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Accueil » Appels Urgents » Historique des Appels » 246 - EQUATEUR - IMPLANTATION SYNDICALE

246 - EQUATEUR - IMPLANTATION SYNDICALE

APPEL N° 246 MARS 2002

Le secteur de la banane traverse depuis quelques années une crise qui pèse sévèrement sur les conditions de travail de millions de paysans d’Amérique latine. Les grandes multinationales américaines de la banane multiplient les fermetures de plantations, réduisant à la misère des paysans dont le sort n’était certes pas enviable mais qui, à force de lutter, étaient parvenus à obtenir des avancées en matière de droit du travail. L’une des raisons fondamentales de cette crise est un phénomène de surproduction qui tire les prix vers le bas et dont le principal responsable est l’Équateur, qui, depuis 1999 n’a cessé d’augmenter ses volumes de production, à des coûts défiant toute concurrence. Les ouvriers des plantations équatoriennes sont les principales victimes de cette politique. Ils subissent une pression sur leurs salaires et leurs conditions de travail imposés par la société Noboa. Un syndicat vient de naître dans des plantations produisant pour la quatrième multinationale bananière. Pour contribuer à la réussite de cette implantation notre solidarité est sollicitée.

Le 25 février 2002 est une date à retenir. Ce jour là a eu lieu la première grève significative d’ouvriers de la banane. Le pays n’avait pas connu cela depuis plus de 20 ans. Près de la ville de Naranjal dans la province de Guayas, dans sept plantations différentes travaillant toutes pour la société Noboa, 1400 travailleurs agricoles ont cessé le travail pour défendre leurs droits. Ils réclament l’application de la loi équatorienne en matière de législation sociale : le paiement des heures supplémentaires, l’inscription à un système d’assurance sociale, l’accès aux soins, la sécurité au travail et des salaires décents.

Pour défendre leurs intérêts, les ouvriers ont formé un nouveau syndicat(1). Ils ont immédiatement fait les démarches auprès du Ministère du Travail pour qu’il soit reconnu. La réaction des dirigeants des plantations ne s’est pas fait attendre. Huit ouvriers, repérés comme responsables de la grève, ont été licenciés. Le travail a repris immédiatement sur les plantations, mais le syndicat s’est renforcé par l’adhésion massive de nouveaux membres.

Voici plus d‘un an que la FENACLE(2) favorise l’implantation syndicale dans les trois provinces productrices de banane en Équateur. Si le syndicat des plantations parvient à obtenir sa reconnaissance officielle, les futurs licenciements seront rendus plus difficiles et les prochaines grèves pourront s’organiser dans la légalité.

Les sept plantations correspondent à autant d’entités légales distinctes. Les ouvriers sont employés tour à tour dans les différents sites. Ainsi, ils ne peuvent jamais être reconnus comme ouvriers permanents et restent des travailleurs saisonniers. Toutes les bananes produites sont vendues à la quatrième multinationale bananière : Noboa. Ainsi, le nouveau syndicat pense que toutes les exploitations appartiennent secrètement au même propriétaire. Il demande que la société fruitière et le gouvernement publient les noms des véritables dirigeants.

L’Equateur, bon élève

L’Équateur est devenu le premier exportateur mondial de bananes, dont un tiers à destination de l’Europe. Et contrairement aux plantations des autres pays d’Amérique latine, détenues par les trois grandes multinationales américaines (Chiquita, Dole et Del Monte), les plantations équatoriennes sont, pour l’essentiel, la propriété d’entreprises nationales, dont la principale est Noboa, des bananes Noboa, souvent distribuées sous l‘étiquette Bonita.

Bien évidemment, cette formidable capacité exportatrice de l’Équateur n’est pas neutre. Elle s’explique par des coûts de production incroyablement faibles. Si la surproduction équatorienne est aujourd’hui la principale cause de la crise du secteur de la banane - et donc de la réussite commerciale du pays, ce sont les travailleurs équatoriens qui en sont les premières victimes. Car les conditions de travail dans les plantations équatoriennes sont bien pire que celles de leurs concurrentes américaines qui jusqu’à présent se partageaient le marché mondial. L’élève du Sud a dépassé le maître du Nord.

