APPEL N° 245 MARS 2002
Le gouvernement équatorien a accepté en juillet 2001 le projet de construction d’un oléoduc, dans une région très fragile sur le plan écologique et qui connaît déjà une exploitation pétrolière intense depuis de nombreuses années. L’OCP, Oleoductos Crusado Productos, défendu par un consortium de compagnies pétrolières étrangères, doit traverser le pays d’est en ouest. Les communautés locales, soutenues par des étudiants, des scientifiques et environnementalistes équatoriens, ont organisé de nombreuses manifestations. La dernière a été très sévèrement réprimée. Les organisations équatoriennes font appel à la solidarité internationale pour faire pression sur les financeurs de l’oléoduc et arrêter ainsi la construction de l’OCP, qui met en danger les populations locales, accroit les inégalités et menace les écosystèmes, entraînant à long terme la destruction des parcs nationaux et forêts vierges d’Équateur.
Quatre morts dont deux enfants, plus de 300 blessés dont plusieurs par balles. Tel est le résultat de la répression de l’armée Équatorienne contre les manifestations organisées dans les provinces de Orellana et Sucumblos, dans le nord de l’Équateur, à la frontière de la Colombie.
Au début du mois de janvier 2002, des habitants de la région, des étudiants et des défenseurs de l’environnement lancent un très vaste mouvement de protestation, occupant l’aéroport et plusieurs sites pétroliers dont le chantier de construction de l’oléoduc OCP en plein cœur des montagnes de la Réserve de Mindo. Certains installent des plates-formes en haut des arbres, d’autres s’enchaînent, espérant ainsi empêcher les machines d’entrer plus avant dans la Réserve pour poursuivre la mise en place de l’oléoduc.
Fin janvier, à la demande du représentant du consortium de compagnies pétrolières, le gouvernement équatorien mobilise l‘armée. Il décrète l’état d’urgence le 22 février dans la province de Sucumbios et le 23 dans celle de Orellana. Les deux capitales régionales Nueva Loja et Coca se retrouvent sous occupation militaire, des journalistes sont arrêtés, des radios interdites, un mandat d’arrêt est lancé à l’encontre de Madame le Maire de Coca.
La population délaissée
En février 2001, de nombreuses manifestations avaient déjà eu lieu pour exiger des compensations pour les dommages subis par les habitants à cause de l’exploitation pétrolière dans la région. Le gouvernement avait alors promis de réagir dans les trois mois, mais rien n‘a été fait. Pourtant, en 20 ans, l’exploitation pétrolière a représenté un chiffre d’affaires de 60.000 millions de dollars dans la région alors que celle-ci reste sous-équipée et que la pauvreté touche une part très importante de la population.
La crise du café est venue accroître encore les difficultés des paysans. Son cours mondial s’est effondré, mais aucun appui n’est apporté à ces producteurs qui sont de plus en plus tentés par la production de la coca. Proximité de la Colombie oblige, ils sont démarchés par la mafia pour cultiver une plante qui peut leur rapporter 6 fois plus.
Projet faramineux
Le projet de nouvel oléoduc a mis le feu aux poudres. Après avoir reporté ce projet pendant 10 ans pour des raisons liées à l’instabilité politique et économique de l’Équateur, le président Gustavo Noboa a donné le feu vert au consortium de compagnies pétrolières pour commencer la construction de l’OCP (Oleoducto Crusados Productos). Les 7 multinationales(1) impliquées dans ce projet dont le coût faramineux s’élève à 1,1 milliard de dollars ont besoin d’argent. C’est la plus grande banque publique allemande, la Westdeutsche Landesbank qui apporte l‘essentiel des ressources financières(2).
Long de 500 km, l’oléoduc devrait être opérationnel en 2003. Il sera utilisé pour le transport d‘un pétrole lourd et brut (non raffiné) destiné en grande partie au marché américain et dont la majorité proviendra du Yasuni National Park, dernier gisement à ne pas avoir été exploité par l’industrie pétrolifère.
