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320 - BRESIL - UN ETHANOL PAS TRES ETHIQUEAppel Urgent n° 320 (du 18 septembre au 15 novembre 2008) Face aux changements climatiques et à la flambée des prix du pétrole, les agro carburants sont présentés comme une alternative énergétique durable. Parmi eux, l’éthanol, cet alcool qui peut notamment être obtenu grâce au traitement de la canne à sucre et dont le Brésil, avec une production de 18 milliards de litres pour 2007, est le deuxième plus gros producteur du monde, derrière les Etats-Unis. Une donnée qui n’aura pas échappé à Robert Louis Dreyfus, principal actionnaire et dirigeant du Groupe Louis-Dreyfus, 5ème fortune de France [1], et n°2 du secteur sucre-éthanol au Brésil. Déjà bien implanté dans ce pays, via sa filiale Louis Dreyfus Commodities Bioenergia, celui-ci prévoit d’étendre rapidement la culture de la canne à sucre, en construisant des distilleries à travers tout le pays [2], et en mécanisant la production. Cette modernisation permettra sans aucun doute de produire plus, plus vite et à moindre coût, mais elle met également en péril des milliers d’emplois, occupés en majorité par une main-d’oeuvre indigène qui a pendant des décennies été exploitée par cette industrie sucrière... Dans l’Etat du Mato Grosso do Sul, situé dans le Sud-Ouest du pays, environ 13 000 indigènes, pour la plupart des indiens Guarani [3], travaillent dans les plantations de canne à sucre et dans les usines de transformation d’éthanol. Depuis des dizaines d’années, ils constituent la main-d’œuvre principale de cette industrie et en paient le prix. Mauvaise alimentation, sanitaires bouchés voire inexistants, logements précaires, dortoirs surpeuplés et insalubres, accidents du travail dûs aux exigences d’une productivité en constante augmentation, salaires impayés etc [4] : telles sont les conditions d’exploitation des travailleurs des plantations, révélées par les inspecteurs de l’Etat en novembre dernier. Des conditions apparentées, par les autorités elles-mêmes, à de l’esclavage. Protection insuffisante des travailleurs indigènes Dans les années 1980, un programme national de promotion de l’éthanol (dit « Programme Proálcool ») a été adopté pour inciter à la production de canne à sucre dans l’État du Mato Grosso do Sul. Les hommes Guarani ont alors quitté leurs villages, en direction des exploitations de cannes, parfois distantes de plusieurs centaines de kilomètres. S’entassant dans des baraquements de toile précaires et buvant les eaux de rivière souvent polluées par les agro toxiques utilisés dans les plantations, ces hommes étaient employés de manière informelle et anarchique. Il n’existait pas de contrat de travail et les salaires étaient régulièrement détournés voire pas versés du tout. Dans les années 1990, grâce aux pressions exercées par certaines organisations de la société civile, on assista à quelques améliorations. En 1999, fut signé dans le Mato Grosso, le « Pacte du travailleur indigène ». Celui-ci imposa le contrat de travail pour les ouvriers de la canne, d’une durée maximum de 70 jours, pour permettre le retour des indiens dans leurs villages, et ainsi favoriser la continuité de la vie communautaire et le respect des normes de confort, d’hygiène et de sécurité s’appliquant à tous les travailleurs ruraux. Mais l’application de ce Pacte a été, et reste aujourd’hui encore, largement insuffisante. Au cours des dernières années, des inspections du ministère du Travail et de l’Emploi ont révélé des violations persistantes des droits des travailleurs chez les ouvriers du secteur sucrier et de l’éthanol, notamment des irrégularités concernant la signature des contrats de travail et les conditions de sécurité et de logement. Bien que mal appliquée, cette réglementation du Travail a conduit les grands propriétaires d’exploitations de canne à sucre, toujours incités par le gouvernement à investir dans l’éthanol [5], à intensifier la mécanisation des récoltes. La mécanisation menace les travailleurs Les Guarani occupaient originellement 8 Mha de forêts dans le Mato Grosso do Sul actuel. Expulsés par les planteurs de soja et les éleveurs de bétail, les 42 000 Guarani restants vivent aujourd’hui dans des campements surpeuplés, dans lesquels sévissent la malnutrition, la misère, l’alcoolisme et la violence. « On leur a volé leurs terres, on a détruit leurs ressources naturelles et on les a confinés dans des camps pour les intégrer de force au monde du sous-emploi » explique André Campos, du Conseil indigène missionnaire (CIMI), une organisation qui œuvre pour la défense des droits des peuples indigènes au Brésil. Le travail hors du village a généré insécurité et violence et l’économie indigène s’en est retrouvée totalement déstructurée, la production d’aliments étant gravement affectée, et la population étant tombée dans une totale dépendance vis-à-vis de l’assistance publique du gouvernement. C’est dans ce contexte économique et social, que la société Louis Dreyfus Commodities Bioenegia a décidé en 2007, d’acheter des usines et d’installer un nouveau complexe sucre-éthanol, qui a été inauguré en août dernier, dans le Mato Grosso do Sul. D’après la multinationale, toutes