Appel n°261 (5 juin 2003 - 10 septembre 2003)
“Si vous n’êtes pas contents, je m’en vais”. Telle est la menace que brandissent les sociétés multinationales face aux revendications des ouvriers des entreprises sous-traitantes du textile ou du jouet. Une menace qu’elles mettent parfois à exécution, en prétextant appliquer leurs codes de conduite. Disney est coutumier du fait. L’ami public numéro1 est connu pour déplacer ses sites de production au gré des revendications qui émergent chez ses sous-traitants. Dernier cas connu : au Bangladesh, Disney a rompu un contrat avec une usine après que les ouvrières ont établi un cahier de revendications. Disney refuse maintenant d’y revenir alors que toutes les mesures ont été prises pour garantir les droits des travailleurs."
Pendant huit ans, 60 à 70 % des vêtements assemblés à l’usine de Shah Makhum ont été destinés à alimenter les rayons de Disney. Pourtant, les ouvrières étaient loin de vivre un conte de fée : jusqu’à 102 heures de travail par semaine, sans un jour de repos, dans un silence imposé ; une pression des contre-maitres allant parfois jusqu’à des violences physiques ; des sanitaires insuffisants et mal entretenus ; des ateliers surchauffés et des syndicats, évidemment, interdits.
A douze reprises, Disney réalise des audits sociaux dans l’entreprise afin de vérifier la conformité de celle-ci au code de conduite de la multinationale.Les contrôleurs “maison” ne remarquent rien d’anormal.Au contraire, ils encouragent leurs fournisseurs à travailler avec ce site de production.
Pourtant, en octobre 2001, les jeunes travailleuses [1] de l’entreprise revendiquent publiquement le respect de leurs droits. Leur demande reste modeste :
- un jour de repos hebdomadaire ;
- la fin des différentes formes de répression et de harcèlement physique et moral ;
- le paiement normal des heures travaillées et la fin des heures supplémentaires excessives ;
- le respect de la loi concernant les congés maternité.
Aucune réponse n’est donnée à leurs revendications. Mais quelques mois plus tard, en février 2002, les commandes sont soudainement retirées à l’entreprise : contrat rompu du fait de Disney. Bizarrement, de nouveaux contrôles de qualité auraient mis en évidence des insuffisances de la part du fournisseur.
UNE PREMIERE DANS L’INDUSTRIE DU BANGLADESH
Sous la pression des organisations locales et d’une campagne internationale, notamment aux Etats-Unis, le propriétaire de l’usine réalise de tels changements que l’entreprise devient presque un modèle. La surface de travail est doublée. L’usine est nettoyée et repeinte, de nouvelles lumières sont installées, les toilettes sont réparées ... En outre, les travailleuses obtiennent leur journée hebdomadaire de repos ainsi que des jours fériés officiels et religieux. Les traitements abusifs sont supprimés et les ouvrières respectées. Un petit service de santé a même été ouvert. Les personnels sont désormais payés à temps.
Pour garantir leur conformité aux normes internationales du travail, les propriétaires de Shah Makhdum ont, fait sans précédent, accepté d’ouvrir leur entreprise à un contrôle indépendant par une ONG reconnue par tous : le Bangladesh Center for Workers Solidarity. Il y a là une opportunité à saisir par Disney pour faire progresser les droits humains dans les 3800 entreprises de sous-traitance textile que compte le pays et qui font travailler 1,8 millions de personnes.
Bien sûr, l’entreprise Shah Makhdum n’est pas la propriété de Disney, ni même son sous-traitant direct. Pratique courante dans ce secteur industriel, c’est une société sous licence, Jerry Leigh, qui avait passé contrat avec l’usine de Shah Makhdum et l’a donc rompu. Mais Disney ne peut pas se dédouaner si facilement.Avec tous ses sous-traitants directs et indirects, ce géant industriel et financier régit l’activité de dizaines de milliers de sites de fabrication et garde la mainmise sur son empire. Il n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai ayant déjà fermé d’autres sites de production pour les mêmes raisons et suivant des scénarios identiques.
