Nouvelles de l’Appel Urgent 338 « Chine: Carrefour le négatif est de retour » du 2 juin 2010
14 octobre 2010
Dans un courrier daté du 14 septembre 2010, et reçu aux alentours du 12 octobre, la direction du développement durable du Groupe Carrefour répond à celles et ceux qui ont participé à la campagne de lettres lancée par Peuples Solidaires le 2 juin 2010, par laquelle nous appelions Carrefour à intervenir auprès de plusieurs de ses fournisseurs chinois de jouets pour mettre un terme aux violations des droits des travailleurs constatées sur place par notre partenaire, l’ONG China Labor Watch (CLW).
Dans une première réponse adressée à Peuples Solidaires en juin dernier, Carrefour niait toute relation commerciale avec trois des quatre usines mises en cause (Nanling Toys, Lanyu Toy et Xinlong Factory). Le géant de la grande distribution prétendait en outre qu’un audit social avait été réalisé dans la quatrième usine (Kiddieland Toys), et que celui-ci n’avait mis en exergue « aucune non-conformité critique » chez ce fournisseur.
Après avoir mené, en réponse à la campagne lancée par Peuples Solidaires, une enquête plus approfondie, Carrefour revient aujourd’hui sur ces conclusions et apporte des précisions supplémentaires :
- Xinlong Factory
La direction du développement durable du Groupe reconnaît finalement que l’usine Xinlong est bien l’un de ses fournisseurs. Ce fournisseur n’avait pas été immédiatement reconnu car il apparaissait sous un autre nom dans les fichiers de Carrefour. D’après Carrefour, des violations à la « Charte » dont le Groupe impose la signature à l’ensemble de ses fournisseurs, avaient déjà été constatées dans cette usine, et une inspection réalisée en 2009 aurait encore relevé plusieurs cas de violations des droits, notamment sur les salaires et les heures supplémentaires imposées aux ouvriers. Xinlong se serait toutefois engagé à y mettre un terme, et Carrefour dit rester vigilante quant à cet engagement.
- Kiddieland Toys
En réaction à notre campagne, Carrefour a réalisé un nouvel audit dans cette usine, lequel a permis de confirmer certaines des violations rapportées par CLW, notamment sur les salaires et les heures de travail des ouvriers. La direction de Kiddieland se serait, à la demande de Carrefour, engagée à régulariser sa situation, et Carrefour promet de réaliser un « suivi scrupuleux » de cet engagement.
- Lanyu Toy Company
Carrefour maintient que Lanyu Toy n’est pas son fournisseur.
En réalité, bien qu’elle ne fournisse en effet pas Carrefour en produits de marque Carrefour, cette usine fabrique des jouets qui sont distribués dans des magasins Carrefour, sous une autre marque (une marque chinoise). Or, Carrefour ne contrôle pro activement les conditions de travail que chez ses fournisseurs de produits de marque Carrefour, et non chez les fournisseurs des marques qu’elle distribue. Pourtant, Carrefour s’engage vis-à-vis de ses consommateurs, à ce que l’ensemble des produits qu’elle distribue (de marque Carrefour, comme d’autres marques) soient fabriqués dans de bonnes conditions sociales, respectueuses notamment des droits fondamentaux des travailleurs. Or, Carrefour ne précise pas dans sa réponse comment (et si) elle compte s’assurer que la marque de jouets chinoise qu’elle distribue dans certains de ses magasins, et qui fait fabriquer ses jouets à Lanyu Toy, intervienne auprès de ce fournisseur.
- Nanling Products
Carrefour maintient que Nanling Products n’est plus fournisseur du Groupe. Nanling Products est en réalité un ancien fournisseur de Carrefour, auprès duquel le Groupe aurait cessé de se fournir en 2008.
Peuples Solidaires se réjouit que cette campagne ait permis à Carrefour d’alerter ses fournisseurs – comme le Groupe le reconnaît lui-même – et l’ait conduit à prendre des mesures pour que soit mis un terme aux violations constatées. Nous regrettons cependant qu’une telle campagne soit nécessaire pour que Carrefour s’aperçoive des violations qui ont cours chez ses fournisseurs. Cela fait déjà plusieurs années que Peuples Solidaires dénonce les lacunes des audits sociaux auxquels les multinationales comme Carrefour ont recours pour contrôler le respect des droits des travailleurs le long de leur chaine d’approvisionnement. Les enquêtes réalisées par des ONG et syndicats locaux indépendants montrent fréquemment que les droits des travailleurs sont violés dans les usines dans les pays du Sud, auprès desquelles se fournissent les multinationales du Nord. Bien qu’il soit important et indispensable pour ces multinationales d’intervenir au cas par cas, lorsque des violations de ce type sont révélées, Peuples Solidaires et ses partenaires au Sud, appellent ces multinationales à changer leurs propres pratiques d’approvisionnement (prix à la commande, délais de production etc.) afin de permettre à leurs fournisseurs d’offrir à leurs ouvriers/ères des conditions de travail décentes. Peuples Solidaires regrette par conséquent que Carrefour n’aborde pas ce problème dans la réponse qu’il nous adresse, et renouvelle son appel à faire évoluer ses pratiques d’approvisionnement.






