DEFENSE DES DROITS DES TRAVAILLEURS PHILIPPINS: VINCENT BORJA TOUJOURS SOUS LES VERROUS POUR UN CRIME QU’IL N’A PAS COMMIS

Nouvelles de l’Appel Urgent n° 337 « Philippines: La criminalisation doit cesser »


Le 6 septembre 2010, la Cours régionale de Tacloban a refusé, pour la seconde fois, d’examiner la demande de mise en liberté sous caution de Vincent Borja, incarcéré depuis plus de trois ans pour un crime qu’il n’a pas commis. Son avocat a donc décidé de s’attaquer directement aux charges qui pèsent contre lui. Victime de répression syndicale, Vincent Borja continue de croire en la force de la solidarité. De sa cellule, il encourage les femmes et les hommes qui se battent pour la défense de leurs droits à ne pas perdre espoir.


Vincent Borja, victime de la répression syndicale aux Philippines

Le 10 mai 2010, aux Philippines, s’est tenue l’élection qui a mis fin au mandat de Gloria Macapagal Arroyo et désigné son successeur, Benigno Aquino III. Les organisations de défense des droits de l’Homme, dont Peuples Solidaires, ont alors nourri l’espoir que cesse enfin le climat de violence et d’impunité qui règne dans le pays depuis 2001, date de l’arrivée au pouvoir de Gloria Arroyo. Malheureusement, la politique de répression syndicale mise en place par le gouvernement Arroyo semble perdurer sous le mandat du nouveau Président Aquino. Parmi les victimes de cette répression figure notamment Vincent Borja, dirigeant syndicaliste et politique injustement emprisonné depuis trois ans aux Philippines et en attente d’un jugement. Peuples Solidaires a lancé le 15 avril 2010, un Appel Urgent (Appel Urgent n° 337, Philippines: la criminalisation doit cesser), pour demander l’audition et la libération immédiates de Vincent Borja. Après avoir reçu des milliers de messages de protestation de membres de Peuples Solidaires, Clinton Nuevo, procureur initialement en charge de l’affaire et cible de notre Appel, nous a annoncé qu’il n’était plus le procureur en charge du dossier et que les demandes de Peuples Solidaires et du Kilusang Mayo Uno (KMU)[1] concernant les « soi-disant fausses accusations contre Borja », les délais déraisonnables de la justice ou les pressions supposées de la part des militaires étaient « sans fondement et irresponsables ». Des déclarations qu’il n’a toutefois pas argumentées, et qu’en temps qu’ex-procureur sur cette affaire, il n’a certainement pas la légitimité requise de formuler…

Le 6 septembre, nous apprenions toutefois que la demande de libération sous caution, déposée par Vincent Borja, avait  été rejetée plusieurs mois plus tard et après maints reports de l’audition, par le juge de Tacloban.


Un retour au point de départ inattendu

La  Cour régionale d’Ormoc, initialement en charge du dossier, avait pourtant annoncé, dans un premier temps, que Vincent Borja serait libéré sous caution le 28 juillet 2010, et l’accusation avait déclaré qu’elle ne s’opposerait pas à cette mise en liberté. Mais contre toute attente, le 28 juillet 2010, le Juge Salvador Apurillo, découvrant le dossier, décida qu’il ne pouvait se prononcer sur une affaire dont il ne connaissait rien. Saisissant l’opportunité, l’accusation retourna sa veste et retira son accord en faveur de la libération de Vincent Borja, exigeant que « son témoin » (plusieurs fois appelé, mais qui ne s’est jamais présenté) soit présenté à la barre. Accédant à cette requête, le juge reporta une nouvelle fois l’audience, en raison de l’absence de ce fameux témoin…


Un espoir toujours présent malgré des conditions de détention difficile

En août 2010, un membre du KMU a pu rendre visite à Vincent Borja. Selon son rapport, malgré des conditions de détentions très difficiles, sa santé n’est pas menacée. Surtout, il existe une véritable solidarité entre les détenus, pour la plupart également victimes de répression syndicale. Vincent Borja ne perd pas espoir et encourage au contraire toutes les personnes et les organisations qui le soutiennent à continuer leur combat : “Il est indispensable de continuer à organiser la lutte des travailleurs, des paysans et des autres secteurs concernés par la répression gouvernementale. J’exhorte le nouveau président Aquino à libérer tous les prisonniers politiques et à rendre justice à toutes les victimes d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées ». Il nous rappelle également que la solidarité constitue le moteur de la lutte : « Aux personnes actrices des mobilisations internationales qui m’ont aidé et soutenu dans mon combat,  j’exprime ma profonde gratitude et je les remercie du fond du cœur. Ce soutien me permet de garder le moral en prison et nourrit mon désir de lutter ». Le KMU a produit un film documentaire sur le combat de Vincent Borja, qui contient plusieurs interviews de membres de sa famille et de co-détenus.


Demande de libération sous caution rejetée, stratégie de défense adaptée

Le 6 septembre 2010, Tess Dioquino et Remegio Saladero, respectivement représentante du KMU et  «avocat du peuple » emprisonné puis libéré suite à une campagne lancée par Peuples Solidaires en novembre 2009 (Appel Urgent n° 332 « Philippines: Libérez l’avocat du peuple »), se sont rendus à Tacloban pour assister à l’audience sur la demande de libération sous caution de Vincent Borja. Plusieurs responsables syndicaux et d’organisations de défense des droits des travailleurs étaient également présents.

L’audience a été très rapide. Le juge a refusé pour la deuxième fois de prendre une décision pour les mêmes raisons que la fois précédente : le témoin de l’accusation doit avant tout être entendu.

Devant un tel désaveu, Vincent Borja, a décidé d’abandonner sa demande de libération sous caution, et de se concentrer sur sa défense. Vincent Borja est accusé de meurtre devant la justice. On lui impute l’assassinat du militaire Marianito Calibo, commis le 8 juillet 2006. Le procès sur cet assassinat nécessitera probablement encore la tenue de deux voire trois audiences, et sera d’autant plus ardu qu’il devra organiser sa défense depuis sa cellule. Mais celui-ci est prêt à s’y soumettre, afin de faire enfin reconnaître son innocence dans le crime dont on l’accuse.

La prochaine audience est fixée au 13 octobre, date à laquelle ses avocats devront déjà avoir déposé une motion de rejet des charges formulées à son encontre. Ils se fonderont sur le manque évident d’intérêt porté au cas par un témoin maintes fois appelé à la barre et jamais apparu. La mobilisation internationale, soutenue par Peuples Solidaires, devra d’ici là être maintenue et renforcée.




[1] Le Kilusang Mayo Uno (KMU) est un Syndicat philippin de défense des droits des ouvriers et des paysans.