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Accueil » Réseau-Solidarité » Historique des Appels » 271 - HAITI - MENSONGES EN ZONE FRANCHE

271 - HAITI - MENSONGES EN ZONE FRANCHE


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APPEL n°271 (du 25 mars au 30 mai 2004)

Le bicentenaire de l’indépendance d’Haïti a été marqué par de très fortes tensions qui ont enfin abouti au départ du Président Aristide. Mais la situation est loin d’être stable tant les conditions dans lesquelles s’est déroulé le départ précipité de l’ancien Président et l’ambiguïté de certaines composantes de son opposition restent inquiétantes. Il faut tout reconstruire dans ce pays dévasté par la politique du Parti Lavalas et de son maître. Dans un Etat sans moyen, sans administration et sans pouvoir, la société civile tente de faire appliquer quelques règles de base de la démocratie. Car pendant les troubles, les affaires continuent pour ceux qui ont choisi d’exploiter les faiblesses d’un pays afin de mieux s’enrichir. La tâche est immense pour des organisations comme Batay Ouvriyé qui se battent pour faire reconnaître le droit syndical et la dignité des ouvriers et des paysans.

Joseph Egains a 27 ans. Il était enseignant dans la petite ville de Ouanaminthe, dans le nord-est d’Haïti, juste à la frontière de la République Dominicaine. Mais depuis le mois d’août 2003, Joseph assemble des Levi’s 505 et 555 dans l’usine Codevi que Grupo M, la plus importante société textile dominicaine, a ouvert dans cette toute nouvelle zone franche.

Les tissus arrivent de la capitale de la République Dominicaine pour être assemblés à Ouanaminthe. Ils reviennent ensuite à leur point de départ pour les opérations de finition avant de partir aux Etats-Unis. Les 300 ouvriers de l’usine haïtienne produisent 8.000 pièces chaque semaine pour un salaire hebdomadaire de 16 euros. Cela représente deux fois le salaire minimum haïtien, mais à peine 40 % du salaire dominicain. Dans quelques mois, suivant les plans de Grupo M, le site de production doit tripler sa surface et le nombre de ses salariés.

Une vision du développement très contestable

L’installation de la zone franche était souhaitée de longue date par l’ancien Président Aristide et son homologue dominicain. Dès son annonce officielle, en avril 2002, le projet a été vivement contesté par les paysans de la plaine fertile de Mariboux, le site retenu pour son installation. Mobilisés pour résister à l’expropriation des terres, ils ont reçu le soutien de l’ensemble des associations de défense de l’environnement et de très nombreuses organisations de la société civile des deux pays concernés. Batay Ouvriyé (voir page 2) a, dès le départ, participé à cette mobilisation. Pourquoi vouloir, à tout prix, installer un site industriel dans une zone fertile alors que le pays connaît de graves problèmes de sécurité alimentaire ? Pourquoi chasser de leurs terres des paysans qui n’auront d’autre choix que l’exode rural ? Pourquoi aggraver encore la déforestation de l’île et mettre en péril l’équilibre écologique de la région ? La réponse à ces questions réside dans la situation géographique de Ouanaminthe, à deux heures de la capitale de la République Dominicaine et une heure et demi de la deuxième ville d’Haïti. Joseph Villardouin, le responsable paysan qui avait pris la tête de la contestation, aura eu tout le loisir d’en faire le triste constat durant son séjour en prison, sans jugement, du mois de mai au mois de septembre 2003.

Les bulldozers ont donc fait place nette en mars 2003, arrachant le maïs et les pois qui auraient dû être récoltés quelques temps après.

Des conditions d’installation non respectées

Dès le départ, Grupo M apparaît comme le principal bénéficiaire de l’opération. Le plus grand employeur de main-d’œuvre en République Dominicaine est connu pour la rudesse de sa politique sociale. Plusieurs enquêtes menées dans ses usines font état de graves atteintes à la législation du travail et de violences à l’encontre des salariés. Les syndicats et les organisations populaires se mobilisent donc pour obtenir des garanties de la part de l’entreprise. C’est la Confédération Internationale des Syndicats Libres qui mène la campagne, relayée en Europe par le Haïti Support Group.

C’est ainsi que, le 9 octobre 2003, la Banque Mondiale, qui finance, par un prêt de 20 millions de dollars, l’installation de Grupo M à Ouanaminthe, annonce qu’elle soumet sa participation au respect des normes fondamentales du travail, à commencer par le droit, pour les ouvriers de s’organiser en syndicats indépendants. Un protocole d’accord précis est signé entre le bailleur de fonds et l’entreprise textile bénéficiaire de l’aide.

Le 13 octobre 2003, Batay Ouvriyé écrit à M. Capellan, Président de Grupo M. L’organisation syndicale annonce la création d’une section syndicale dans l’usine de Ouanaminthe et demande un rendez-vous pour discuter des termes d’une convention d’entreprise. Aucune suite n’est donnée à ce courrier.

Le 16 février 2004, alors que la crise politique en Haïti connaît un tournant qui aboutira au départ du Président Aristide, Batay Ouvriyé entame les démarches officielles auprès du Ministère du Travail pour sa reconnaissance au sein de l’usine de Ouanaminthe. La nouvelle section syndicale adresse également une lettre au directeur de site, M. Limbert Cruz. Celui-ci donne une réponse favorable au principe d’une telle rencontre.

