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Accueil » Appels Urgents » Historique des Appels » 286 - BRESIL - ASSASSINS EN CAVALE

286 - BRESIL - ASSASSINS EN CAVALE


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Appel n°286 (du 14 septembre au 30 novembre 2005)

Le Brésil est une nation proche de la taille d’un continent et donc une terre de contraste. Nouvelle puissance internationale dans une Amérique latine en pleine mutation, le pays du charismatique Président Lula est aussi celui des paysans sans-terre, lassés d’attendre une réforme agraire toujours promise et toujours reportée. La corruption vient, une nouvelle fois de toucher le plus haut sommet de l’Etat fédéral, affaiblissant un pouvoir politique constamment contraint de composer avec son opposition politique et les milieux d’affaires. C’est dans ce contexte très complexe que les défenseurs des droits de l’Homme se battent pour que les commanditaires des assassinats de responsables paysans soient poursuivis, jugés, condamnés et emprisonnés. La cavale récente des fazendeiros [1] qui ont ordonné la mort de João Canuto en 1985, et qui avaient été condamnés pour ce crime en 2003, nous rappelle cette réalité.

João Canuto était président du Syndicat des Travailleurs ruraux de la commune de Rio Maria et s’était présenté aux élections municipales en 1982. Sa combativité inquiétait les grands propriétaires et João Canuto avait reçu plusieurs fois des menaces de mort. Il avait demandé la protection de la police. En vain... Le 18 décembre 1985, à midi, il est assassiné en pleine rue de 18 balles de revolver.

Le 22 avril 1990, trois fils de João sont enlevés par des hommes qui se prétendent policiers. José (28 ans) et Paulo (20 ans) sont retrouvés assassinés. Orlando (23 ans), bien que grièvement blessé, réussit à s’échapper.

Le 2 février 1991, Expedito Ribeiro de Souza, qui a pris la présidence du syndicat après l’assassinat de João Canuto, est également assassiné par un tueur à gages.

Le 4 mars 1991, un mois après la mort d’Expedito, son successeur Carlos Cabral échappe de justesse à un attentat.

Guérilla judiciaire

A Rio Maria [2] et dans l’Etat du Pará, une bataille juridique s’engage, notamment animée par la Commission Pastorale de la Terre et l’avocat dominicain français Henri Burin des Roziers. Car les responsables de tous ces assassinats sont identifiés. En 1994, les hommes de main qui ont commis les crimes et les agressions passent tour à tour devant les tribunaux. Certains sont condamnés à de lourdes peines. Mais les commanditaires narguent tous ceux qui réclament que justice soit faite. Pourtant, un premier d’entre eux, le propriétaire rural, Jerônimo Alves de Amorim, est jugé et condamné, le 6 juin 2000, à dix neuf ans et demi de prison comme responsable de l’assassinat du syndicaliste Expedito Ribeiro de Souza. Malgré cette condamnation, il accomplit sa peine en traitement domiciliaire, pour raison de santé, dans sa luxueuse résidence, avec tous les privilèges possibles.

Concernant l’assassinat de João Canuto l’enquête de la Police a duré huit ans, jusqu’en 1993. Puis le Ministère Public a mis trois ans pour demander que les commanditaires soient poursuivis en justice. Enfin le juge n’a pu commencer à instruire le procès qu’en 1997, lorsque la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme de l’Organisation des États Américains a menacé de condamner le gouvernement brésilien pour l’excessive lenteur de l’enquête et de la marche du procès. Une condamnation qui, d’ailleurs, a eu lieu en 1999.

Le jugement des deux commanditaires [3], grands propriétaires ruraux, s’est enfin déroulé à Belém, capitale du Pará les 22 et 23 mai 2003. Les deux hommes ont été condamnés à plus de 19 ans de prison. Après avoir perdu leur procès en appel en 2004, ils ont intenté un nouveau recours devant le tribunal de Brasilia qui a lui même échoué.

Grâce à la pression de la société civile, nationale et internationale, et à l’acharnement du Comité Rio Maria dont Luzia Canuto, fille de João Canuto, est la présidente, des mandats d’arrêts sont finalement lancés le 12 juillet 2005 contre les deux commanditaires. Mais quelques heures avant que la Police Militaire ne se présente à leurs domiciles, les deux coupables disparaissent.

Le Comité Rio Maria considère que seule une équipe de policiers spécialisés peut rechercher efficacement les deux fugitifs, comme cela avait été le cas pour Jerônimo Alves de Amorim, arrêté par la police fédérale, au Mexique, quatre ans après son procès.

Il est donc indispensable que le Gouverneur du Pará désigne de toute urgence une équipe de policiers spécialisés et que le Ministre de la Justice du Brésil ordonne à la police fédérale de collaborer à la recherche et à l’arrestation des fugitifs.

Violence et résistance

De 1980 à aujourd’hui, dans le sud du Pará, près de 400 travailleurs ruraux ont été assassinés par ordre des propriétaires terriens. C’est dans ce même Etat que, le 17 avril 1996, 19 paysans sans-terre ont trouvé la mort et 64 ont été blessés au cours d’une manifestation à Carajas [4]. Et c’est encore dans ce même Etat que Dorothy Stang, une religieuse d’origine américaine, qui travaillait avec les paysans sans terre, a été abattue le 12 février 2005 [5].