Route de la destruction
La construction de l’oléoduc a été approuvée par le gouvernement sans aucune étude d’impact sur l’environnement, contrairement ce qu’exige la loi équatorienne. Ce n’est qu’une fois le projet adopté qu’une société a été chargée de procéder à l’évaluation de ses conséquences sur le plan écologique. Le délai imparti de 2 mois pour réaliser l’étude est ridiculement court au regard des zones concernées, de leurs fragiles et précieux écosystèmes et des dizaines de communautés pouvant en être affectées.
Le projet prévoit que la route de l’OCP traverse 11 sites protégés, notamment la réserve de Mindo, l’une des trois zone au monde où existe la plus grande diversité biologique et où vivent 450 espèces d‘oiseaux.
De plus, afin de rentabiliser ce projet, l’Équateur devra doubler sa production de pétrole et subir un véritable " boom pétrolier ", ce qui implique que de nouvelles infrastructures soient installées dans des zones de l’Amazonie jusquà maintenant " protégées " et qui abritent notamment, les territoires ancestraux des peuples Achuar, Shuar, Huaorani, Quichua et Zapara.
Les risques de pollution et de contamination de l’eau, de l’air et des sols sont réels.
Les populations locales, qui n’ont pas été consultées comme l’impose la loi, seront les premières victimes de la fragilisation des écosystèmes. Les conséquences sanitaires et médicales peuvent être graves à proximité des raffineries.
Mobilisations
La controverse autour du projet OCP a réuni en un front commun propriétaires terriens, paysans, autorités locales, groupes de défenseurs de l’environnement, scientifiques, organisations indigènes et opérateurs d’éco-tourisme. Ils s‘opposent à la poursuite de la construction de l‘oléoduc et appellent à mettre fin à 30 années de politique pétrolière désastreuse pour le pays.
Ce front commun réclame également l’ouverture de négociations pour l’indemnisation des populations et la protection de l’environnement.
De nombreuses organisations soutiennent son action et Réseau-Solidarité se joint aujourd’hui à elles pour faire pression sur le financeur dont le rôle est essentiel à la réussite de ce projet.
1. Principalement la compagnie canadienne Alberta Energy et la compagnie américaine US’s Occidental Petroleum. Mais aussi les compagnies Kerr McGee (USA), AGIP (Italie), Perez Company (Argentine), Repsol-YPF (Espagne) et Techint (Argentine).
2. 900 millions de dollars soit près de 90% du coût total du projet.
Les principales organisations mobilisées contre l’OCP
Accion Ecologica, Accion por la Vida, Les Amis de la Terre, Amazon Watch, Oil Watch, Green Peace Allemagne, Bird Life, France Amérique Latine, Solidaridad Ecuador...
ECRIVEZ !
Westdeutsche LandesBank
Mr Friedel Neuber - Chief Executive Officer
Herzog Strass 15
40217 Duesseldorf - GERMANY
Fax : 00 49 211 8266121
Texte proposé (nous vous suggérons ce texte à titre indicatif, vous pouvez l‘adapter à votre propre style)
Sir,
Through Réseau Solidarité (10 quai de Richemont 35000 RENNES - France) I have been informed that your bank gives financial support to the OCP oil project which is currently led by a seven multinationals consortium in Ecuador.
This project put in danger easily damaged ecosystems, hundreds of villages and could provoke the irreversible destruction of National Parks and virgin forests.
I urgently and earnestly request you to consider the lack of serious studies on the effects of that project and consenquently, to put an end to the financing of OCP.
Yours sincerely
(signature)
TRADUCTION
Monsieur,
Par Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES - FRANCE) j’ai été informé(e) du soutien financier que votre Banque apporte au projet pétrolier OCP mené actuellement en Équateur par un consortium de 7 multinationales.
Ce projet met en danger des écosystèmes fragiles, des centaines de communautés et pourrait causer la destruction irréversible des parcs nationaux et des forêts vierges du pays.
Je vous demande de prendre en compte l’absence d’études d’impact sérieuses sur les effets de ce projet et par conséquent de mettre fin au financement du projet de l’OCP.
Je vous prie
(signature)
POUR PLUS D’INFORMATIONS SUR LE PROJET OCP
www.amazonwatch.org
www.foei.org
www.solidaridadecuador.org