APPEL n°254 novembre 2002
La société ALCOA est le plus grand producteur mondial d’aluminium. La multinationale emploie 129.000 personnes dans 38 pays. L’ancien Président du Mexique, Ernesto Zedillo a été récemment admis au sein de son Conseil d’Administration, tandis que Paul O’Neill, son PDG de 1987 à 2000, a quitté la société pour devenir Secrétaire au Trésor de George W. Bush. L’une des filiales d’ALCOA, la société Alcoa Fujikara Ltd (AFL) est l’un des cinq plus grands équipementiers pour automobile dans le monde. Au Mexique elle produit notamment pour Ford, Volkswagen, Subaru ou Harley-Davidson. Les usines d’Alcoa, installées dans les maquilas de Piedras Negras et Ciudad Acuña, emploient plus de 17.000 ouvriers. Dans deux usines du groupe, les ouvriers tentent de créer un nouveau syndicat et font face à une sévère répression. Plusieurs licenciements ont eu lieu. L’enjeu est important pour toute cette région du Mexique où les multinationales s’installent pour bénéficier des faibles coûts de main d’œuvre. Il s’agit de parvenir à implanter durablement des syndicats libres et démocratiques.
Au Mexique, d’immenses zones industrielles bordent la frontière des Etats-Unis. Ce sont les maquilas. Apparues dans les années 60 et installées dans les zones franches, ce sont des usines de sous-traitance étrangères qui constituent la première source de recettes fiscales pour l’Etat. C’est dans une de ces maquilas que, le 22 février 2002, les ouvriers d’Alcoa élisent un nouveau Bureau pour leur syndicat. Ils estiment avoir été mal défendus dans les négociations salariales qui se sont déroulées le mois précédent. Le syndicat "maison" a accepté une baisse significative des avantages sociaux et des primes d’ancienneté, remplacées par des bonifications de productivité. Etrange syndicat d’ailleurs, dirigé par un surveillant de l’usine et dont les ressources proviennent de "cotisations" prélevées directement par l’employeur sur les salaires des ouvriers.
La décision des ouvriers de changer les responsables passe donc très mal. D’après plusieurs témoins, l’ancien représentant syndical agresse violemment deux ouvrières à la sortie de la réunion au cours de laquelle il a été déchu. Deux jours plus tard, plusieurs de ses partisans, bousculent violemment des syndicalistes à l’intérieur des locaux de l’usine. Par la suite, ils annoncent, avec l’accord de la direction, que six sympathisants du nouveau Bureau élu sont exclus de leur syndicat, et donc ... de l’usine.
Malgré toutes ces pressions, le 4 mars 2002, un second vote confirme le choix qui a été fait par les ouvriers lors de leur précédente réunion.
Pour un syndicat libre et indépendant
Le 30 avril 2002, les ouvriers se concertent à nouveau et tout en gardant la majorité au sein du "vieux" syndicat, ils décident d’en créer un nouveau, indépendant celui-là, qu’ils appellent "Pour l’Unité". 500 signatures sont rassemblées et les démarches sont entamées pour obtenir sa reconnaissance légale auprès du Ministère du Travail. Après un premier rejet à la fin du mois d’août, cette demande est actuellement étudiée en procédure d’appel. La situation administrative est à la fois complexe et difficile. Complexe, car une multitude de formalités sont imposées aux créateurs d’une nouvelle organisation. Difficile, parce que la commission chargée d’examiner les dossier est composée paritairement de représentants du gouvernement, des organisations patronales et de délégués du "vieux" syndicat qui n’ont évidemment pas envie qu’émerge une nouvelle organisation concurrente ...
Dans l’usine, depuis le mois d’avril, les pressions de toutes sortes se sont intensifiées à l’encontre des responsables de "Pour l’Unité". Des agents de la sécurité filment les réunions qui se déroulent hors des murs de l’entreprise. A l’intérieur de l’usine, des réunions sont organisées pour dénigrer les syndicalistes.
