Nouvelles de l’Appel Urgent 340 « Bangladesh: Stop à la répression! »
Trois responsables de l’ONG BCWS (Bangladesh Center for Workers Solidarity), une organisation bangladaise de défense des droits des travailleurs-ses, sont appelés à comparaître devant la justice pour des actes qu’ils n’ont jamais commis. Principalement accusés de vandalisme, d’extorsion de fonds et d’avoir troublé l’ordre public, ces trois dirigeants risquent de lourdes peines d’emprisonnement. Ces plaintes, dont certaines ont été déposées par deux usines fournisseurs de Carrefour, interviennent dans un contexte de répression syndicale et sociale, à l’œuvre dans le pays depuis le rejet, en août 2010, par les travailleurs-ses du textile de la proposition gouvernementale de salaire minimum.
Rappel des faits
Depuis quelques années, le Bangladesh a ouvert ses portes aux multinationales de l’habillement, devenant ainsi l’un des plus gros exportateurs de textile au monde. Une main-d’œuvre très bon marché, des taxes douanières avantageuses pour les importateurs, le pays est devenu le paradis de nombreuses multinationales du secteur. Réelle manne pour le gouvernement, ce dernier fait en sorte de conserver un climat favorable à l’implantation de ces entreprises. Le 29 juillet 2010, à l’annonce de l’augmentation du salaire minimum, le gouvernement déclare qu’il ne tolèrera aucune « anarchie », tentant ainsi de dissuader les travailleurs-ses d’exercer leur droit à la liberté syndicale. La répression gouvernementale à l’encontre des syndicats et organisations des droits des travailleurs-ses telles que le BCWS s’est dès lors intensifiée.
En juin 2010, M. Aminul Islam, un des membres du BCWS, a été capturé et torturé dans le but de lui faire avouer de fausses déclarations concernant les dirigeant-e-s de son organisation, M. Babul Akter et Mme Kalpona Akhter. Au cours du même mois, le statut d’ONG du BCWS a été retiré du registre officiel des ONG sans explication, les locaux saisis et le compte en banque de l’organisation clôturé. Le 13 août, soit deux mois après ces premiers évènements, les deux dirigeant-e-s et M. Islam ont été arrêté-e-s et emprisonné-e-s. On leur reprochait notamment des actes de vandalisme qui auraient été commis durant les manifestations ayant eu lieu aux abords de certaines usines. Au total, onze plaintes seront déposées contre eux, dont quatre proviennent de deux fournisseurs de Carrefour. Or, au moment des faits, ils peuvent tous les trois justifier de leur présence à l’extérieur des lieux sur lesquels auraient été commis les dégâts matériels qui leurs sont reprochés. Sous la pression internationale, ces trois personnes seront libérées sous caution, mais les plaintes ne seront pas retirées pour autant. .
Une mobilisation internationale de soutien au BCWS…
La violente répression dont est victime le BCWS depuis maintenant plusieurs mois a encouragé une mobilisation internationale de grande ampleur. Aux quatre coins du monde, des organisations de défense des droits humains dont Peuples Solidaires se sont mobilisé-e-s pour soutenir M. Babul Akter, Mme Kalpona Akhter et M. Aminul Islam. Les différents procès ayant commencé depuis le début du mois de juin 2011, la mobilisation est plus que jamais nécessaire. La campagne de soutien au BCWS interpelle aujourd’hui les principales marques clientes – dont Carrefour et Walmart – des entreprises ayant déposé plainte à l’encontre des membres du BCWS. En tant que donneuses d’ordre, elles doivent user de leur influence auprès de leurs fournisseurs afin que ces plaintes soient retirées.
Les ambassades européennes et américaine sont également mobilisées et observent certaines audiences des procès afin d’en garantir l’équité.
… qui, progressivement, porte ses fruits !
Après la première victoire – de la libération sous caution des trois accusés en septembre 2010 – une des plaintes a été annulée le 31 mai 2011. Les membres BCWS étaient accusés d’avoir extorqué de l’argent aux dirigeants d’une des usines fournisseur de Carrefour. Sans retrait de la plainte, cette accusation aurait pu aboutir à une peine d’emprisonnement allant de cinq ans jusqu’à la perpétuité. Cette victoire discrédite les actions en justice qui continuent aujourd’hui d’être menées par certaines usines et encourage la poursuite de la mobilisation internationale afin que les dix chefs d’accusation qui menacent toujours la liberté de M. Aminul Islam, M. Babul Akter et Mme Kalpona Akhter soient à leur tour retirés.







