APPEL N° 239 SEPTEMBRE 2001
Au Pérou, la Banque Mondiale s’apprête à investir dans des projets de mines à ciel ouvert. Des investissements qui vont à l’encontre de l’intérêt des populations installées sur les sites concernés. Les péruviens connaissent déjà les effets néfastes de telles infrastructures. Pour les habitants de Tambogrande, l’un des principaux sites retenus pour son or et son cuivre, la mine n’est pas la bienvenue. D’autant plus que la Banque Mondiale a réalisé, il y a quarante ans, des investissements pour l’irrigation agricole qu’il conviendrait aujourd’hui de compléter. Le choix actuel de la Banque Mondiale n’est donc pas le bon. Les décisions doivent se prendre dans les mois qui viennent et le Front de défense qui s’est constitué à Tambogrande fait appel à la solidarité internationale pour faire pression sur les décideurs.
Le potentiel des mines de Tambograde, dans le département de Piura, est connu depuis longtemps. Cette connaissance se précise, dans les années quatre-vingts, quand le B.R.G.M.(1)procède à plusieurs sondages dans la zone urbaine de Tambogrande et sa périphérie. L’étude conclut à la présence de nombreux minerais de cuivre, de zinc, de plomb et d’argent. L’alerte est suffisamment grave alors pour que la population commence à se mobiliser face à l’installation éventuelle d’une mine.
La société canadienne Manhattan Sechura Mining qui a obtenu du Pérou une concession de trois ans pour procéder à une série de sondages exploratoires, affiner l’étude de faisabilité et évaluer la rentabilité d’une mine d’or et de cuivre. Cette concession vient d’être prolongée d’une année.
Situation tendue
Avant l’arrivée de la société Manhattan, la population s’était déjà organisée au sein du Front de Défense de la Vallée de San Lorenzo et de Tambogrande afin d’empêcher l’installation d’une mine et poursuivre les efforts de développement agricole entamés depuis de nombreuses années. C’est ce Front qui est à l’origine des manifestations contre l’installation de la mine : rassemblements, marche vers Lima des représentants de tous les sites menacés dans le pays, pétition auprès de la Banque Mondiale. En février 2001 , 10.000 personnes occupent la route qui mène au site. 28.000 des 37.000 électeurs de la région se prononcent par écrit en défaveur du projet.
L’archevêque de Piura demande à la société Manhattan d’abandonner son projet.
A plusieurs reprises, en janvier et février 2001, des rassemblements pacifiques font l’objet de provocations violentes. L’un des principaux opposants au projet, l’ingénieur agronome Godofredo Garcia Baca est assassiné chez lui le 31 mars 2001. Malgré l’importance des manifestations, les autorités refusent d’écouter les arguments des opposants et de débattre avec eux des choix de développement économique pour le pays.
L’enjeu est évidemment très important. Si Manhattan parvient à ouvrir sa mine, 8.000 personnes risquent d’être déplacées. Le trou béant qui en résulterait, puisqu’il s’agi- rait d’une mine à ciel ouvert, couvrirait la surface d’une ville de 14.000 habitants. L’exploitation de l’or nécessiterait l’utilisation de quantités énormes d’eau et l’emploi de produits chimiques comme le cyanure. La quantité de déchets toxiques qui en résulterait serait très importante. Les études d’impact réalisées par la société minière canadienne sont aujourd’hui vivement contestées par des experts internationaux qui connaissent trop bien les effets dévastateurs des mines à ciel ouvert et de l’utilisation du cyanure.
Trop de mines au Pérou
Au Pérou, beaucoup de mines sont déjà en exploitation. Celle de Yanacocha est la deuxième plus grande mine d’or au monde et la première en Amérique Latine Elle utilise le cyanure pour extraire l’or et a déjà provoqué des déplacements de villages, la pollution des eaux, la dérivation des cours d’eau, la perte de terrains agricoles et, au final, l’émigration forcée vers la ville de Cajamarca. L’extension de Yanacocha, qui concerne 100.000 personnes, viendrait encore aggraver la situation. Les conséquences actuelles de son exploitation montrent déjà clairement ce qui risque d’arriver à Tambogrande.
Un autre projet, à Quellaveco, prévoit, lui, de détourner la rivière Asana loin des lieux actuellement habités et de transformer la mine en lac. Cela aurait des conséquences très graves pour l’alimentation en eau de tous les villages environnants mais aussi pour tout le territoire situé en aval. En outre, l’exploitation des nappes phréatiques par la mine hypothèquerait tout développement agricole de la région dans le futur.
Situation grave pour Tambogrande
Mais c’est le cas de Tambogrande qui est le plus grave et le plus symbolique. En effet, dans les années cinquante, la Banque Mondiale y avait financé l’agrandissement d’un barrage pour le développement de l’agriculture locale. L’ouverture de la mine risque de réduire à néant des efforts de développement impulsés de longue date. Le Front de Défense de la Vallée de San Lorenzo et de Tambogrande est d’accord pour que de nouveaux investissements soient réalisés dans la région, mais il revendique qu’ils soient cohérents avec les choix qui ont été faits précédemment. Les habitants de Tambogrande et le Front de défense au sein duquel ils sont organisés n’ignorent pas les retombées négatives pour les populations installées sur les sites déjà exploités.
A Tambogrande, les investissements devraient plutôt se poursuivre dans le domaine agricole et l’irrigation. C’est le message principal que le Front et les organisations qui le soutiennent veulent faire comprendre à la Banque Mondiale pour un développement cohérent et une continuité des décisions. Réseau-Solidarité s’est engagé à y contribuer.
1. BRGM : Bureau de Recherches Géologiques et Minières. Établissement public français intervenant pour le compte de l’État dans le domaine de la gestion des ressources du sol et du sous-sol.
Cet appel est lancé en lien avec
Les Amis de la Terre
2B, rue Jules Ferry
93100 MONTREUIL
’ 01 48 51 32 22
7 01 48 51 95 12
www.amisdelaterre.org
Des appels similaires sont lancés actuellement en Grande Bretagne, aux Pays-Bas et aux USA.
Écrire à
M. Pierre DUQUESNE
Administrateur
BANQUE MONDIALE
IMF Building Room 13-118
700 19th Street NW
Washington DC 20431 USA
pduquesne@worldbank.org
TEXTE PROPOSE (nous vous suggérons ce texte à titre indicatif, vous pouvez l’adapter à votre propre style)
Monsieur,
Par Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES - France) j’ai été informé(e) des projets de mines au Pérou qui sont en contradiction avec le rôle de lutte contre la pauvreté de la Banque Mondiale.
Les sociétés minières, particulièrement à Tambogrande, ne prennent pas leurs responsabilités sociales et environnementales.
Je vous demande instamment, en tant que représentant de la France à la Banque Mondiale, de vous assurer que les ressources financières de la coopération multilatérale seront investies dans d’autres secteurs comme par exemple l’agriculture.
(signature)