Pourtant, ceux-ci parviennent à négocier avec la direction et obtiennent des résultats. Par exemple le versement d’une prime spéciale à l’occasion de la fête des mères - beaucoup d’ouvriers des maquilas sont des ouvrières, souvent chargées de famille. Résultat encore plus significatif, une négociation aboutit à la réduction de la cotisation syndicale prélevée sur la paye.
Développement syndical
La situation se détériore très sérieusement au mois d’octobre 2002 quand les ouvriers d’une deuxième usine Alcoa demandent à leur tour une élection au sein du "vieux" syndicat. Eux aussi veulent changer leurs responsables syndicaux et créer une section de "Pour l’Unité".
Le 4 octobre, 20 ouvriers sont licenciés dans les deux usines.Parmi eux figurent les 5 membres du Bureau du syndicat de la première usine, comme si la direction voulait indiquer aux ouvriers quel choix ils doivent faire. Les élections ont pourtant lieu, et les partisans de "Pour l’Unité" obtiennent la majorité.
L’enjeu est très important.Les ouvriers d’Alcoa et les organisations qui les soutiennent sont engagés dans une démarche de longue durée qui permettra l’émergence d’un syndicalisme authentique dans les maquilas.C’est pourquoi les ouvriers d’Alcoa sont soutenus dans leur démarche par le Comité Frontalier des Ouvriers (CFO), une association qui milite pour la liberté syndicale et la défense des droits économiques et sociaux dans 6 villes de la frontière des Etats-Unis. Plusieurs organisations américaines se sont engagées dans le soutien aux ouvriers d’Alcoa et mènent campagne dans leur pays.
Pour en savoir plus...
L’enfer des maquiladoras, Patrick Bard, Alternatives économiques n°172, juillet-août 1999
"[...] Le résultat est un épouvantable gâchis humain. Les droits syndicaux sont inexistants et les droits humains les plus élémentaires constamment bafoués.Les familles ouvrières vivent entassées dans des bidonvilles de carton.Des pollutions massives entraînent maladies professionnelles et malformations de nouveaux-nés.Bref, le XIXéme siècle avec, en prime, les dégâts du progrès"
On notera également :
La Frontière, de Patrick Bard, éditions du Seuil Mars 2002.
Un thriller qui se déroule à la frontière du Mexique dans l’ambiance des maquilas.
Appel réalisé en lien avec Campaign For Labor Rights
www.campaignforlaborrights.org
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Par fax : 412 553 4498
alain.belda@alcoa.com
Mr Alain Belda
Chairman and CEO Alcoa Inc
201 Isabella Street
PITTSBURG
PA 15212
USA
Dear Mr Belda,
Through Solidarity Network (10, quai de Richemont 35000 RENNES - FRANCE) I have been informed about the situation in Alcoa Fujikura plants, Piedras Negras, Mexico.
I urge you to discontinue all harassment and intimidation of workers inside and outside the plant and to reinstate all workers fired for supporting the democratic union initiative.
I ask you to replace Paulino Vargas and José Juan Oritz, the general manager and human resource manager respectively, of Alcoa Piedras Negras who are responsable for firings and harassment of independent union supporters.
Sincerely
Traduction
Par l’intermédiaire de Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES) j’ai été informé(e) de la situation dans les usines de Alcoa Fujikura à Piedras Negras, Mexique.
Je vous demande instamment de faire cesser ces harcèlement et ces intimidations à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise et de réintégrer les ouvriers licenciés pour avoir soutenu la création d’un syndicat démocratique.
Je vous demande le remplacement de Paulino Vargas et José Juan Ortiz, respectivement Directeur Général et Responsable des Ressources Humaines de Alcoa Piedras Negras, qui sont responsables des licenciements et des pressions sur les sympathisants du syndicat indépendant.
Je vous prie (...)