APPEL N° 242 DECEMBRE 2001
L’orange amère, un produit indispensable à la fabrication du Grand-Marnier et du Cointreau, est produite en Haïti. Un pays qui ne parvient pas à sortir du cercle infernal de la violence et de la corruption. Le retour au pouvoir du " Président Aristide " n’a pas apaisé les tensions, loin de là. Assassinats, disparitions de journalistes, insécurité permanente ont été maintes fois dénoncés dans les rapports des organisations de défense des droits de l’Homme. Dans ce contexte très difficile, grâce à l’acharnement de Batay Ouvriyé, des syndicats continuent à se créer, notamment dans les plantations d’oranges, et à réclamer l’application d’un code du travail datant du dictateur Duvalier. En 1999, une action lancée auprès de la société Grand-Marnier avait trouvé une issue positive. En 2000 une autre action auprès de la société Rémy-Cointreau n’a pu aboutir. Un an après, Réseau-Solidarité se mobilise à nouveau.
Nonce et Daniel Zéphir sont deux dirigeants d’entreprises incontournables dans la région du Cap Haïtien. Outre leurs activités d’exportation de café et cacao, ils possèdent ou administrent plusieurs plantations d’oranges amères. Ils ont la réputation d’être des patrons intransigeants et fort peu ouverts au dialogue social ...
Au cours de l’année 1999-2000 après plusieurs mois de négociations et de campagnes internationales(1), le syndicat des ouvriers de la plantation appartenant à Marnier-Lapostolle parvient cependant à négocier une amélioration des conditions de travail.
Un conflit très dur
En novembre 2000, informés de ce progrès, les ouvrières et ouvriers de la compagnie voisine Guacimal SA(2) décident eux aussi de s’organiser en syndicat. Ils sont plus de quatre cents, dont 35 à l’usine de Madeline. Ces derniers extraient l’huile essentielle des oranges amères cueillies dans la plantation de Saint Raphaël, l’autre site de la société. Les ouvrières et ouvriers de Madeline sont les premiers à s’organiser en syndicat et à élaborer un cahier de revendications en tous points semblable à celui de la plantation Grand-Marnier. Des mouvements de grève sont lancés à l’usine et dans la plantation.
Les frères Zéphir réagissent immédiatement. Après plusieurs mois de blocage, ils avaient été obligés de négocier avec ceux de la plantation Marnier-Lapostolle comme le leur ordonnait la direction parisienne de la société. Ils entendent bien ne pas devoir en arriver là à Guacimal, et ils engagent l’épreuve de force.
Le syndicat est donc confronté à de multiples tracasseries administratives. Il doit s’y reprendre à plusieurs fois pour obtenir son récépissé de déclaration. Tout porte alors à croire que les patrons de Guacimal S.A. font jouer leurs relations à Port au Prince pour empêcher ainsi toute ouverture de négociation. A la plantation comme à l’usine, les responsables syndicaux sont l’objet de multiples menaces et agressions physiques. Les notables locaux prennent partie pour les frères Zéphir et se rendent à plusieurs reprises sur le site pour intervenir dans le conflit. Enfin, la direction de l’entreprise tente également d’opposer ceux de la plantation et ceux de l’usine pour diviser les ouvriers.
Les campagnes internationales
Dès octobre 2000, Réseau-Solidarité lance un appel(3) en faveur du syndicat des ouvriers de Guacimal S.A. La direction de Rémy-Cointreau, cible de l’appel, répond à toutes les personnes qui l’ont contactée. Elle souligne qu’elle " n’est pas propriétaire de terre ni d’installation de production ", elle annonce l’ouverture de négociations sur place et elle rappelle que " partout dans le monde où le groupe Rémy-Cointreau opère directement ou indirectement, nous avons à cœur de respecter les principes humanitaires fondamentaux. Nous souhaitons aussi nous conformer à la législation et aux normes sociales en vigueur dans chaque contexte local ".
Les résultats sont pourtant bien maigres : à la plantation rien n’avance. A l’usine, quelques maigres résultats sont obtenus (faible ajustement salarial et installation d’une latrine).
Au début de l’année 2001, d’autres organisations européennes se préoccupent de la situation. L’ONG anglaise War on Want en mission au mois de mars est témoin de la répression subie par le syndicat.
En juillet 2001, les syndicats de l’usine et de la plantation écrivent à Rémy-Cointreau. Ils répondent point par point à un dossier diffusé par la société sur le conflit. Sur place la répression s’intensifie encore. A la suite de provocations physiques, des responsables syndicaux sont emprisonnés, inculpés, puis relaxés, faute de la moindre preuve.
