Nouvelles de l’Appel urgent N°34 Ter « Le 8 mars : les femmes n’ont pas la banane ! «
Depuis le lancement le 5 mars dernier de l’Appel urgent « Le 8 mars les femmes n’ont pas la banane !« , les signataires ont directement reçu par courriel une lettre de Chiquita mettant en avant leur politique volontaire vis-à-vis des femmes, une réaction prompte que nous saluons et qui ouvre des possibilités de négociation directe avec notre partenaire Colsiba, mais qui ne doit pas voiler les réalités. Explication de texte.
Depuis le 16 mars dernier, Chiquita répond à l’ensemble des personnes qui lui avaient adressé, ainsi qu’à Dole et Del Monte, un message de protestation dans le cadre de l’Appel urgent pour demander de mettre un terme aux politiques et pratiques discriminatoires à l’embauche et sur le lieu de travail vécues par les femmes dans la production de bananes en Amérique latine.
Dans son message de réponse, l’entreprise rappelle ses engagements éthiques, notamment la certification SA8000 et l’accord-cadre signé avec Colsiba (Coordination latino-américaine de travailleurs et travailleuses de la banane et autres produits agro-industriels) ainsi que les mécanismes d’application existant au sein de l’entreprise.
Peuples Solidaires, les partenaires de la campagne du Juste fruit et Colsiba se réjouissent de cette réponse et de l’engagement affiché exprimé par Chiquita en faveur des droits des femmes. Nous saluons la volonté de Chiquita de porter la question des droits des femmes au sein du Forum mondial de la banane et l’invitons donc à rejoindre le groupe de travail Droits au travail dont l’un des principaux chantiers est la question des inégalités de genre.
„Un exercice publicitaire“
Nous regrettons toutefois que cette réponse soit essentiellement axée sur des outils et des mécanismes dont le suivi et l’application restent à améliorer, voire à construire.
Colsiba, à la réception de cette lettre reste en effet ferme „Nous ne souhaitons pas commenter cette lettre car nous connaissons déjà le code de conduite et la norme SA8000 qui ne doivent pas être confondus avec les réalités du vécu des femmes syndicalisées dans les usines d’emballage des différents pays où Chiquita se fournit“. Colsiba remarque que „cette lettre est davantage un exercice publicitaire qu’une réponse aux problèmes concrets et graves qui ont déjà été portés à la connaissance de Chiquita par nos membres“.
Des brèches dans l’application du code de conduite
D’après Colsiba, Chiquita ne recherche pas de solutions durables et effectives à des problèmes spécifiques, prenant pour exemple des cas de harcèlement sexuel au Honduras et au Costa Rica: les deux femmes concernées ont été menacées et harcelées au travail.; au Honduras la personne a même été licenciée, et chaque cas est largement documenté. Les responsables continuent quant à eux à travailler dans l’entreprise, en toute impunité. Ces cas sont la preuve des violations graves du code de conduite de Chiquita et des mécanismes de responsabilité sociale des entreprises mis en avant par l’entreprise dans son courrier de réponse.
Par ailleurs, concernant le recrutement de main d’œuvre féminine, il existe des statistiques basées sur des listes comparatives qui montrent que depuis 2009, 50 postes occupés par des femmes ont été supprimés par Chiquita, et que de nombreuses femmes sont maintenues dans des postes temporaires, donc précaires. De plus, la santé et la sécurité au travail des femmes n’est pas garantie dans de nombreux cas (assistance médicale de mauvaise qualité).
Répondre c’est bien, agir c’est mieux!
Peuples Solidaires, les partenaires de la campagne Le juste fruit ! espèrent donc que ces questions pourront faire l’objet d’une discussion plus approfondie les 18 et 19 avril prochains, date à laquelle COLSIBA, l’IUTA et Chiquita se réuniront avec notamment pour objectif de discuter de l’application de l’accord-cadre tripartite signé en 2001 et dont l’application laisse encore à désirer.
Nous restons convaincus que le dialogue pourra permettre de régler certaines de ces questions mais restons mobilisés si les solutions appropriées ne sont pas trouvées par l’entreprise.



