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Accueil » Appels Urgents » Historique des Appels » 237 - BRESIL - MILITAIRES TOUJOURS IMPUNIS

237 - BRESIL - MILITAIRES TOUJOURS IMPUNIS

APPEL N° 237 JUILLET 2001

Avril 1996, à Eldorado dos Carajas, dans l’État du Pará, la gendarmerie brésilienne tire sur une manifestation paysanne du Mouvement des Sans Terre. Bilan : 19 morts dont un enfant de 3 ans. Août 1999, à Belém, se tient le procès des trois officiers qui commandaient l’opération de la Police Militaire. Bilan : acquittement pour les trois inculpés. C’est la stupeur pour les familles des victimes, le Mouvement des Sans Terre et les organisations de Défense des Droits de l’Homme. Le scandale est tel que les autorités politiques fédérales du Brésil se prononcent pour l’annulation du procès. Une très longue bataille juridique s’engage. D’abord fixé au 28 mai, puis au 18 juin, le jugement est reporté à une date ultérieure non encore déterminée. Le Mouvement des Sans Terre et les organisations de défense des droits se mobilisent fortement pour que justice soit rendue.

Le 17 avril 1996, à Eldorado de Carajas, 1500 paysans sans terre entament une marche de 700 kilomètres vers Belém. Depuis le début de l’année, ils campent aux abords d’une propriété en friche que l’I.N.C.R.A. (Agence fédérale chargée de la réforme agraire) doit réquisitionner. Lassés d’attendre en vain la réponse de l’I.N.C.R.A., les paysans décident d’aller manifester leur mécontentement à Belém. Le gouverneur du Pará envoie aussitôt sur place un détachement de la Police Militaire. Une altercation éclate avec les manifestants. Brutalement, les policiers balaient la colonne d’un tir de mitrailleuse. On compte 19 morts et 60 blessés.

Première bataille juridique

C’est à Marabá que résident et sont en service la majorité des 154 policiers accusés. Estimant que les conditions d’un procès équitable ne peuvent être réunies dans cette ville, le ministère public demande son transfert devant la cour d’assise de Belém. Le Mouvement des Sans-Terre (MST) et les organisations paysannes brésiliennes en appellent à une campagne internationale pour soutenir cette demande. Réseau-Solidarité y participe (Appel n°198 - Décembre 1998).

Grâce au recours devant le Tribunal Fédéral Suprême le jugement a lieu à Belèm où, pense-t-on, l’affaire sera jugée avec plus de sérénité. Mais au mois d’août 1999, quand s’ouvre enfin le procès, le pouvoir judiciaire de l’État de Pará montre au monde entier son véritable visage, tant de fois dénoncé : les trois officiers qui commandaient l’opération de la police à Eldorado dos Carajas le 17 avril 1996, sont acquittés par le jury de Belém le 20 août 1999.

Les réactions face à l’acquittement

Le Ministère Public, en la personne du Procureur Marco Aurélio Nascimento, reste cependant digne et courageux. Il décide, avec les avocats de l’accusation, de ne pas siéger dans les autres jurys des policiers militaires impliqués dans le massacre d’Eldorado jusqu’à ce qu’il soit statué sur le recours en annulation de ce premier jugement et il soulève l’objection de suspicion contre le juge Ronaldo Vale. Il reçoit d’ailleurs l’appui total du Ministère Public de l’État.

Le Président de la République, M. Fernando Henrique Cardoso, et le Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, M. José Grégori, manifestent également leur préoccupation au sujet de ce jugement et de l’impunité.

Une campagne dans tout le Brésil et au-delà de ses frontières s’engage alors pour obtenir l’annulation du jugement honteux et dangeureux. Réseau-Solidarité y participe à nouveau (Appel 211 - septembre 1999). L’annulation est accordée, un nouveau procès peut donc avoir lieu.

