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Accueil » Appels Urgents » Historique des Appels » 323 - TURQUIE - PRADA LA MAIN DANS LE SAC

323 - TURQUIE - PRADA LA MAIN DANS LE SAC


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(Appel n°323 du 12 décembre 2008 au 29 janvier 2009)

De la petite maison familiale créée en 1913 par Mario Prada, modeste maroquinier milanais, à l’une des plus grandes marques de luxe de la planète, Prada, c’est l’histoire d’un phénomène et d’un succès vertigineux : la société italienne affiche pour 2007 un chiffre d’affaires record de 1,66 milliards d’euros, soit les meilleurs résultats de son histoire. Des chaussures aux sacs en passant par les vêtements, toutes ses productions sont directement supervisées par Muccia Prada, la petite fille de son fondateur, considérée par le Wall Street Journal comme l’une des 30 femmes les plus puissantes du monde. Souvent décrite comme "non conformiste", Muccia Prada confiait récemment rêver "de petites productions, d’un espace artisanal pour garder (sa) naïveté en échappant aux exigences commerciales de la société"1. On pourrait alors s’attendre à ce que les conditions de travail dans les établissements qui fabriquent ses produits soient décentes. Mais dans les usines de Desa, un fournisseur de la société en Turquie, les conditions de travail des ouvriers sont loin d’être luxueuses. Payés une misère et forcés de travailler jusqu’à 40 heures d’affilée, dans des conditions de sécurité déplorables, les ouvriers n’ont même pas la liberté de défendre leurs droits en adhérant à un syndicat...

Face à ces révélations, Prada [1] , ainsi que les autres marques se fournissant auprès de cette entreprise (notamment Mulberry, Samsonite ou encore Aspinals of London) ont été informées et interpellées. Aucune n’a toutefois à ce jour pris les mesures nécessaires pour s’assurer qu’il soit mis un terme aux violations graves dont sont victimes les ouvriers de Desa. Prada et Mulberry prétendent avoir enquêté auprès de ce fournisseur, et n’avoir constaté aucun abus. Les travailleurs de Desa, de leur côté, disent n’avoir jamais été interrogés par ces enquêteurs... En tant que marque de renommée mondiale, nous demandons donc aujourd’hui à Prada d’intervenir auprès de son fournisseur afin de faire respecter les droits de ceux qui fabriquent ses produits.

Des conditions de travail indignes

Pour les 1200 ouvriers de l’entreprise Desa, le travail à l’usine est à peine supportable. Il n’est pas rare pour les ouvriers de cette usine de commencer leur journée de travail le matin à 8 heures et de ne la terminer que le lendemain soir, travaillant ainsi jusqu’à 40 heures d’affilée, et ce, jusqu’à trois fois par semaine. Certains travailleurs se retrouvent ainsi à travailler 220 heures supplémentaires chaque mois, alors que la loi turque du travail prévoit un maximum de 270 heures supplémentaires... par an ! Et ces heures supplémentaires ne sont pas prises en compte sur leurs fiches de paie. D’ailleurs, à l’usine de Düzce, ils reçoivent le salaire minimum, qui, selon les estimations, permet à peine de couvrir entre 28 et 48 % des besoins de base pour assurer un niveau de vie décent en Turquie. La plupart ne bénéficient en outre pas de couverture santé. Aux dépenses de la vie quotidienne, les employés de Desa doivent donc ajouter les frais de santé, qui, compte tenu des mauvaises conditions de santé et sécurité au travail, sont nombreux : douleurs aux jambes et au dos, problèmes veineux et respiratoires, les conséquences des négligences de l’entreprise sur la santé des travailleurs sont catastrophiques. À l’usine de Sefaköy par exemple, alors que les ouvriers manipulent toute la journée des produits chimiques potentiellement toxiques, aucun système de ventilation n’a été prévu. Et s’ils tombent malades, les ouvriers ne peuvent compter que sur eux-mêmes. En effet, la direction ne leur accorde aucun congé, pas plus en cas de maladie, qu’en cas de décès ou de naissance. Faute de moyens pour s’occuper de leurs jeunes enfants, et n’ayant pas droit de prendre un congé maternité, les ouvrières ayant des enfants sont donc tout simplement contraintes de quitter leur emploi. Depuis le changement de direction de l’usine en avril dernier, les conditions se sont encore durcies. Les travailleurs de Desa, qui avaient jusqu’alors au moins la possibilité de se faire entendre auprès de leur direction, n’ont même pas envisagé de créer un syndicat pour défendre leurs droits.

