« Alors Mamy, t’es prête pour l’interview ? » Mamy part d’un grand rire. Elle est comme ça Mamy. Elle a l’humeur joyeuse, de l’humour, et un regard pétillant de malice et d’intelligence. « Bon allons-y alors. »
Mamie Rakotondrainibe est une femme modeste et discrète. Elle n’aime pas trop parler d’elle. Elle préfère parler des paysans Malgaches. Mais il ne faut pas trop se fier à la douceur de son sourire et de son parler. C’est une femme de tête au caractère bien trempé et volontaire qui mène au sein du Collectif pour la défense des terres Malgaches, le Tany, un combat contre l’accaparement des terres et pour la justice.
Mamy au grand cœur !
Mamy, c’est ainsi que tous l’appellent avec affection, a quitté Madagascar pour faire ses de solides études scientifiques en France. Elle y est retournée pendant dix ans pour y enseigner. Puis elle est revenue en France où elle s’est définitivement établie. Elle travaille aujourd’hui pour un important groupe pharmaceutique. « Quand j’étais à Madagascar, dit-elle, j’avais constaté l’aggravation des inégalités et j’en suis revenue persuadée de la nécessité de renforcer les capacités des plus démunis pour leur permettre d’assurer leur propre développement. »
Depuis elle n’a de cesse de mener ce combat avec détermination et sérénité. Elle participe ainsi à de nombreuses associations de la société civile qui travaillent avec et pour Madagascar. Elle s’efforce d’apporter un appui technique et financier à des projets conçus par des organisations de base, des associations, ou des communautés rurales dans plusieurs régions. Elle est en constante relation avec ces organisations dont plus de 3500 se sont fédérées au sein d’une plate forme nationale. « Tout ce mouvement, poursuit-elle, habitue les gens à s’engager dans des actions citoyennes, économiques ou sociales, tant au niveau local qu’à l’échelon national. »
Ces associations ancrées dans les territoires sont aussi organisées en plates-formes thématiques, sur le rural, les femmes, le foncier, l’agriculture, l’éducation… « D’ailleurs, les bailleurs ont tendance à confier leurs concours à ces associations qui gèrent les projets, plutôt qu’à l’Etat, au risque parfois d’engendrer une certaine dépendance. » Ces associations jouent aussi un rôle non négligeable dans les négociations qui visent à résoudre les conflits politiques qui agitent Madagascar.
Pour une bouchée de pain
Lors du Forum Social Mondial, qui vient de s’achever à Dakar, Mamie est intervenue dans plusieurs ateliers consacrés à l’accaparement des terres. Dans une attitude très concentrée, elle parle clair, pesant chaque mot comme si elle évaluait par avance toutes les conséquences de son propos. Car l’une des plus importantes tentatives d’accaparement de terres de ces dernières années s’est produite à Madagascar. La société Daewo-Logistics a voulu louer ou acheter 1,3 million d’hectares de terres agricoles pour y produire du maïs et de l’huile de palme. Mais l’affaire a échoué à la suite d’une vive réaction de la société civile à Madagascar et dans le monde entier. La diaspora Malgache s’est mobilisée, les soutiens comme celui de Peuples Solidaires, qui avait lancé un Appel Urgent, se sont partout manifestés. Daewoo a reculé. « Aujourd’hui, précise t-elle, on n’en entend plus parler. On ne sait pas très bien ce qui se passe. Il nous faut rester très vigilant. Une loi autorise des étrangers à acheter et exploiter des terres via une filiale Malgache. » Des sociétés écrans naissent comme par génération spontanée. Il n’est pas toujours facile de savoir qui se cache derrière elles, qui agit en sous-main, de qui elles sont les masques.
Terrible opacité
Mamy et ses amis ont ainsi découvert que la société indienne Varun, avait acquis par ce moyen plusieurs milliers d’hectares pour un grand projet rizicole. Et il semblerait aussi que la Corée du Sud persiste dans son projet par d’autres voies plus subtiles et plus détournées, à travers des actions à caractère culturel. Les compagnies étrangères on tendance à négocier les terres directement avec les paysans désormais. Dans les conditions difficiles actuelles, « Ils risquent de les vendre pour une bouchée de pain pour se nourrir ! »Soudain, Mamy s’arrête, quitte son sérieux et lance dans un grand rire : « on a du boulot ! »