L’armée "rebelle" intervient

Mais, le 25 février, changement de ton. Ariel Jérome, le responsable du syndicat est convoqué par sa hiérarchie, il est battu par le service de sécurité de l’usine à coups de crosse de revolver et obligé de remettre son badge d’entrée.

Le lendemain, le syndicat déclenche une grève de protestation pour exiger la réintégration de son responsable. Limbert Cruz annule le licenciement du salarié, s’engage à effectuer des examens de santé et promet une enquête sur les agissements des deux principaux cadres à l’origine de l’agression.

Le 1er mars, nouveau retournement de situation, l’encadrement de l’usine passe dans les ateliers pour annoncer des licenciements suite à la rupture des contrats de la part du donneur d’ordre Levi’s.

Le 2 mars, les membres de Batay Ouvriyé manifestent à nouveau contre les 37 licenciements concernant, comme par hasard, les adhérents du syndicat. Cette fois, ce sont les miliciens de "l’armée rebelle" du nord qui interviennent directement pour réprimer le rassemblement, à la demande de la société. Interrogée par les organisations américaines alertées par Batay Ouvriyé, la marque Levi’s nie toute rupture de contrat de sa part. Elle met en avant son code de conduite et nie toute implication dans le conflit.

Le 5, puis le 8 mars 2004 une tentative de conciliation a lieu dans la capitale de la République Dominicaine, au siège de la société Grupo M. La direction de l’entreprise tente, en vain, de persuader les représentants de la Banque Mondiale que les violences ont été provoquées par le syndicat. Le 8 mars, il s’absente pendant un long moment de la table de négociation pour bien montrer son mépris vis-à-vis d’un tel débat. Les représentants de Batay Ouvriyé et le juriste qui les accompagne soulignent à quel point l’expression de ce mépris doit être encore plus marqué à l’encontre des ouvriers, dans les usines, en l’absence de tout témoin. Ils appellent l’ensemble des mouvements de solidarité qui les soutiennent à intervenir pour que les engagements de la société envers ses bailleurs de fonds soient respectés et que de vraies négociations puissent enfin s’ouvrir.

POUR EN SAVOIR PLUS

Code de conduite de Levi’s

La grande marque textile met en avant son code de conduite pour convaincre ses détracteurs de sa bonne foi dans les affaires dont ses sous-traitants sont accusés, comme cela a été le cas récemment au Mexique (appel n°268) ou actuellement en Haïti.

La qualité des produits Levi’s reste égale quelle que soit l’origine de leur fabrication. La multinationale a les moyens de convaincre ses fournisseurs d’accorder autant d’importance à la qualité sociale qu’à la qualité de finition dans ses sites de fabrication. Encore faudrait-il qu’elle dise comment elle compte appliquer les clauses de son fameux code de conduite.

Batay Ouvriyé

est une organisation haïtienne qui appuie la création de syndicats dans les zones franches (appel n°178 et 194), les industries locales (appel n°262) et les plantations (appel n°210, 228 et 242). Elle appuie également des petits paysans en milieu rural. Les relations entre le réseau-solidarité de Peuples Solidaires et Batay Ouvriyé sont régulières et ont été l’occasion de nombreux échanges et visites réciproques de la part des responsables des deux mouvements. www.batayouvriye.org

Appel réalisé en lien avec :

Haïti Support Group : www.haitisupport.gn.apc.org

COMMENT AGIR ?

Par lettre : vous pouvez recopier le modèle ci-dessous ou le télécharger en cliquant ici.

Affranchissement : 0,90 €

Délai de réaction : dès réception, mais pour donner plus d’ampleur à la campagne, vous pouvez la diffuser jusqu’au 31 mai 2004.

Texte de la lettre :

Señor Fernando CAPELLÁN

Presidente Grupo M, S.A.

Parque Industrial Caribeño

Santiago

REPÚBLICA DOMINICANA

Le : / /2004

Señor presidente,

Me informó Réseau Solidarité (10 quai Richemont 35000 Rennes - FRANCE) de la represión llevada a cabo en contra de los obreros de su nueva fábrica de Ouanaminthe (Haiti).

Le ruego tajantemente cumpla con los compromisos que usted ha contraido acerca del Banco mundial (Corporación internacional de finanzas del Banco mundial) para financiar esta inversión.

De inmediato, le exijo :

-  que ponga fin a las brutalidades y demás atropellos en contra de los sindicalistas en su empresa.

-  que queden disueltos los servicios de seguridad armada dentro de la fábrica.

-  que se le brinde asistencia médica al sindicalista Jérôme Arriel

-  que se emprendan verdaderas negociaciones con el sindicato Batay Ouvriye.

Atentamente

Traduction

Monsieur le Président,

J’ai appris par Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES) la répression exercée à l’encontre des ouvriers de votre nouvelle usine haïtienne à Ouanaminthe.

Je vous demande instamment de respecter les engagements que vous avez pris auprès de la banque mondiale (Société Financière Internationale) pour financer cet investissement.

Dans l’immédiat, j’exige :

-  la fin des brutalités et des pratiques anti-syndicales dans votre entreprise

-  la dissolution des services de sécurité armés à l’intérieur de votre établissement

-  le suivi médical du syndicaliste Jérome Arriel

-  l’ouverture de véritables négociations avec le syndicat Batay Ouvriyé

Je vous prie (...)



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