Des syndicalistes réprimés

Face à l’indifférence de la nouvelle direction de l’usine, plusieurs centaines d’ouvriers ont décidé en avril 2008 de rejoindre le syndicat Deri Is, qui représente les travailleurs du cuir en Turquie. La réaction de la direction ne s’est pas fait attendre : quelques jours plus tard, cinq employés syndiqués étaient convoqués par la direction et priés de démissionner. Plusieurs réunions de travailleurs étaient par la suite organisées, au cours desquelles les ouvriers étaient mis en garde contre les activités du syndicat et priés de rapporter toute tentative de contact. Ils étaient prévenus : s’ils rejoignaient le syndicat Deri Is, ou en restaient membres, ils perdaient leur emploi. Début mai, la direction a même fait venir un notaire dans l’usine, à ses frais, pour faciliter la tâche aux travailleurs qui "souhaitaient" mettre fin à leur affiliation... Finalement, ce ne sont pas moins de 44 ouvriers qui ont été licenciés depuis le début du conflit, et 55 qui ont été contraints de quitter le syndicat. Devant cette violation flagrante de leur liberté syndicale, les travailleurs de Desa manifestent quotidiennement devant l’usine. Ils sont depuis confrontés à une répression et à des arrestations constantes de la part des forces de police locales. En octobre dernier, les évènements ont pris une tournure encore plus inquiétante lorsqu’Emine Aslam, une responsable syndicale de l’usine de Sefaköy à Istanbul, a fait l’objet de chantages et de tentatives de corruption visant à l’inciter à abandonner ses poursuites contre Desa et à mettre un terme aux manifestations devant l’usine. Face à son refus de céder aux pressions, sa famille a été menacée : sa fille de 11 ans a même échappé de justesse à une tentative d’enlèvement...

Jusqu’où devra aller la répression pour que les marques clientes de Desa réagissent ? Pour que cessent ces abus, les représentants des travailleurs de Desa font appel à notre solidarité. Ils nous demandent d’interpeller les marques clientes de l’entreprise dans le monde, comme Prada, pour les inciter à faire pression sur leur fournisseur turc.

ECRIVEZ

> PAR COURRIER ELECTRONIQUE : Envoyez la lettre de protestation à Stéfano Rastrelli, Directeur des ressources humaines de la division Industrie du groupe PRADA d’un seul clic ICI

> PAR LETTRE : Copiez le modèle de lettre de protestation ci-dessous ou téléchargez-le (en bas de cette page). Vous pouvez aussi l’adapter à votre style. Adressez-le à l’adresse suivante : Stefano Rastrelli, Direttore Risorse Umane Divisioni Industriali Prada Spa Via Antnio Fogazzaro 28 20135 Milano (MI) Italie N’oubliez pas de préciser vos coordonnées et de signer !(Timbre : 0,65€).

Lettre de protestation :

Egregio Signore,
Vi scrivo per esprimere preoccupazione per le intimidazioni in corso nei confronti dei lavoratori della DESA in Turchia, che mi risulta confezionino i vostri prodotti. Da aprile del 2008, quando i lavoratori hanno deciso di iscriversi al sindacato Deri Is, 44 sono stati licenziati e altri 55 sono stati obbligati a lasciare il sindacato. L’organizzazione di un sindacato è un diritto, non un lusso. Fà parte delle vostre responsabilità assicurarvi che i lavoratori che producono i vostri prodotti possano esercitare il diritto alla libera associazione. Vi chiediamo di impegnarvi da oggi stesso per assicurare che DESA riassuma immediatamente i lavoratori licenziati e paghi i salari arretrati, cessi immediatamente la campagna di intimidazione, avvii adeguate relazioni industriali, incluso il riconoscimento di procedure per la gestione di violazioni segnalate dai lavoratori e cominci a negoziare con il Deri Is quale parte sociale. Nell’attesa di conoscere quali misure avete preso per assicurare una positiva risoluzione di questo caso.
Cordiali saluti,

