APPEL N° 247 MARS 2002
Avril 1996, à Eldorado dos Carajas, dans l’État du Pará, la gendarmerie brésilienne tire sur une manifestation paysanne du Mouvement des Sans Terre. Bilan : 19 morts dont un enfant de 3 ans. Août 1999, à Belém, se tient le procès des trois officiers qui commandaient l’opération de la Police Militaire. Bilan : acquittement pour les trois inculpés. C’est la stupeur pour les familles des victimes, le Mouvement des Sans Terre et les organisations de Défense des Droits de l’Homme. Le scandale est tel que les autorités politiques fédérales du Brésil se prononcent pour l’annulation du procès. Une très longue bataille juridique s’engage. D’abord fixé au 28 mai, puis au 18 juin 1999, le jugement est reporté. Il vient maintenant d’être fixé au 8 avril 2002, dans l’État du Pará, alors que le Mouvement des Sans Terre se mobilisait pour que les délits concernant les droits de l’Homme soient jugés au niveau fédéral , à l’abri des groupes de pression organisés pas les grands propriétaires qui pèsent sur les décisions des juges locaux.
Le 17 avril 1996, à Eldorado de Carajas, 1500 paysans sans terre entament une marche de 700 kilomètres vers Belém. Depuis le début de l’année, ils campent aux abords d’une propriété en friche que l’I.N.C.R.A. (Agence fédérale chargée de la réforme agraire) doit réquisitionner. Lassés d’attendre en vain la réponse de l’I.N.C.R.A., les paysans décident d’aller manifester leur mécontentement à Belém. Le gouverneur du Pará envoie aussitôt sur place un détachement de la Police Militaire. Une altercation éclate avec les manifestants. Brutalement, les policiers balaient la colonne d’un tir de mitrailleuse. On compte 19 morts dont 13 ont été exécutés à l’arme blanche après avoir été fait prisonniers. Parmi les centaines de blessés, 64 sont gravement atteints. Deux d’entre-eux sont décédés depuis, des suites de leurs blessures.
Première bataille juridique
C’est à Marabá que résident et sont en service la majorité des 154 policiers accusés. Estimant que les conditions d’un procès équitable ne peuvent être réunies dans cette ville, le ministère public demande son transfert devant la Cour d’Assises de Belém. Le Mouvement des Sans-Terre (MST) et les organisations paysannes brésiliennes en appellent à une campagne internationale pour soutenir cette demande. Réseau-Solidarité y participe (Appel n°198 - Décembre 1998).
Grâce au recours devant le Tribunal Fédéral Suprême le procès est transféré à Belèm où, pense-t-on, l’affaire sera jugée avec plus de sérénité. Mais au mois d’août 1999, quand s’ouvre enfin le procès, le pouvoir judiciaire de l’État de Pará montre au monde entier son véritable visage, tant de fois dénoncé : les trois officiers qui commandaient l’opération de la police à Eldorado dos Carajas le 17 avril 1996, sont acquittés par le jury de Belém le 20 août 1999.
Les réactions face à l’acquittement
Le Ministère Public, en la personne du Procureur Marco Aurélio Nascimento soulève alors l’objection de suspicion contre le juge Ronaldo Vale. Il reçoit d’ailleurs l’appui total du Ministère Public de l’État.
Le Président de la République, M. Fernando Henrique Cardoso, et le Secrétaire d’État aux Droits de l’Homme, M. José Grégori, manifestent également leur préoccupation au sujet de ce jugement et de l’impunité.
Une campagne dans tout le Brésil et au-delà de ses frontières s’engage alors pour obtenir l’annulation du jugement honteux et dangereux. Réseau-Solidarité y participe à nouveau (Appel 211 - septembre 1999). L’annulation est accordée, un nouveau procès peut donc avoir lieu.
Stratégie judiciaire
Le MST tire rapidement les leçons du premier procès du massacre de Carajas. Pour l’organisation paysanne, il faut à tout prix éviter que les grands propriétaires puissent exercer leurs pressions sur les juges des États du Brésil, et notamment celui de Pará. Le MST demande donc au Sénat et au Congrès National du Brésil d’approuver une nouvelle loi qui transfère la compétence des crimes contre les Droits de l’Homme à la Justice Fédérale, afin " qu’il y ait une plus grande impartialité lors du traitement des procès qui impliquent de graves violations de la personne humaine ".