C’est la détermination des organisations brésiliennes et l’appui qu’elles ont su mobiliser au niveau international qui ont permis que, dans un nombre significatif de cas, la justice avance et que les criminels soient punis. Le Réseau-Solidarité, qui suit l’affaire de l’assassinat de João Canuto depuis de très nombreuses années, est donc à nouveau appelé à se mobiliser.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le Comité Rio Maria

La démarche du Comité Rio Maria est exemplaire. Syndicalistes paysans, avocats ruraux et Église catholique y travaillent main dans la main. Son action est reconnue au niveau international. En 1998, Luzia Canuto, la fille de João Canuto, qui en assure actuellement la présidence, a reçu le Prix des Droits de l’Homme de la République Française.
Réseau-Solidarité fait partie du vaste mouvement de soutien et relaye régulièrement les appels de Rio Maria ; 15 appels depuis 1991 dont les six derniers :
- Affaire Canuto, procès bloqué (03/1999)
- Juger et appliquer les peines (09/1999)
- Policiers tortionnaires (09/2000)
- Avocats menacés (03/2001)
- Procès attendu à Belem (05/2003)
- L’impunité continue (03/2005)

Livres

Terres violentes du Brésil - Chronique de Rio Maria, Ricardo Rezende Karthala, 1994, 160 p.

Frère Henri Burin des Roziers, avocat des sans-terre, Bernadette Toledo, Cerf, 2002, 82 p.

Site Internet : www.riomaria.org

COMMENT AGIR ?

Par lettre : vous pouvez copier le modèle ci-dessous ou télécharger directement la lettre à envoyer (en cliquant sur la pièce jointe située en bas de cette page). Envoyez votre courrier au destinataire (adresse indiquée dans la lettre) sans oublier d’inscrire vos coordonnées et de signer (Affranchissement : 0,90 €).

Par courrier électronique : gabinetemj@mj.gov.br

Délai de réaction : dès réception, mais pour donner plus d’ampleur à la campagne vous pouvez la diffuser jusqu’à fin novembre 2005.

TEXTE DE LA LETTRE :

Dr. Márcio Tomaz Bastos
Ministro da Justiça
Esplanada dos Ministérios
Bloco T - Ed. Sede - 4° Andar
70.064-900 Brasilia DF
BRESIL

Senhor,

Manifestamos nossa preocupação a respeito da fuga dos dois fazendeiros condenados como mandantes do assassinato do sindicalista de Rio Maria, João Canuto de Oliveira. Esses dois fazendeiros, Adilson Laranjeira Carvalho e Vantuir Gonçalves de Paula, fugiram, em 12.07.05, algumas horas antes que a Policia Militar chegasse às suas residências e fazendas no município de Rio Maria, com os mandados de prisão. Até a presente data, não foram encontrados.

Lembramos ao Senhor que caso semelhante ocorreu com o mandado de prisão do fazendeiro Jerônimo Alves de Amorim, condenado como mandante do assassinato do sindicalista também de Rio Maria, Expedito Ribeiro de Souza, que só foi cumprido, quatro anos depois, em 1999, com a intervenção da Policia Federal, quando Jerônimo foi preso no México, com falsos documentos.

No caso da Irmã Dorothy Stang, em algumas semanas as Policias do Estado do Pará, junto com a Policia Federal capturaram os assassinos e mandantes. Por isso solicitamos do Senhor a mesma diligencia pela captura de Adilson Laranjeira Carvalho e Vantuir Gonçalves de Paula, mandantes do assassinato do sindicalista de Rio Maria, há vinte anos atrás.

Atenciosamente

Traduction :

Monsieur le Ministre,

Nous tenons à vous faire part de notre préoccupation au sujet de la fuite des deux grands propriétaires condamnés comme commanditaires de l’assassinat du syndicaliste de Rio Maria, João Canuto de Oliveira. Ces deux grands propriétaires, Adilson Laranjeira Carvalho et Vantuir Gonçalves de Paula, se sont enfuis le 12 juillet 2005, quelques heures avant que la Police Militaire n’arrive à leur domicile et à leurs fermes pour les arrêter.

Nous vous rappelons que la même chose est arrivée avec le grand propriétaire Jéronimo Alves de Amorim, condamné comme commanditaire de l’assassinat du syndicaliste Expedito Ribeiro de Souza, également de Rio Maria, dont le mandat d’arrêt n’a été exécuté qu’au bout de quatre ans, en 1999, avec l’intervention de la Police Fédérale, quand Jéronimo a été arrêté au Mexique, en possession de faux papiers.

Dans l’affaire de l’assassinat de la soeur Dorothy Stang, en quelques semaines les Polices de l’État du Pará, en collaboration avec la Police Fédérale, ont retrouvé et arrêté les assassins et commanditaires.

C’est pourquoi nous vous demandons de prendre les mêmes mesures pour l’arrestation d’Adilson Laranjeira Carvalho et de Vantuir Gonçalves de Paula, commanditaires, il y a vingt ans de l’assassinat du syndicaliste de Rio Maria.

Respectueusement.

[1] Désigne les propriétaires de “Fazenda”, c’est à dire de grandes propriétés terriennes

[2] Dans le sud de l’État du Pará, les conflits ont toujours été plus fréquents et plus aigus qu’ailleurs. Sans doute parce que le syndicalisme paysan y est plus vigoureux et plus actif.

[3] Adilson Carvalho Laranjeira, ex-maire de Rio Maria, et Vantuir Gonçalvez de Paula

[4] Brésil : militaires toujours impunis / appel 237 du 4 juillet 2001

[5] Brésil : Pará, l’impunité continue / appel 281 du 15 mars 2005



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Appel 286 Brésil




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