<< Retour à Allo le G20 ? Ici le reste du monde

Responsabilité sociale des entreprises en Afrique : syndicats et ONG à l’unisson

Awa Wade - Union Nationale des Syndicats Autonomes du Sénégal

Le Forum Social Mondial a fait une large place aux questions portant sur l’éducation, les migrations, l’accaparement des terres, la place des femmes ; et la thématique « Dignité au travail » a surtout été abordée au travers de l’économie sociale et solidaire, de l’économie informelle, de l’organisation des vendeurs-ses de rue, etc.

La « RSE » : des engagements non respectés

Il a donc été bien peu question de Responsabilité sociale des entreprises (RSE). Selon les participant-e-s africain-e-s présent-e-s aux ateliers du FSM portant sur les droits des travailleurs-ses, ce concept relativement récent en Europe serait encore balbutiant en Afrique. D’autres expliquent que l’Afrique étant avant tout agricole, la notion de responsabilité des entreprises vis-à-vis de leurs filiales, tel que l’entendent les militant-e-s européen-ne-s, ne fait pas forcément sens chez eux-elles. Une question de priorité aussi. L’urgence, sur ce continent, est de faire respecter le droit du travail, de se battre pour un travail décent. Des impératifs concrets aux côtés desquels le concept de RSE parait éloigné. L’un des principaux ateliers du Forum consacré à la RSE, organisé conjointement par la CFDT, le CCFD-Terre Solidaire et la CNTS (Confédération nationale des travailleurs sénégalais), regroupait un panel de trois intervenants français et un seul africain devant une assemblée très majoritairement occidentale.

Le témoignage de Kouglo Lawson Body, représentant de la Confédération internationale syndicale – Afrique, est sans équivoque : les grandes entreprises occidentales présentes en Afrique dans les secteurs du bois, des mines, de l’énergie et de l’hôtellerie n’ont que faire de leurs engagements en matière de RSE.

Par ailleurs, les organisations syndicales locales manquent cruellement d’information et de formation sur les engagements de ces sociétés au delà de leurs obligations légales : bien être des salarié-e-s, respect de l’environnement, lutte contre la corruption, dialogue social, place des femmes…

Enfin, les liens entre syndicats des filiales africaines de multinationales et syndicats des sociétés mères manqueraient cruellement de consistance. Les syndicats locaux ne sont même pas représentés dans les comités de groupe. «  Il faut que les syndicats du Nord viennent voir ce qui se passe chez nous et le dénoncent en comité de groupe » a insisté le Secrétaire général d’une organisation syndicale malienne. Mamadou, représentant de la Confédération syndicale de Guinée s’est levé pour crier sa colère : « Quel est le sens de la RSE pour moi tant que dans mon entreprise 77 cadres expatriés gagnent autant que 1200 travailleurs ?! »

Développer le dialogue avec les ONG et locales

Parmi les proposition visant à mettre en oeuvre la responsabilité des entreprise, la CFDT suggère d’imposer aux multinationales un « reporting » de leurs filiales du Sud sur les problématiques sociales et environnementales. Elle préconise également que les centrales syndicales du Nord développent le dialogue avec les ONG et les populations locales pour construire des revendications plus abouties et les porter au plus haut niveau en profitant de leur position auprès des organismes internationaux tels que l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le BIT (Bureau international du Travail) et le G20.

On l’a compris, l’urgence en Afrique (et aussi dans les pays d’Asie et d’Amérique latine), c’est la lutte pour un travail décent, c’est à dire les salaires, les conditions de travail, la protection sociale, les droits syndicaux. La RSE, bien que directement liée à la défense des droits des travailleurs-ses, reste un concept trop éloigné des réalités sociales pour être considéré comme crédible par la plupart des travailleurs-ses.

Ne pas se limiter aux recours en justice, mais s’appuyer sur la société civile

Avant-hier, dans un atelier consacré à l’accaparement des terres, un avocat sénégalais conseillait aux victimes de ne pas se limiter aux recours en justice, mais de faire également appel aux ONG en mesure de porter leurs protestations à la connaissance de la société civile et des pouvoirs publics, persuadé que ces plaidoyers gênent beaucoup les entreprises visées et les gouvernements complices. Des gouvernements qui sont souvent considérés comme corrompus et totalement insensibles aux problèmes des travailleurs-ses.

Sébastien Ayikoué Tévi - Confédération Syndicale des Travailleurs Togolais

Les salarié-e-s de Sprukfield, société pharmaceutique anglaise implantée dans la zone franche de Lomé au Togo, en ont fait l’expérience en s’adressant à Peuples Solidaires (Cf. Appel urgent n°344), relayé par la Confédération syndicale internationale pendant le FSM. A la suite de cette protestation, le gouvernement a mis en place une commission interministérielle dont la première réunion a eu lieu mardi 8 février et laisse présager une issue favorable. Cet exemple rappelle que les Appels Urgents sont un moyen d’action efficace pour dénoncer les abus, les porter au niveau international et faire pression sur leurs auteurs et les gouvernements.

Jacqueline POUSSIER – Membre de l’équipe exécutive de Peuples Solidaires à  Dakar