Cette démarche est bien engagée quand les événements judiciaires s’accélèrent bizarrement. La juge Eva do Amaral Coêlho à qui a été confié le dossier est loin d’avoir fait preuve dans le passé de son indépendance vis à vis des grands propriétaires. Prenant le MST de vitesse, elle convoque d’abord le tribunal pour le 28 mai 2001, puis le 18 juin 2001. La juge fait en outre retirer du dossier du procès le résultat de l’expertise réalisée par les spécialistes de l’Unicamp (Université de Campinas, État de São Paulo). Cette expertise, faite à partir d’un film du massacre, montre très clairement qu’au moment des faits, c’est la Police Militaire qui a ouvert le feu, alors que les experts de la Police affirment le contraire.
Devant la mobilisation du MST et de la société civile, la juge est contrainte de faire marche arrière. Elle décide d’ordonner une contre-expertise et le procès est donc renvoyé à une date ultérieure.
Trois ans après, les démarches du MST pour le transfert de compétence à la Justice Fédérale des crimes contre les Droits de l’Homme sont enlisées. La répression reprend de plus belle dans l’État du Pará. Depuis le 28 janvier 2002, 14 militants de base du MST, sont maintenus en prison dans la ville de Mãe do Rio dans des conditions sanitaires inacceptables. Interpellés lors de l’expulsion d’une occupation d’une grande propriété inexploitée, ils sont maintenus en prison sans qu’aucun motif apparent n’ait été invoqué. La juge, chargée de leur cas, a justifié le refus d’habeas corpus pour cause de non possession de leurs documents d’identité.
En fait, ils sont les otages du procès des responsables du massacre de Carajas. Leur détention est un moyen pour limiter l’ampleur des manifestations prévisibles du MST. Car une nouvelle date a été fixée au 8 avril 2002, pour une session en trois temps, jugeant tour à tour les quatre principaux officiers responsables, les 17 officiers de grade mineur et les 129 soldats impliqués dans le massacre. Une manœuvre pour brouiller les pistes ?
Face à la pression qu’exercent les grands propriétaires sur la juge Eva do Amaral Coêlho, il faut rappeler avec force la préoccupation des organisations de défense des droits pour que la justice s’exerce en toute indépendance. Réseau-Solidarité qui a suivi cette affaire depuis son origine, continue de se mobiliser afin que les responsables du crime de Carajas soient enfin condamnés.
Pour en savoir plus...
" Caros Amigos Especial "
Pour préparer la mobilisation sur le procès de Carajas, le comité de rédaction d’Info Terra et Frères des Hommes France ont publié en français un numéro " Hors-série " de la revue brésilienne Caros Amigos. Cette revue fait un récit quasi exhaustif du déroulement du massacre et permet d’en cerner les enjeux judiciaires. Elle apporte des éléments précis sur le premier procès qui avait abouti à l’acquittement des responsables du massacre.
Caros Amigos (32 pages) 4 euros, port compris
À commander à Réseau-Solidarité 10 quai de Richemont 35000 RENNES
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Dra. Eva do Amaral Coelho
Juiza de Direito da 1a Vara Penal da Capital
Presidenta do 1° Tribunal de Júri
Largo de São João, s/n
Bairro Cidade Velha
66015-260 Belém PA BRESIL
Courrier électronique : ecoelho@tje.pa.gov.br
TEXTE PROPOSE (nous vous suggérons ce texte à titre indicatif ; vous pouvez l’adapter à votre propre style)
Senhora Juíza,
Informado pelo Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES - France) manifesto minha preocupação relativo ao julgamento dos responsáveis do massacre de Eldorado dos Carajás
Espero que, sob a presidência da Senhora, este julgamento se realizará de maneira imparcial.
O mundo inteiro está acompanhando este acontecimento histórico e espera que os responsáveis do massacre serão julgados de maneira exemplar.
Atenciosamente
(signature)
TRADUCTION
Madame la Juge,
Le jugement du massacre d’Eldorado dos Carajás, prévu pour le 8 avril 2002 me préoccupe beaucoup.
J’espère que sous votre présidence, ce jugement se réalisera de manière impartiale.
Le monde entier a les yeux fixés sur cet évènement historique et s’attend à ce que les responsables du massacre des 19 paysans seront jugés de manière exemplaire.
Je vous prie ...
(signature)