Stratégie judiciaire

Le MST tire rapidement les leçons du premier procès du massacre de Carajas. Pour l’organisation paysanne, il faut à tout prix éviter que les grands propriétaires puissent exercer leurs pressions sur les juges des États du Brésil, et notamment celui de Pará. Le MST demande donc au Sénat et au Congrès National du Brésil d’approuver une nouvelle loi qui transfère toute compétence des crimes contre les Droits de l’Homme à la Justice Fédérale, afin " qu’il y ait une plus grande impartialité lors du traitement des procès qui impliquent de grave violations de la personne humaine ".

Cette démarche est sur le point d’aboutir quand, soudain, les événements judiciaires s’accélèrent bizarrement. La juge Eva do Amaral Coêlho à qui a été confié le dossier est loin d’avoir fait preuve dans le passé de son indépendance vis à vis des grands propriétaires. Prenant le MST de vitesse, elle convoque d’abord le tribunal pour le 28 mai 2001, puis le 18 juin 2001. La juge fait en outre retirer du dossier du procès le résultat de l’expertise réalisée par les spécialistes de l’Unicamp (Université de Campinas, État de São Paulo). Cette expertise, faite à partir d’un film du massacre, montre très clairement qu’au moment des faits, c’est la Police Militaire qui a ouvert le feu, alors que les experts de la Police affirment le contraire.

Devant la mobilisation du MST et de la société civile, la juge est contrainte de faire marche arrière, mais elle décide d’ordonner une contre-expertise, ce qui va prendre du temps. Le procès est donc renvoyé à une date ultérieure.

Face à la pression qu’exercent les grands propriétaires sur la juge Eva do Amaral Coêlho, il faut rappeler l’attention que portent les organisations de défense des droits à ce que la justice s’exerce en toute indépendance. Réseau-Solidarité qui a suivi cette affaire depuis son origine, continue de se mobiliser afin que les responsables du crime de Carajas soient enfin jugés.

" Caros Amigos Especial "

Pour préparer la mobilisation sur le deuxième procès de Carajas, le comité de rédaction d’Info Terra et Frères des Hommes France publient en français un numéro " Hors-série " de la revue brésilienne Caros Amigos. Cette revue fait un récit quasi exhaustif du déroulement du massacre et permet d’en cerner les enjeux judiciaires. Elle apporte des éléments précis sur le premier procès qui avait abouti à l’acquittement des responsables du massacre. A noter particulièrement : une longue interview du Père Henri Burin des Roziers, conseiller juridique du MST

Ecrivez !

Exma. Sra.

Dra. Eva Coelho do Amaral

Juiza da Vara Criminal

Presidência do Tribunal de Justiça do Pará

Praça Felipe Petroni, s/n

66015-080 Belém PA

Fax : 00 55 91 2182454 ou 00 55 91 2412970

TEXTE PROPOSE (nous vous suggérons ce texte à titre indicatif ; vous pouvez l’adapter à votre propre style)

Senhora Juíza,

Informado pelo Réseau-Solidarité (10, quai de Richemont 35000 RENNES - France) manifesto minha preocupação. Acompanhei os últimos acontecimentos relativos ao julgamento dos responsáveis do massacre de Eldorado dos Carajás e lamento a suspensão da sessão de júri prevista pelo dia 18 de junho p.p.

Espero que a nova data será marcada rapidamente e que, sob a presidência da Senhora, este julgamento se realizará de maneira imparcial.

O mundo inteiro está acompanhando este acontecimento histórico e espera que os responsáveis do massacre serão julgados de maneira exemplar.

Atenciosamente

(signature)

TRADUCTION

Madame la Juge,

La suspension du jugement du massacre d’Eldorado dos Carajás, prévu pour le 18 juin dernier et reporté à une date indéterminée, me préoccupe beaucoup.

J’espére que la nouvelle date de la session de jury sera fixée très rapidement et que, sous votre présidence, ce jugement se réalisera de manière impartiale.

Le monde entier a les yeux fixés sur cet évènement historique et espère que les responsables du massacre des 19 paysans seront jugés de manière exemplaire..

Respectueusement


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