les activités de récolte de la canne y seront entièrement mécanisées. Une politique qui devrait en outre être suivie dans les autres usines de l’entreprise, six en tout , en service dans cet Etat. Au total, ce sont 10 000 à 12 000 emplois qui seront supprimés par la mécanisation dans cet Etat, dans lequel Dreyfus est le premier employeur du secteur. Qu’est-ce qui arrivera alors ? Quelles seront les conséquences pour les milliers de familles qui se retrouveront sans travail ? Pour le CIMI, en tant que premier employeur du Mato Grosso do Sul, et deuxième plus gros producteur d’éthanol et de sucre du pays, la société Louis Dreyfus ne peut ignorer les conséquences économiques et sociales qu’aura la mécanisation sur les populations Guarani de l’Etat. Celle-ci a fait et va continuer à faire d’énormes bénéfices en investissant dans une industrie qui depuis des années s’est développée au prix d’énormes préjudices pour les populations indigènes locales. Aujourd’hui, si l’on peut espérer que la mécanisation mettra un terme aux abus dont les Guarani sont victimes dans leur travail, et notamment au travail esclave dans les plantations, tout porte à croire qu’ils seront à nouveau les laissés pour compte de l’expansion de l’éthanol. C’est pourquoi le CIMI en appelle aujourd’hui à votre solidarité, en vous demandant d’écrire à Robert Louis Dreyfus, pour l’exhorter à prendre en compte le sort des travailleurs Guarani dans le Mato Grosso do Sul, en indemnisant d’une part les travailleurs qui vont se retrouver sans emploi, et en accompagnant le processus de mécanisation d’un soutien à des programmes de formation permettant aux travailleurs de se reconvertir, en lien avec les acteurs de la société civile locale. POUR EN SAVOIR PLUS Le CIMI
En lien avec la campagne FaimZERO :
Publication : « Un sucre au goût amer »
FIAN - Voyage de presse
Cet Appel urgent a été réalisé, dans le cadre du programme “Droit au développement pour tous” du CRID, avec l’aide financière de l’Union européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité du CRID et de Peuples Solidaires et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position du ministère des Affaires étrangères français ou de l’Union européenne. Par lettre : téléchargez les modèles de lettres au bas de cette page ou recopiez-les en les adaptant à votre style. Envoyez-les aux destinataires, sans oublier d’inscrire vos coordonnées et de signer. Timbre : 0,55 € pour la lettre de protestation et 0,85€ pour la lettre de soutien. Par e-mail : Envoyez une lettre de protestation à Robert Louis Dreyfus et une lettre de soutien au CIMI en cliquant ICI LETTRE DE PROTESTATION Monsieur Robert Louis Dreyfus
Cher M. Dreyfus, J’ai été informé(e) par Peuples Solidaires de la mécanisation programmée de vos unités de production de sucre-éthanol actuelles et futures dans le Mato Grosso do Sul au Brésil. Vous n’êtes pas sans savoir que cette modernisation impliquera une perte irrémédiable de revenus pour les communautés Guarani qui constituent une part importante de la main-d’œuvre de cette industrie.
LETTRE DE SOUTIEN Cimi Regional Mato Grosso do Sul
Prezados companheiros do CIMI, Fui informado(a) pela ONG Peuples Solidaires (Povos Solidários) da mecanização programada das unidades de produção de açúcar e de etanol do grupo Louis Dreyfus Commodities Bioenergia presente e futura no Estado brasileiro do Mato Grosso do Sul. Fico grandemente preocupado(a)pelas conseqüências que poderá ter a perda de milhares de empregos na comunidade Guarani, a qual já sofreu numerosos danos graves em conseqüência da exploração de açúcar e da produção de etanol no país. Eu apoio a sua ação e mandei um correio ao senhor Dreyfus, pedindo que respondasse imediatamente as suas reivindicações. Solidariamente, Traduction Chers amis du CIMI, J’ai été informé(e) par Peuples Solidaires de la mécanisation programmée des unités de production de sucre-éthanol de la société Louis Dreyfus Commodities Bioenergia actuelles et futures dans le Mato Grosso do Sul au Brésil. Je suis extrêmement préoccupé(e) par les conséquences que pourrait avoir la perte de milliers d’emplois pour la communauté Guarani qui a déjà subi de nombreux préjudices graves en conséquence de l’exploitation du sucre et de la production d’éthanol dans le pays.
Je soutiens votre action et ai envoyé une lettre à M. Dreyfus, l’exhortant à répondre immédiatement à vos demandes.
[1] D’après le magazine « Challenges », http://www.challenges.fr/classements/fortune.php [2] Article du 15 mars 2007 de Séverine Alibeu, http://ecologie.caradisiac.com/Louis-DREYFUS-la-societe-francaise-et-le-Bresil-une-affaire-qui-roule-pour-l-ethanol-883 [3] Les Guarani sont un groupe de populations amérindiennes des régions amazoniennes du Brésil et du Paraguay. Ils constituent la communauté indigène la plus importante du pays. [4] Résultats de l’inspection menée dans la plantation Debrasa, dans la municipalité de Brasilandia, et dans la distillerie d’Iguatemi. [5] En décembre 2007, le gouvernement de l’Etat a concédé des avantages fiscaux à 43 nouveaux chantiers de ce genre,16 desquels sont déjà achevés. --- LETTRES 320
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