LES SITES DE PRODUCTION DEMENAGENT
Ainsi, à la fin des années 90, Disney quitte les zones franches de Haïti pour s’installer en Asie, et tout particulièrement en Chine [2]. En 2000, dénoncée par les associations de Hong Kong, toujours pour les mêmes raisons, la multinationale rompt ses contrats avec City Toys, son sous-traitant [3]. Pour justifier son attitude, elle invoque son code de conduite. En réalité, elle utilise ce code pour faire pression sur les ouvriers qui défendent leurs droits en les menaçant de fermer leur entreprise et de les priver de travail.Une menace d’autant plus sérieuse qu’elle a été mise à exécution à plusieurs reprises.
Mais la situation de Shah Makhdum au Bangladesh est nouvelle, car cette fois, le propriétaire a fait les efforts nécessaires, accepté un contrôle indépendant et donne donc toutes les garanties de respect du fameux code de conduite. Il ne pourra pérenniser cet effort que si son ancien donneur d’ordre accepte de passer avec lui de nouveaux contrats.
Si Disney n’accepte pas de travailler avec son sous-traitant du Bangladesh, c’est parce qu’elle ne veut pas d’un précédent l’impliquant dans un contrôle indépendant. La multinationale est maintenant devant un choix très simple. Elle peut passer un nouveau contrat avec Shah Makhdum et permettre à tous de gagner. Si elle ne le fait pas, au-delà des 352 travailleuses qui vont perdre leur emploi, c’est une chance historique qui est gâchée. Cette fois, les responsabilités de chacun sont bien posées.
Alors Disney : Blanche neige ou maudite marâtre ?
QUELQUES CHIFFRES EDIFIANTS
La revendication salariale des ouvrières de Shah Makhum est de 0,34 € de l’heure.Même à ce prix, en prenant l’exemple d’une chemise :
- le salaire d’une ouvrière du Bangladesh représente 0,7% du coût de la chemise payée à Disney par le consommateur ;
- pour vendre cette chemise, Disney dépense 25 fois plus en publicité qu’en salaire pour l’ouvrière ;
- la même ouvrière devrait travailler 210 ans pour gagner ce que Michael Eisner, Président de Disney, gagne en une heure ;
- le budget de Disney est quatre fois et demi plus important que celui du Bangladesh.
MOBILISATION AUX U.S.A
Plusieurs organisations américaines sont fortement mobilisées,notamment le National Labor Committee. C’est ce mouvement qui, il y quelques années, a réussi à contraindre Disney à adopter un code de conduite et qui se bat aujourd’hui pour son application effective. nlcnet.org
CAMPAGNE : MODE D’EMPLOI
Vous avez le choix ! Vous pouvez :
- utiliser le courrier pré-imprimé adressé au Président de Disney Europe
- rédiger votre propre courrier
- ou bien utiliser la lettre à Oncle Picsou imprimée sur le carton (vous pouvez aussi la donner à signer à un proche ...)
Par lettre : vous pouvez découper le modèle joint, le recopier ou utiliser le carton lettre à Piscou.
Ce texte vous est proposé à titre indicatif, vous pouvez l’adapter à votre propre style.
Dans tous les cas, n’oubliez pas d’inscrire vos coordonnées et de signer.
Affranchissement : 0,50 €
Délai de réaction : dès réception, mais pour donner plus d’ampleur à la campagne, vous pouvez la diffuser jusqu’à septembre 2003.
TEXTE DE LA LETTRE
M. Philippe COEN
Président
Walt Disney Company Europe
50 Avenue Montaigne
75008 PARIS 08
FRANCE
à................, le...............
Monsieur le Président,
J’ai appris par Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES-FRANCE) la situation des ouvriers de l’usine Shah Makhdum à Dhaka.
Cette entreprise a travaillé pour Disney pendant huit ans. Quand les salariés de l’usine ont fait connaître leurs revendications, votre multinationale, prétextant l’application de son code de conduite, a rompu ses contrats sans chercher à répondre aux demandes exprimées.
L’usine a maintenant pris les dispositions nécessaires à l’amélioration des conditions de travail. Je vous invite d’ailleurs à constater vous-même les progrès accomplis sur place, en lien avec les organisations non-gouvernementales locales et internationales.
Je vous demande donc instamment d’intervenir auprès de M. Michael EISNER, votre Président, afin qu’il rétablisse les relations commerciales avec l’usine Shah Makhdum.
Je vous prie de croire en l’expression de mes sentiments distingués


261 - BANGLADESH - DISNEY JOUE LES PICSOU