Tribunal Fédéral. Et jusqu’à ce jour l’admissibilité de ces recours n’a toujours pas été jugée. Presque deux années après la sentence de condamnation, les deux condamnés circulent donc librement, honorés par les autorités de la ville de Rio Maria.

Mettre fin à l’impunité

L’impunité des assassins et des commanditaires dans toutes ces affaires constitue une protection pour les assassins de Soeur Dorothy et un encouragement pour ceux qui se préparent à réaliser d’autres assassinats de responsables syndicaux et de défenseurs des Droits de l’Homme.

L’émotion suscitée par la mort violente de Dorothy Stang a poussé le pouvoir fédéral brésilien à réagir rapidement, car les menaces proférées par les organisations de grands propriétaires sont prises très au sérieux par le Président Lula. Les deux assassins présumés de la missionnaire américaine ont été arrêtés. Le gouvernement fédéral brésilien a envoyé 2000 militaires dans l’Etat du Pará ainsi qu’une mission de protection des personnes menacées de mort.

La pression internationale doit s’exercer sur les autorités judiciaires pour exiger qu’elles fassent, enfin, leur travail.

Le Comité Rio Maria nous demande d’intervenir en particulier auprès de la “Procureur Fédérale des Droits du Citoyen”, parce qu’une fois les recours reçus à Brasília, elle sera la mieux placée pour accompagner ces recours dans les instances fédérales de la capitale.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le Comité Rio Maria

Le Comité Rio Maria effectue depuis de longues années un travail exemplaire. Les syndicalistes paysans, les avocats ruraux et l’Église catholique y travaillent la main dans la main. L’action du Comité est reconnue au niveau international.

Le 10 décembre 1998, Luzia Canuto, la fille de João Canuto qui en assure actuellement la présidence, a reçu à Paris le Prix des Droits de l’Homme de la République Française.

Réseau-Solidarité fait partie de ce vaste mouvement de soutien et a relayé 14 appels du Comité Rio Maria depuis 1991 dont les cinq derniers sont :

-  Entre justice et peur (06/1993)

-  Le Comité en ligne de mire (04/1998)

-  Affaire Canuto, procès bloqué (03/1999)

-  Juger et appliquer les peines (09/1999)

-  Policiers tortionnaires (09/2000)

-  Avocats menacés (03/2001)

-  Procés attendu à Belem (05/2003)

Des livres :

Terres violentes du Brésil - Chronique de Rio Maria, Par Ricardo Rezende (éditions Karthala)

Frère Henri Burin des Roziers , Par Bernadette Toreto (éditions du Seuil)

Un site :

www.riomaria.org

COMMENT AGIR ?

Par lettre : vous pouvez recopier le modèle ci-contre ou le télécharger en cliquant ici. Envoyez votre courrier au destinataire (adresse indiquée dans la lettre), sans oublier d’inscrire vos coordonnées et de signer.

Affranchissement : 0,90 € (ou enveloppe internationale 8,40 € les 10)

Délai de réaction : dès réception, mais pour donner plus d’ampleur à la campagne, vous pouvez la diffuser jusqu’à fin mai 2005.

TEXTE DE LA LETTRE :

Dra. Ela Wiecko Volkner de Castilho

Procuradora Federal dos Direitos do Cidadão

SAF Sul Qd 4 Conj C

70050-900 Brasilia DF

BRESIL

Senhora,

O assassinato da Irmã Dorothy, em Anapu, oeste do Pará, em 12.02.05, revela mais uma vez a trágica conseqüência da impunidade dos fazendeiros nos conflitos de terra. Por isso queremos lhe manifestar nossa grande preocupação com a morosidade do andamento dos recursos contra a sentença condenatória, impetrados pelos dois mandantes do assassinato do líder sindical de Rio Maria, João Canuto de Oliveira.

A impunidade dos mandantes do assassinato do sindicalista João Canuto, resultado da morosidade da Justiça do Estado do Pará, é uma segurança para os assassinos de Irmã Dorothy e para aqueles que se preparam a realizar outros assassinatos de lideranças sindicais e defensores dos Direitos Humanos.

Por isso é urgente de reverter esse clima de impunidade e que os recursos de Adilson Laranjeira e Vantuir de Paula sejam julgados o quanto antes.

Atenciosamente

Traduction :

Madame,

L’assassinat de soeur Dorothy, à Anapu, à l’ouest de l’État du Pará, le 12 février 2005, révèle une fois de plus la tragique conséquence de l’impunité des grands propriétaires ruraux dans les conflits de la terre. C’est pourquoi nous tenons à vous manifester notre grande préoccupation en ce qui concerne la lenteur de la marche des recours en justice, faits par les deux commanditaires de l’assassinat du syndicaliste João Canuto de Oliveira, contre la sentence les ayant condamnés.

L’impunité des commanditaires de l’assassinat du syndicaliste João Canuto, conséquence de la lenteur de la Justice de l’État du Pará, est une protection pour les assassins de soeur Dorothy et pour ceux qui se préparent à réaliser d’autres assassinats de responsables syndicaux et de défenseurs des Droits de l’Homme.

C’est pourquoi il est indispensable de mettre un terme de toute urgence à ce climat d’impunité et que les recours d’Adilson Laranjeira et de Vantuir de Paula soient jugés le plus rapidement possible.

Respectueusement

[1] tueurs à gage



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Appel 281 Brésil




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