Un système au point

Selon une étude menée en 2000 auprès d’un échantilllon représentatif de travailleurs équatoriens par l’organisation américaine US/LEAP, le salaire mensuel moyen d’un travailleur dans une plantation d’Équateur est de 56 dollars, alors qu’il s’élève à plus de 500 dollars au Panama, à 200 dollars au Costa Rica et entre 120 et 150 dollars au Guatemala, pays pour lesquels Réseau-Solidarité s’est déjà mobilisé (Appels n°201, 205, 213 et 223).

L’explication de cette situation scandaleuse est simple. Dans les plantations équatoriennes, l’essentiel des travailleurs sont considérés comme eventuales, des travailleurs saisonniers dénués de tous droits (voir encadré).

Face à cette situation, les travailleurs, tant équatoriens que les autres, ne prônent pas le boycott des bananes équatoriennes. Ils préfèrent en appeler à la responsabilité des consommateurs pour qu’ils fassent pression sur les distributeurs afin d’obtenir des bananes produites dans de bonnes conditions sociales et pour que des pays comme l’Équateur respectent enfin les engagements qu’ils ont pris auprès d’organisations internationales. Les mobilisations syndicales qui se déroulent aujourd’hui dans les plantations équatoriennes redonnent espoir à l’ensemble des ouvriers de ce secteur dans toute l’Amérique Centrale. Nous assistons probablement à un mouvement qui ne fait que commencer et pour lequel il est fait appel à notre solidarité.

1. Le Syndicat Général des Plantations de Yanayacu 1 et 2, Rey Rancho 1 et 2, La Nueva, Zapotal et La Teresa

2. Fédération Nationale des Paysans Libres de l’Equateur

Pour en savoir plus...

Qui sont les eventuales ?

Les eventuales sont des travailleurs temporaires. En Équateur, les eventuales ne sont généralement pas inscrits à l’Ecuadorian Social Security Institute (l’équivalent de notre sécurité sociale) et ne peuvent donc prétendre à aucun droit quand ils sont blessés ou malades. De même en cas de licenciement, puisque, officiellement, ils ne travaillent pas pour l’entreprise. Les eventuales ne sont pas payés pour les heures supplémentaires effectuées, heures supplémentaires qui sont courantes en période de forte activité. Inversement, en période de faible activité, ils ne travaillent que deux à trois jours par semaine... mais sont obligés de rester disponibles en cas de nécessité... ce qui les empêche de trouver un emploi à mi-temps qui permettrait de compenser la baisse de salaire liée à la faible activité de la plantation. Enfin, puisque, toujours officiellement, les travailleurs ne travaillent pas là où ils travaillent, ils ne peuvent adhérer au syndicat de la plantation (d’où la quasi-absence de syndicats dans les plantations équatoriennes) et ne peuvent donc défendre leurs droits. La boucle est bouclée.

ECRIVEZ !

Exportadora bananera Noboa S.A.

Alvaro Noboa Ponton

P.O. Box 09-01-529

El oro 101 y la Ria

Guayaquil-Equateur

Banoboa@bonita.com

Texte proposé (nous vous suggérons ce texte à titre indicatif, vous pouvez l‘adapter à votre propre style)

Señor Presidente

Por medio de Réseau-Solidarité (Red-Solidaridad 10, quai de Richemont 35000 RENNES - FRANCE), me enteré de las malas condiciones de trabajo así como la represión sindical en las plantaciones que producen para Noboa.

Le ruego con insistencia acepte negociaciones con el sindicato de las plantaciones para que la situación de los obreros se mejore.

Me quedaré vigilante en cuanto a la evolución de la situación.

Atentamente

(signature)

TRADUCTION

Monsieur le Président,

J’ai été informé(e) par Réseau Solidarité (...) des mauvaises conditions de travail et de la répression syndicales dans les plantations produisant pour Noboa.

Je vous prie instamment d’accepter les négociations avec le syndicat des plantations pour que la situation des travailleurs s’améliore.

Je resterai vigilant(e) quant à l’évolution de la situation.

Je vous prie ...

(signature)

Appel réalisé en lien avec :

Coalition for Labor Rights (Etat-Unis)

Banana Link (Europe)


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