Traduction de la lettre de protestation :

Cher Monsieur,
Je vous écris pour exprimer mon indignation concernant le harcèlement des ouvriers des usines DESA en Turquie, un fabricant de vos produits. Depuis avril 2008, quand ces travailleurs ont décidé de rejoindre le syndicat, Deri, 44 d’entre eux ont été licenciés et une cinquantaine d’autres forcés à démissionner de leur syndicat. Adhérer à un syndicat est un droit, pas un luxe. Il est de votre responsabilité sociale de vous assurer que les ouvriers employés par vos sous-traitants puissent exercer leur droit à la liberté d’association. Vous voudrez bien prendre les mesures nécessaires pour vous assurer que DESA : réintègre immédiatement les ouvriers licenciés et leur verse les salaires qu’ils auraient dû toucher depuis la date de leur renvoi ; cesse immédiatement la campagne d’intimidation et de harcèlement et adopte des relations sociales correctes avec ses personnels, dont un système de médiation et de résolution des conflits négocié avec Deri en tant que partenaire social reconnu et respecté. J’attends avec intérêt de connaître les mesures que vous auriez prises pour atteindre un résultat social positif.
(Salutations)

> Pour que notre partenaire, le syndicat Deri Is, ait un aperçu concret des soutiens sur lesquels il peut s’appuyer, retournez-lui la lettre de soutien à l’adresse suivante : Syndicat Deri Is Ali Nihat Tarlan Cd Ertas Sk Ardil is Merkezi No:4 K:3 Bostanci/ ISTANBUL TURQUIE

Lettre de soutien :

Dear friends of Deri Is,
I have been informed by Peuples Solidaires (France) of the serious labour rights violations at Desa. I am particularly concerned by the ongoing trade union repression at this company, and sent a letter to Prada requesting that they take immediate action to implement your demands.
With warm regards,

Traduction de la lettre de soutien :

Chers amis de Deri Is,
J’ai été informé/e par Peuples Solidaires des graves violations des droits des travailleurs chez Desa. Je suis particulièrement préoccupé/e par la répression syndicale qui a cours en ce moment dans cette entreprise, et j’ai envoyé une lettre à Prada pour lui demander de répondre immédiatement à vos demandes (salutations)

Délai de réaction : jusqu’au 29 janvier 2009

POUR EN SAVOIR PLUS

La Clean Clothes Campaign (CCC) Ce réseau européen œuvre pour l’amélioration des conditions de travail dans les filières de production du secteur textile. Il soutient les travailleurs de Desa en Turquie, et interpelle les différentes marques qui se fournissent auprès de cette entreprise. www.cleanclothes.org->http://www.cleanclothes.org] (uniquement en anglais)

Ethique sur l’étiquette (ESE) Ce collectif constitue le relais français du réseau Clean Clothes Campaign. Y participent une vingtaine d’organisations, associations de solidarité internationale, associations de consommateurs et syndicats. Le Collectif soutient et relaie cet Appel à la solidarité internationale. www.ethique-sur-etiquette.org

La Fédération internationale des travailleurs du textile de l’habillement et du cuir (FITTHC) Cette fédération soutient l’appel à la solidarité de son affilié turc, le syndicat des travailleurs du cuir Deri-Is. Elle a contacté les différentes marques clientes de Desa et tente d’organiser une réunion entre ces entreprises afin de réfléchir à une réponse commune. www.itglwf.org

[1] Article " Prada se rhabille en succès ", du 05/06/2008, par Francine Rivaud, dans Challenges.fr



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Modèles de lettre de protestation et de soutien




Appel PRADA téléchargeable en version .pdf


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