Au 19ème siècle, les premières semences de la variété de cotonniers Gossypium hirsutum, originaire des Antilles britanniques, furent introduites en Afrique de l’Ouest. Au début du 20ème siècle, alors que cette matière première représentait 80 % du marché mondial du textile, la production de coton fut encouragée par les puissances coloniales européennes, afin de contrer le monopole d’exportation des États-Unis et de l’Égypte. L’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui, avec 15 % du marché, le cinquième exportateur mondial, derrière les États-Unis, la Chine, l’Inde et l’Ouzbékistan.
Malgré le développement des matières synthétiques, le coton représente encore 47% du marché mondial du textile. Mais l’offre dépasse de plus en plus la demande, ce qui provoque une baisse continue des cours depuis 1995 et un effondrement catastrophique depuis le début de l’année 2001(1). La situation est alarmante pour des pays dont les recettes d’exportation proviennent en majeure partie de cette matière première : 75 % pour le Bénin, 60 % pour le Burkina, 50 % pour le Mali. Dans ces pays, ce sont plus de 10 millions de personnes qui vivent directement de la production de coton.
Politiques publiques et loi du marché
En Europe, les mécanismes de la Politique Agricole Commune (PAC) permettent de garantir les prix aux producteurs. Ainsi, le paysan européen (en l’occurrence grec et espagnol) peut vendre son coton à un prix stabilisé de 1,06 € le kg de coton-graine(2) quel que soit le prix du marché, alors que pour le paysan malien, béninois ou burkinabè, il est de l’ordre de 0,30 €.
Aux États-Unis, premier exportateur de coton au monde, un soutien semblable est apporté aux agriculteurs, à travers tout un jeu d’aides directes ou indirectes. En l’an 2000, le montant des aides et subventions des États-Unis à leurs producteurs de coton s’est élevé à 4,2 milliards de dollars, soit 6 fois le budget annuel du Burkina Faso !
Sûrs de vendre leur coton, les agriculteurs européens et américains continuent donc d’augmenter leurs productions et inondent le marché déjà saturé, ce qui accélère la chute des cours. A ce rythme, tous les analystes économiques pensent que les producteurs africains seront obligés, à brève échéance, d’abandonner la partie ...
Les États africains se trouvent totalement démunis pour venir en aide à leurs agriculteurs. Ils sont contraints de recourir à la Banque Mondiale en sollicitant de nouveaux prêts leur permettant d’engager les campagnes d’achat du coton auprès des producteurs. Évidemment, ces prêts sont assortis de nouvelles conditionnalités, notamment le démantèlement des services publics au profit du secteur privé.
Privatisation en perspective
Pourtant, depuis de nombreuses années, les choix de développement de la filière du coton se sont avérés positifs. Ils se caractérisent par le modèle de " l’intégration ". Cela veut dire qu’une même société nationale assure l’encadrement des paysans-producteurs, la fourniture du crédit, de semences, d’engrais et d’insecticides, la collecte des récoltes, l’égrainage et l’exportation. Cette forme d’organisation a donné de très bons résultats et a contribué à soutenir l‘organisation du monde paysan.
Mais pour la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, inspirateurs des " Plans d’Ajustement Structurels ", l’existence d’un monopole, fut-il porteur d’une mission de service public, est contraire aux principes du libéralisme économique. D’où les mesures de privatisation partielle et de " libéralisation " de la filière cotonnière observées dans plusieurs pays.
Le démantèlement programmé de la production du coton en Afrique de l’Ouest, et la pression sur les prix créée par les politiques agricoles des USA et de l’Union Européenne risquent de réduire à néant des années d’effort de développement économique. Les pays de la région seront alors privés de leur principale source de devises et des millions de familles paysannes seront plongées dans la pauvreté. Il sera bien temps alors de parler d’aide humanitaire et de secours d’urgence !
Face à cette situation, les producteurs de coton d’Afrique de l’Ouest se mobilisent. Fait sans précédent, les trois organisations de producteurs du Mali, du Bénin et du Burkina Faso viennent de lancer un appel international. Leur revendication est simple : pour sauver le coton africain, que l’on revienne à des comportements qui respectent les règles d’un commerce juste et équitable.