Une recherche de solution
Au mois de novembre 2001, des agents de sécurité de Guacimal SA et d’autres personnes armées, se réclamant de M. Zéphir, font irruption dans une réunion syndicale et lancent des menaces de mort envers les membres présents. Ils annoncent qu’ils ne tolèreront plus la présence des membres de l’intersyndicale affiliée à Batay Ouvriyé.
Dans le même temps, en France, une représentante de Batay Ouvriyé, obtient un rendez-vous auprès de la direction internationale de Rémy-Cointreau. Yannick Etienne a répondu à l’invitation de Réseau-Solidarité pour participer à son Forum des 20 ans. Elle se rend donc au rendez-vous, le 26 novembre 2001, en compagnie de représentants du Réseau et du Collectif Haïti.
Yannick Etienne fait valoir que les informations diffusées par la société Rémy-Cointreau sont erronées et que les patrons de la société Guacimal continuent à refuser toute négociation. Elle souligne qu’un engagement de la société Rémy-Cointreau à l’appui au développement de la zone environnante à la plantation (infrastructures, école, alphabétisation, dispensaire) est indispensable. Elle suggère enfin que Rémy-Cointreau envoie un représentant sur place pour initier un processus de négociation et qu’une délégation formée de représentants syndicaux de Rémy-Cointreau et d’organisations de solidarité internationale puissent contribuer à cette médiation.
M. Charriaud, représentant de Rémy-Cointreau répond alors essentiellement sur les deux premiers points, soulignant que sa société n’est qu’un client de Guacimal. Il ajoute que Rémy-Cointreau a signifié à M. Zéphir, dans une rencontre récente, que Rémy-Cointreau était en faveur d’un dialogue social en vue de trouver une solution heureuse au conflit. Il s’engage à faire part des suggestions de Yannick Etienne à ses supérieurs.
Un mois après cette rencontre, rien n’a changé. Il ne reste que quelques semaines avant la reprise de la cueillette dans la plantation. Il est donc très urgent que des mesures soient prises pour que des négociations puissent s’ouvrir et aboutir rapidement. C’est la raison de ce nouvel appel à la société Rémy-Cointreau
1. Appel 210 : Oranges amères du 9 septembre 1999
2. A la différence de la plantation Manier-Lapostolle, celle de Guacimal est un société anonyme, dirigée par les frères Zéphir. 30 % de sa production est destinée à la fabrication du Cointreau. Rémy-Cointreau y est actionnaire minoritaire.
3. Appel 228 Haïti : Cointreau amer du 23 octobre 2000
Ecrivez !
Mme Dominique Hériard Dubreuil
Présidente
Société Rémy-Cointreau
152, avenue des Champs-Elysées
75008 PARIS
Email : info@remy-cointreau.com
TEXTE PROPOSE (nous vous suggérons ce texte à titre indicatif, vous pouvez l‘adapter à votre propre style)
Madame la Présidente,
Votre société se procure l’un des produits essentiels à la fabrication de sa liqueur dans les plantations d’oranges amères, en Haïti.
Vous connaissez les difficultés rencontrées par le syndicat des ouvriers de Guacimal pour parvenir à négocier l’amélioration des salaires et des conditions de travail avec leur direction.
Suite à un précédent appel de Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES) vous aviez souligné votre souci permanent de respecter les principes humanitaires fondamentaux.
Le 26 novembre 2001, une représentante de l’organisation Batay Ouvriyé a rencontré un représentant de votre société, lui a rappelé la situation et lui a fait une série de suggestions. Notamment que Rémy-Cointreau envoie un représentant sur place pour initier un processus de négociation et qu’une délégation formée de représentants syndicaux de Rémy-Cointreau et d’organisations de solidarité internationale puissent contribuer à cette médiation.
Aujourd’hui, la situation au sein de Guacimal a encore empiré, alors que nous sommes à quelques semaines de la reprise de la cueillette.
Je ne doute pas que vous aurez à cœur de répondre aux propositions de Batay Ouvriyé et d’intervenir rapidement et efficacement pour que le dialogue social en Haïti soit digne de la réputation de votre entreprise.
Comptant sur votre compréhension, je vous prie de croire, Madame la Présidente, en l’expression de ma considération distinguée.
(signature)
Vous pouvez également écrire directement aux frères Zéphir
Messieurs Nonce et Daniel Zéphir
BP 53
CAP HAITIEN
HAITI
Enfin, vous pouvez transmettre vos courriers aux frères Zéphir ou vos messages de solidarité aux syndicats de Guacimal par le biais de l’adresse e-mail ouverte spécialement à cet effet par Batay Ouvriyé
Email : cointreaucampaign@yahoo.fr
Pour en suivre la situation dans les plantations :
www.ifrance.com/syndicats-bo-haiti