En janvier, un tremblement de terre frappait Haïti, causant un drame d’une ampleur exceptionnelle. En cause : la nature, sans doute, mais surtout la pauvreté et la mauvaise gestion du pays. A la demande de ses partenaires locaux, Peuples Solidaires a lancé un appel exceptionnel à dons auquel vous avez été nombreux à répondre. Où en est-on aujourd’hui ?
ActionAid Haïti : urgence, reconstruction et contrôle de l’aide internationale
Aide d’urgence : 133 000 bénéficiaires
ActionAid Haïti existe depuis 1997 ce qui lui a permis d’être au plus près des communautés et de leurs besoins lorsque le drame est arrivé. Dans les six premiers mois, l’organisation a :
- distribué nourriture et autres produits de première nécessité (savon, ustensiles de cuisine…) à plus de 6 000 familles dans six camps de Mariani et Philippeaux, à Port-au-Prince ;
- mis en place des cellules de soutien psychologique dans les camps ;
- proposé des travaux rémunérés afin que les sinistrés disposent de nouveaux revenus.
Au total, 22 000 familles, soit 133 000 personnes, ont déjà bénéficié de ces programmes. L’organisation s’est également mobilisée, par le biais d’une pétition, contre l’expulsion forcée par le gouvernement et les propriétaires fonciers d’un millier de victimes qui avaient cherché refuge dans des camps de fortune.
Le plan d’action 2010-2013 :
- Logement et accès à la terre : construction, d’ici décembre 2010, de 200 abris en dur pour loger les familles les plus vulnérables pendant 3 à 5 ans (temps de reconstruction de leur maison) ; lutter pour que les victimes retrouvent leur terre (suite à la perte ou au vol des titres de propriété).
- Education : construction de 12 écoles temporaires et d’une école officielle, distribution de fournitures scolaires à 3000 enfants ;
- Prévention : informer et former les populations aux risques engendrés par les catastrophes écologiques. Anticiper la saison des pluies en stockant des vivres et des kits d’aide pour 3000 familles ;
- Autonomie : travailler avec les populations et les ONG locales pour que l’intervention de l’aide internationale ne crée ni dépendance ni problèmes futurs ; développer le programme d’aide à l’emploi pour permettre aux haïtiens de reconstruire leur pays et ne plus dépendre de l’aide extérieure ; distribuer des graines pour préserver l’agriculture traditionnelle.
Contrôle et suivi de l’aide internationale :
“Les Haïtiens doivent être associés aux plans de reconstruction. Actuellement, ces plans reflètent davantage l’intérêt des pays donateurs et cela n’est pas normal. Il est impératif que les populations soient directement impliquées dans leur rétablissement et conduisent elles-mêmes le processus » a déclaré Jean-Claude Fignolé, directeur d’ActionAid Haiti.
La communauté internationale a promis 5,3 milliards de dollars pour la reconstruction d’Haïti. Mais cet argent ne bénéficiera réellement aux Haïtiens que s’ils peuvent exercer un contrôle démocratique sur l’aide et ses résultats. Les gouvernements, l’ONU, les ONG internationales et la société civile haïtienne ont un rôle à jouer dans ce processus. ActionAid Haïti a donc décidé d’agir sur deux plans :
- contrôle de l’utilisation de l’aide ;
- renforcement des capacités des organisations locales à participer aux plans de reconstruction.
Dans ce cadre, Peuples Solidaires fait actuellement réaliser une étude sur l’aide apportée par le gouvernement français(1). Ses conclusions, ainsi que les informations recueillies par d’autres membres d’ActionAid sur d’autres bailleurs de fonds (Etats-Unis et Union Européenne notamment), seront transmises à ActionAid Haïti qui les utilisera pour renforcer le contrôle de la société civile sur l’utilisation de l’aide internationale.
Batay Ouvriyé : solidarité, organisation des camps et mobilisation
Syndicat et mouvement de lutte pour les droits des ouvriers, Batay Ouvriyé a été aux premières loges de la catastrophe et s’est immédiatement mis en action pour secourir, mais aussi mobiliser, les sinistrés.
Quelques extraits du Bilan global de la solidarité envoyé par « Batay » :
- Les personnalités et organisations en rapport avec nous depuis longtemps et qui avaient toujours lutté dans la même direction ont répondu à l’appel d’aide financière que nous avions lancé sur notre site web (voir www.batayouvriye.org où nous relatons les montants jusqu’ici arrivés). C’est à tous nos amis qui ont tellement contribué à nous relever que nous présentons aujourd’hui ce bilan global sur l’utilisation de l’argent reçu en signe de solidarité.
