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Le 37ème Comité pour la sécurité alimentaire mondiale n’a pas abouti aux avancées attendues!

 

 

La 37e session du Comité sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA), à laquelle Peuples Solidaires et ActionAid ont activement participé, a pris fin ce samedi 22 octobre. Malgré de avancées notables en faveur des droits des agricultrices paysannes, cette session restera un échec dans l’esprit des nombreuses organisations de la société civile, en raison de la mauvaise volonté affichée par les Etats, notamment les membres du G20, d’adopter les mesures qui permettront d’empêcher une nouvelle crise alimentaire.

Le CSA, auquel Peuples Solidaires avait déjà participé l’année dernière avec une délégation d’ActionAid, est l’organe central des Nations Unies qui a pour but de définir les orientations des Etats et des organisations internationales (Nations unies, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce…) en matière de sécurité alimentaire. Réformé depuis 2 ans, il est aujourd’hui ouvert à la participation de la société civile internationale, qui y participe à travers « Mécanisme de la société civile » auto-organisé afin d’être le plus représentatif possible des populations les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire. Il est ainsi composé de 11 branches (organisations paysannes, d’éleveurs et d’éleveuses, de pêcheurs et de pêcheuses, de femmes productrices, de jeunes…) parmi lesquelles la branche des ONGs (organisations non gouvernementales) joue un rôle de soutien aux autres branches représentatives. Ce Mécanisme de la société civile s’est réuni le week-end précédent la 37ème session du CSA pour déterminer ses positions communes sur les principaux sujets traités par le CSA cette année: droits des femmes & agriculture, volatilité des prix de la nourriture et investissements dans l’agriculture.
Une première déception avait accueilli les participant-e-s, puisque les négociations sur les Directives de la FAO sur la gestion des terres, qui doivent permettre d’encadrer les transactions foncières dans tous les pays et d’empêcher les accaparements de terres, venaient de s’achever sans que le texte n’ait pu être finalisé à temps pour l’ouverture de la 37ème session. Toutefois, les organisations qui ont participé à ces négociations, parmi lesquelles ActionAid représentant notamment Peuples Solidaires, ont souligné dans un communiqué de presse les victoires significatives de la société civile sur de nombreux thèmes, notamment la reconnaissance au long du texte des droits humains et en particulier des droits des femmes concernant l’accès aux ressources naturelles et leur contrôle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Séance d’ouverture de la réunion du Mécanisme de la société civile du CSA – Samedi 15 octobre 2011

 

Une semaine de débats et de négociations intenses

Le CSA a débuté par de nombreuses tables rondes et conférences sur les sujets négociés, permettant aux Etats, organisations internationales et organisations de la société civile de faire entendre leurs points de vue sur ces questions. Le Haut Panel d’Experts du CSA, qui réunit des scientifiques de haut niveau chargés de faire état des connaissances scientifiques en matière agricole et économique, a ainsi présenté deux rapports sur la volatilité des prix agricoles et sur les investissements dans l’agriculture, qui avaient pour but de donner le ton des discussions. Les conclusions de ces deux rapports sont particulièrement critiques envers les politiques étatiques actuelles et envers les conclusions du récent G20 agricole, puisqu’elles invitent notamment les Etats à mettre fin immédiatement à leurs soutiens à la production et à la consommation d’agrocarburants, ou à établir ou renforcer leurs stocks afin de réguler les prix des denrées agricoles.
Pour maintenir la pression sur la France, Peuples Solidaires et ses partenaires, Attac, Artisans du Monde, la Confédération paysanne et Oxfam et Peuples Solidaires/ActionAid, ont donc profité de la présence du ministre français de l’Agriculture, Bruno Le Maire pour lui remettre les 31539 signatures récoltées au long de l’année dans le cadre sur le G20. Ces signatures, recueillies dans le cadre de la pétition « Ne jouez pas avec notre nourriture », étaient symbolisées par 31539 grains de blé fournis par la Confédération paysanne.

 

Attac, Artisans du Monde, la Confédération paysanne, Oxfam et Peuples Solidaires/ActionAid remettent 31539 pétitions au Ministre - Mardi 18 octobre 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les Etats refusent de prendre les mesures nécessaires

Malgré des échanges fructueux et une pression constante des mouvements sociaux, résumée lors du discours exemplaire d’Ibrahima Coulibaly, vice-président du ROPPA, cette 37e session a montré que le CSA réformé reste fragile. Point fortement encourageant de cette 37e session, les Etats ont pris des engagements particulièrement ambitieux concernant l’égalité hommes/femmes en agriculture. Parmi ces engagements, on retiendra : la priorité donnée aux agricultrices paysannes dans les plans d’investissement et de développement agricole, ainsi que les mesures de discrimination positive dans le contrôle des ressources naturelles et dans la prise de décision à tous les niveaux (y compris législatif) concernant l’agriculture et l’alimentation… Pour Antoine Bouhey, qui participait aux négociations avec les Etats pour Peuples Solidaires/ActionAid, « ces engagements courageux devront être mis en œuvre au plus vite, tant dans les législations nationales que dans les politiques publiques et les programmes d’aide au développement ».
En revanche, les mouvements sociaux se sont vus obligés de quitter la table des négociations sur la question de la volatilité des prix. En effet, la société civile s’est vu refuser la plupart de ses propositions, pourtant soutenues pour la plupart par le panel d’experts du CSA: les propositions relatives aux agrocarburants, aux réserves alimentaires de régulation ou au commerce se sont ainsi vu opposer une fin de non-recevoir, en particulier de la part des Etats membres du G20. Ceux-ci semblent en effet considérer que les Nations unies ont vocation à jouer le rôle d’une chambre d’enregistrement pour le G20. Face à l’incapacité du CSA des Etats d’adopter collectivement des mesures ambitieuses et d’offrir une véritable chance aux centaines de millions de personnes qui souffrent de la faim d’accéder à des moyens de production agricole et de consommation alimentaire dignes, les organisations de la société civile ont donc refusé de participer à la fin des négociations le vendredi soir. Pour ces organisations, la mobilisation continue donc à la fois dans la rue, avec les prochaines manifestations qui auront lieu à Nice contre le G20, et à la table des négociations, notamment concernant les directives de la FAO sur la gestion des terres.

 

Discours Ibrahima Coulibaly

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Ibrahima Coulibaly, vice-président du ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes Professionnelles d’Afrique de l’Ouest), lors de son discours sur la volatilité des prix – Mercredi 19 octobre 2011