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276 - INDE - LES PETITES MAINS DU COTONAPPEL n°276 (2 novembre - 31 décembre 2004) En Inde, des dizaines de milliers d’enfants travaillent à la production de coton-graine. Survivance de pratiques anciennes en voie de disparition ? Pas si simple, quand on considère qu’ils sont exploités pour le compte d’entreprises à la pointe de la "modernité", dont certaines multinationales de renom. Modernité technologique peut-être, mais en aucun cas sociale, comme le rapporte une organisation non gouvernementale indienne, la M.V. Foundation. Les enfants triment jour après jour dans des conditions épouvantables : exposition de longues heures en plein soleil, respiration de pesticides hautement toxiques, abus sur les plans psychologique et physique. Comme souvent, les firmes concernées effectuent un contrôle pointilleux sur la production, sa qualité, sa quantité, sa localisation, mais en restent au niveau du discours quant il s’agit d’assumer leur responsabilité sociale. C’est ce fonctionnement tronqué que mettent en cause les organisations indiennes et leurs partenaires internationaux. Ils demandent aux acteurs du secteur, parmi lesquels le groupe international Monsanto (Etats-Unis), de passer du discours aux actes. Au début de l’été 2004, Paramesh, Bhoolakshmi et Mallesh, trois enfants âgés respectivement de huit, douze et treize ans sont morts parce qu’ils ont été exposés à des pesticides hautement toxiques dans les plantations de coton-graine. Il ne s’agit malheureusement pas du premier "accident" de ce genre. Et c’est plus généralement l’exploitation de ces enfants qui doit être éradiquée selon la M.V. Foundation, qui a fait de la lutte contre ce fléau une priorité. Dans un rapport publié en 2003, l’organisation indienne révèle que dans l’Etat de l’Andhra Pradesh, 53 000 enfants travaillent pour des multinationales, et près de 200 000 pour des entreprises indiennes. Des enquêtes ont également été menées au Gujarat et dans le Karnataka, où des dizaines de milliers d’enfants sont concernés. Ces jeunes travaillent entre neuf et dix heures par jour en période normale et jusqu’à treize heures en pleine saison, pour un salaire moins élevé que les adultes. Très souvent, les employeurs "fidélisent" cette main-d’œuvre en proposant des avances aux parents sous forme de prêts qui leur ôtent toute liberté : une forme de travail lié assimilable à de l’esclavage. La M.V. Foundation milite donc sans relâche auprès des exploitants et des employeurs afin de libérer les enfants et soutenir leur scolarisation. Mais ceux-ci ne sont qu’un maillon de la chaîne, très dépendants des conditions d’approvisionnement imposées par leurs clients. DES MULTINATIONALES IMPLIQUEES Les multinationales prennent une place de plus en plus importante dans ce secteur qui a été libéralisé au cours des années 1990. En 2001, plus de 20% des surfaces cultivées dans l’Andhra Pradesh l’étaient pour le compte de cinq entreprises : Syngenta, Hindustan Lever, Advanta, Proagro et Mahyco-Monsanto. L’introduction du coton génétiquement modifié sur le marché indien risque de renforcer encore leur influence de manière considérable. Or les belles déclarations affichées dans les codes de conduite de ces multinationales semblent avant tout destinées à rassurer les consommateurs. Bien qu’elles n’emploient pas directement des enfants, elles ont pourtant une influence prépondérante sur tout le processus de production... mais ne se soucient guère d’en user en matière sociale. Sauf quand elles y sont contraintes. En effet, grâce aux pressions nationales et internationales, plusieurs firmes acceptent enfin de prendre ce problème en considération. En septembre 2003, représentées par "l’Association de l’Industrie du Coton-graine", elles annoncent qu’elles ne toléreront plus le travail des enfants. Au mois de février 2004, des prospectus sont même largement diffusés pour réaffirmer cet engagement. Lors d’une table ronde publique, elles se déclarent concernées par la question. Parallèlement, une collaboration s’engage avec la M.V. Foundation et un "Groupe pour l’éradication du travail des enfants" est créé. NE PAS ATTENDRE D’AUTRES DRAMES Mais au mois de juin 2004, l’association indienne constate que les compagnies en sont restées, une fois encore, au stade des promesses. Contrairement à ce qui était convenu, elles refusent de transmettre la liste de leurs fournisseurs. Il était également prévu d’inclure, dans les contrats d’approvisionnement, une clause sur le travail des enfants, et de communiquer une copie desdits contrats à la M.V.Foundation : cette disposition reste sans suite. Le "groupe de travail" ne se réunit pas et, de manière générale, les firmes reportent sans cesse tous les efforts qui auraient permis une amélioration de la situation. Il faudra attendre le scandale lié au décès des trois enfants pour que le dialogue reprenne sérieusement : une réunion est organisée le 9 juillet 2004 entre les parties prenantes, où de nouvelles résolutions sont prises. La M.V.Foundation obtient finalement des informations sur les sites de production. A ce jour cependant, seules deux entreprises - Advanta et Syngenta - ont communiqué des copies de leurs contrats d’approvisionnement, dont l’examen montre qu’ils font peu de cas de la question du travail des enfants. Pour que les prochaines avancées ne soit pas conditionnées à de nouveaux drames, il faut que la pression soit maintenue sur les entreprises du secteur. POUR EN SAVOIR PLUS : La firme Monsanto : En 2003, Monsanto a réalisé un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars, qui la positionne comme le troisième intervenant du marché mondial de l’agrofourniture. Elle est présente dans 52 pays. MONSANTO réalise en France une part significative de son activité : avec un chiffre d’affaires de 167 millions d’Euros en 2003, la France représente son premier marché en dehors du continent américain. Mais la firme se distingue aussi par les atteintes à l’environnement pour lesquelles elle a été régulièrement mise en cause. Appel en lien avec : India Committee of the Netherlands M.V.Foundation COMMENT AGIR ? Par lettre : vous pouvez recopier le modèle ci-dessous ou le télécharger en cliquant ici. Envoyez votre lettre à Monsanto (adresse indiquée dans la lettre). Affranchissement : 0,50 € Délai de réaction : dès réception, mais pour donner plus d’ampleur à la campagne, vous pouvez la diffuser jusqu’à fin décembre 2004. TEXTE DE LA LETTRE : Date : Monsanto Agriculture France SAS
Madame, Monsieur, J’ai été informé par le Réseau-Solidarité (10 quai de Richemont - 35000 Rennes) qu’en Inde, des dizaines de milliers d’enfants produisent du coton dans des conditions de travail épouvantables. Trois enfants sont même décédés au début de l’été après avoir respiré des produits toxiques. Or le groupe Monsanto est l’une des firmes impliquées en Inde dans ce secteur d’activités. Il me semble donc impératif que Monsanto fasse du respect des droits fondamentaux une priorité, en particulier dans l’Etat du Madhya Pradesh où votre entreprise devrait :
Dans l’attente de votre réponse, et restant attentif aux initiatives que votre entreprise prendra concrètement, je vous prie d’agréer l’expression de mes salutations distinguées. --- |
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