- Suite au tremblement de terre, c’est sans électricité, sans eau, sans transport que nous nous retrouvions ! Comme dans la majorité des situations populaires, c’est avec les ongles que nous fonctionnions. La plupart de nos camarades eurent à emprunter de l’argent pour simplement survivre avec leur famille et chercher à retrouver ce qui se pouvait dans les maisons détruites ou fissurées (vêtements, souliers, documents…), à soigner les blessés, retrouver leurs morts, les enlever de dessous les décombres, les enterrer… aider d’autres connaissances ou voisinage à faire de même, et essayer, malgré toutes les difficultés, d’organiser un minimum, à partir du fonctionnement que l’expérience de lutte nous laisse à tous. La toute première solidarité financière qui nous parvint fut donc à remettre ces emprunts réalisés et continuer plus ou moins à fonctionner de la sorte.
- Le second moment fut celui de chercher à sortir des toiles, draps ou autres cartons de fortune pour se trouver une tente ou tout au moins une bâche. Notre présence aux campements s’imposait de plus en plus, non seulement pour y apporter tout notre soutien mais déjà pour y définir l’orientation politique adéquate (voir notre « Déclaration » du moment). Ceci aussi demanda beaucoup d’argent : pour les transports qui avaient alors quadruplé, pour l’organisation et la mise en place de la lutte concrète, pour chercher à organiser des campements « un peu moins mal ».
- Quand l’ « aide » impérialiste commença à arriver de manière plus soutenue, débuta une troisième phase, celle de la LUTTE. Rencontres dans nos locaux (même fissurés), dans les campements, dans les quartiers encore debout, dans diverses provinces où nous sommes implantés. Deux rencontres nationales et diverses partielles. Mobilisations qui s’imposaient devant la situation : celle des campements le 28 avril, du 1er mai, du 18 mai… Avec tous les détails accompagnant : banderoles, affiches, bulletins, déplacements, solidarité avec les organisations alliées, ordinateurs portables, risographes, photocopieuses, papier, encre, génératrices, mégaphones… Cela ne fut possible que grâce à la solidarité financière que nous recevions. Nous devions en même temps continuer d’aider tous ceux qui se trouvaient encore en grandes difficultés. Sans compter que, dans certains endroits, des écoles de fortune avaient ré-ouvert leurs portes… : livres donc, uniformes, fournitures classiques… Montant très important. Ce fut alors aussi que nous avons commencé à réparé ce qui pouvait l’être dans les maisons fissurées, les locaux affectés et les écoles que nous tenons en milieu rural parfois touchées ou carrément détruites.
- Aujourd’hui se présente un nouveau moment, celui de la « reconstruction ». De tous, c’est peut-être le plus complexe, le plus grave, le plus déterminant pour l’avenir du pays, pour la vie des travailleurs et des masses populaires en général. La solidarité internationale y jouera encore un rôle important tant politiquement que financièrement. C’est pourquoi nous tenons à renouveler notre appel en ce sens, pour une solidarité encore plus agissante et une mobilisation commune encore mieux coordonnée. La lutte ne fait que commencer !
Vos dons à Peuples Solidaires
Suite à notre Appel à solidarité du 18 janvier, nous avons reçu 42 165 € de dons :
- 25 495 € en provenance de personnes physiques ;
- 15 170 € des groupes de Peuples Solidaires ;
- 1 500 € d’autres associations ou structures (comités d’entreprise).
Peuples Solidaires n’a prélevé aucun frais de gestion, vos dons ont donc été reversés dans leur intégralité :
- 15 000 € ont été transmis à Batay Ouvriyé ;
- 27 046 € au fonds d’urgence d’ActionAid qui les met à disposition d’ActionAid Haïti ;
- le total des frais de transactions bancaires s’est élevé à 119 €.
L’actualité d’Haïti, c’est désormais la campagne pour l’élection présidentielle. Dans un tel contexte, les organisations de la société civile ont un rôle fondamental à jouer. Nos partenaires agissent donc au niveau économique et social, mais aussi civique voire politique. Nous remercions toutes celles et ceux qui ont participé aux réalisations qu’ils ont déjà accomplies et à celles qui les attendent.
(1) Cette étude porte notamment sur l’aide financière et institutionnelle apportée suite au tremblement de terre (provenance, montant, critères, conditions et destination, engagements pris et/ou réalisés) ; la politique étrangère et diplomatique de la France à l’égard du gouvernement haïtien suite au tremblement de terre, en particulier dans le contexte des prochaines élections.