Il est de notre responsabilité que cet appel soit entendu et que les décideurs du Nord sachent en tenir compte. C’est pourquoi Réseau-Solidarité a décidé d’interpeller M. Lamy, Commissaire européen chargé du commerce, pour qu’il intervienne dans les instances européennes et internationales afin de changer les règles du jeu du marché du coton et garantir les revenus des petits producteurs de coton africain.
Appel commun des producteurs de coton de l’Afrique de l’Ouest
Au moment où il est question de lutter contre la pauvreté, les producteurs de coton de l’Afrique de l’Ouest ont tout de suite compris que ce n’est qu’au prix de leurs efforts qu’ils peuvent venir à bout de cette pauvreté. Ils se sont mis à la tâche et, au moment où ils obtiennent un nouveau record de production, voilà que subitement les cours du coton s’effondrent.
Nous en arrivons à nous interroger sur la volonté réelle des pays riches à faire reculer la pauvreté dans les pays pauvres. Les subventions dont bénéficient les agriculteurs de l’Union Européenne (U.E.) et des États-Unis (U.S.A.) leur permettent de mieux résister à ces chutes de prix.
Mais ce n’est pas tout. Ces subventions ont des effets pervers sur les économies des pays pauvres, car elles stimulent artificiellement la production et entraînent une surproduction, et donc la chute des cours sur le marché mondial. En subventionnant leurs producteurs de coton les U.S.A. et l’U.E. menacent gravement le coton africain, et donc l’avenir de millions de producteurs, et les économies de nombreux pays comme celles du Bénin, du Burkina Faso et du Mali.
Aussi, nous demandons solennellement aux U.S.A. et à l’U.E. de supprimer leurs subventions aux producteurs de coton.
Nous demandons à tous ceux qui veulent construire un monde plus juste et fraternel de se joindre à nous pour faire pression sur les États-Unis et l’Union Européenne pour qu’ils suppriment ces subventions.
Fait à Bobo-Dioulasso le 21 novembre 2001
Le Président de l’UNPCB (Burkina) François Traoré
Le Président de la FUFRO (Bénin) Issa Ibrahima
Le Président du SYCOV (Mali) Ampha Coulibaly
62,01 cents US la livre de coton fibre (c’est-à-dire après traitement) le 30 janvier 2001, 28,52 cents US le 25 octobre. Les cours mondiaux sont aujourd’hui nettement plus bas qu’ils ne l’étaient il y a 10 ans : ils évoluaient alors autour de 60 cents US !
c’est-à-dire à la récolte, avant tout traitement
Ecrire
M. Pascal LAMY
Commissaire européen
200, rue de la loi
B - 1049 BRUSSELS
BELGIQUE
Tél 32 2 298 13 99
e-mail Commissaire-Lamy@cec.eu.int
TEXTE PROPOSE (nous vous suggérons ce texte à titre indicatif, vous pouvez l‘adapter à votre propre style)
Monsieur le Commissaire,
J’ai été alerté(e) par Réseau-Solidarité (10 quai de Richemont 35000 RENNES) sur la situation des petits producteurs de coton des pays africains, victimes des subventions massives et aides de toutes sortes allouées par les gouvernements du Nord à leurs agricultures.
Les producteurs de coton de l’Afrique de l’Ouest ont décidé de constituer un front commun pour sauver le coton africain.
Je vous prie instamment de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour défendre la position de ces agriculteurs dans les négociations européennes et internationales auxquelles vous participez.
Je vous prie, Monsieur le Commissaire de croire en l’expression de ma considération distinguée.
(signature)
Pour en savoir plus sur l’appel des organisations africaines
www.abcburkina.net/coton.htm
A lire
L’Afrique peut-elle être compétitive ? - Claire Mainguy - Karthala 1998
La Compagnie Française du Textile est morte, vive Dagris ! - Sylvie Rantrua - Jeune Afrique Économie (12 juillet 2001).
Appel réalisé en lien avec
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Tél. 01 53 80 08 40 - fax 01 53 80 02 41
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