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269 - PHILIPPINES - DIALOGUE EN PANNE CHEZ TOYOTAAPPEL N° 269 4 MARS - 15 MAI 2004 Le groupe mondial Toyota Motor Corporation (TMC) se targue publiquement d’être "considéré comme le constructeur le plus admiré (sic) au monde"(1). Une "admiration" qui n’est vraisemblablement pas partagée par les ouvriers qui s’échinent dans les usines de la multinationale, en particulier aux Philippines. Dans ce pays, la Toyota Motor Corporation Philippines (TMPC) refuse depuis quatre ans de reconnaître l’existence d’un syndicat indépendant : le TMPC Workers’ Association (TMPCWA). Non seulement elle multiplie les manœuvres pour faire entrave au droit d’association et de négociation collective, mais elle réprime en outre les syndicalistes dont 227 ont été licenciés illégalement. Néanmoins la contestation commence à porter ses fruits. La Cour suprême des Philippines, puis le Comité pour la liberté syndicale de l’Organisation Internationale du Travail, viennent de prendre des résolutions favorables aux ouvriers. Toyota se refusant toujours à respecter les droits de l’Homme aux Philippines, la pression de l’opinion internationale doit s’accentuer pour obtenir un changement de position. "Nous, ouvriers philippins de Toyota, avons le droit de vivre humainement comme les autres" : c’est en ces termes qu’Ed Cubelo, président du syndicat TMPCWA, concluait sa lettre au directeur général de l’OIT le 10 octobre dernier. Pourquoi les ouvriers philippins doivent-ils faire appel à la mobilisation internationale pour rappeler des vérités aussi élémentaires ? Parce que la Toyota Motor Corporation Philippine bafoue les droits de ses salariés et particulièrement celui qui conditionne nombre d’entre eux : la liberté d’association et de négociation collective. Enregistré en 1999 au Ministère du travail philippin, le syndicat indépendant TMPCWA se heurte d’emblée à l’existence d’un syndicat "maison" (contrôlé par la direction) et à l’intransigeance de la direction. Celle-ci refuse d’organiser les élections prévues par la procédure légale puis, quand le vote a enfin lieu en mars 2000, elle en conteste les résultats (favorables au TMPCWA), refuse l’ouverture de négociations et lance divers recours administratifs contre l’organisation ouvrière. Sous la pression de l’entreprise, le Ministère du travail reste passif et tergiverse. Lorsqu’il organise une nouvelle réunion de "clarification" les 21, 22 et 23 février 2001, les ouvriers organisent un rassemblement pacifique de protestation. Le 16 mars 2001, les autorités philippines finissent par réaffirmer la légitimité du TMPCWA. Le même jour, 227 dirigeants et membres de l’organisation (qui avaient participé aux manifestations du mois précédent) sont brutalement licenciés et 64 sont suspendus. Revirement des autorités et harcèlement des syndicalistes Le gouvernement philippin va alors prendre une série de décisions favorables à Toyota parce que cette dernière, ainsi que d’autres firmes japonaises installées aux Philippines, menacent de quitter le pays. Pour protester contre les licenciements et soutenir leurs collègues privés de ressources, les ouvriers organisent un piquet de grève devant les deux sites de production de Toyota. Mais l’entreprise obtient l’intervention de la police qui, agissant de concert avec des vigiles privés, disperse violemment les manifestants. Dans les jours qui suivent, le Ministère du travail ordonne la reprise du travail. Puis la Commission nationale des relations du travail légitime les licenciements abusifs en déclarant les rassemblements de février 2001 illégaux. La direction en profite pour enfoncer le clou en attaquant en justice 23 responsables syndicaux, les accusant de brutalité à l’encontre des ouvriers qui voulaient briser la grève. Solidarités internationales Par le biais de réseaux religieux(2) investis aux côtés des ouvriers, les travailleurs philippins prennent contact avec des syndicats japonais qui se solidarisent avec leur cause. Ils lancent ensemble la "Protest Toyota Campaign" et la lutte s’internationalise. Des rencontres ont lieu entre les ouvriers des deux pays, des manifestations concertées sont organisées et les salariés japonais soutiennent les coopératives créées par les ouvriers licenciés pour subvenir à leurs besoins. Avec l’appui de ce réseau, le TMPCWA dépose en février 2003 une plainte devant le Comité de la liberté syndicale de l’OIT. Fin 2003, celui-ci émet des recommandations favorables au syndicat, mais la procédure n’est pas terminée (cf. ci-contre). Dans le même temps, la Cour suprême des Philippines donne finalement gain de cause au syndicat dans la longue bataille judiciaire l’opposant à la compagnie au sujet du caractère légal des grèves de 2001. Malgré ces nouveaux éléments, Toyota refuse toujours catégoriquement de changer de position et d’entamer un dialogue. Il est donc temps d’élargir la campagne de protestation à d’autres horizons pour infléchir cette position. Des contacts ont déjà été pris en Allemagne et en Grande-Bretagne. La France accueille à Valenciennes l’une des cinq usines européennes de Toyota, une implantation stratégique pour la marque dans son ensemble. Profitons de cette présence pour interpeller les responsables internationaux de la firme sur la situation aux Philippines et la nécessité de respecter les droits de l’Homme au travail dans ses usines. (1) "A propos de Toyota", Site Internet de Toyota : www.toyota.fr (2) Notamment des membres de l’Action Catholique Ouvrière (ACO) au Japon POUR EN SAVOIR PLUS : Le Comité de la liberté syndicale de l’OIT : Le comité étudie les plaintes déposées auprès de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) concernant la liberté syndicale. Son fonctionnement est tripartite : les organisations d’employeurs et de travailleurs y siègent avec les gouvernements. Les rapports et recommandations du Comité doivent être approuvées par le Conseil d’administration de l’OIT : c’est à ce stade intermédiaire que se situe la procédure entamée par le TMPCWA. Malheureusement, même une fois validées, les recommandations ne sont pas forcément suivies d’effet car l’OIT ne dispose pas d’un réel pouvoir de coercition. Néanmoins elles constituent une base solide pour faire évoluer les gouvernements et les entreprises concernés. Appel en lien avec : Protest Toyota Campaign / Support Groups for TMPCWA (Japon) COMMENT AGIR ? Délai de réaction : dès réception, mais pour donner plus d’ampleur à la campagne, vous pouvez la diffuser jusqu’au 15 mai 2004. Par lettre : Vous pouvez recopier le modèle ci-dessous ou le télécharger en cliquant ici Texte de la lettre : Monsieur TAKASU Toshiharu Président Toyota Motor Manufacturing France Parc d’activités Vallée Escaut 59264 ONNAING Monsieur, J’ai été alerté par le Réseau-Solidarité (Rennes - France) des atteintes répétées aux droits des travailleurs dans les usines de Toyota aux Philippines. Depuis quatre ans en effet, la direction refuse le dialogue avec le syndicat indépendant "TMPCWA" et multiplie les manœuvres contre l’exercice du droit d’association et de négociation collective. Plus grave encore, elle réprime et harcèle les syndicalistes dont 227 ont été brutalement licenciés suite à une action pacifique de protestation en mars 2001. Récemment, la Cour suprême des Philippines et le Comité de la liberté syndicale de l’Organisation Internationale du Travail ont pris des dispositions favorables au syndicat. J’apporte également mon soutien aux revendications du TMPCWA qui demande notamment à Toyota :
En tant que président de Toyota France, je souhaite que vous transmettiez mes inquiétudes et appuyiez mes demandes auprès des dirigeants de Toyota Motor Corporation International pour qu’ils s’impliquent dans cette situation. Je saisis cette occasion pour rappeler mon attachement au respect universel des droits de l’Homme au travail par les entreprises comme la vôtre. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées. --- |
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